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LE XVII SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ PIS

Que de crimes, de meurtres, de misères, et d’horreurs, n'eût pas épargnés au genre humain, celui qui arrachant les pieux, et comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d'écouter cet imposteur. Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. » — Rousseau ajoutera encore : « Si nous suivons les progrès de l'inégalité dans ses différentes évolutions, nous trouverons que l’établissement de Ia loi . et du droit de propriété sont son premier terme », et il considérera que de là sortent tous les maux, tous les abus qui pèsent sur les peuples. Mais, conclura-t-il qu’il faut réformer le régime ainsi flétri, et. mettre en pratique son précepte des « fruits à tous » ? Ïl s’en garde bien et s'arrête à la thèse de l'Esprit des Lois. Il reconnaît que la propriété, si fort contredite par le droit naturel et par l'équité, est inséparable de l'état de société : elle est seulement susceptible de modification en son aspect, et la collectivité, qui est omnipotente, peut toujours la transformer. La distinction de l’état de nature, qui a toutes ses sympathies, et où fleuriraient toutes les vertus, et de l’état de société, qu'il déteste et où s'épanouissent tous les vices, évite ainsi à Rousseau l'écart vers le communisme pratique.

Point n’est besoin de s’appesantir sur la « Théorie

des lois civiles », de Linguet qui offre les mêmes

contradictions, et qui, malgré son caractère relativement révolutionnaire, ne réclame point la mise en commun du capital foncier. Quant à Brissot de Warwille, il reproduit d'abord très exactement la marche dialectique de Rousseau, il lance la maxime plus tard reprise par Proudhon avec une concision supérieure : « la propriété exclusive est un vol dans la nature » et maintient à titre provisoire, la légis-

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16 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS lation qui consacre le dol général ; mais il déduit, de ses arguments, une proposition un peu inattendue, en réclamant l’adoucissement des pénalités. En effet, … pourquoi punir très sévèrement le vol, s'il est seulement « l'acte du malheureux dépouillé de son. droit, qui ose le réclamer pour se soustraire à la mort ». Au total, la catégorie de publicistes, qui se résume par ces trois noms, a déjà été bien plus loin que celle des évolutionnistes. Ils inaugurent l'assaut, mais ils l’abandonnent, en cours de route, parce que des abus plus pressants à leurs yeux que Pappropriation individuelle, les frappent et les retiennent. Rousseau se préoccupe de la Constitution politique ; Linguet, de la subsistance du peuple ; Brissot, de la législation criminelle. — Voici qu'à la critique négative succèdent les exposés de solutions : laconception parcellaire d’une part, la communiste, de l’autre. | Les théoriciens de la parcelle ont été, dans le domaine politique, les véritables maîtres des grands révolutionnaires de la Constituante et de la Législative. Entre 1750 et 1789, ils furent légion. Ils rèévaient d’un fractionnement indéfini de la terre, qui eût déchiqueté Les grands domaines féodaux, supprimé la continuité des champs et des landes. épandus sur des territoires immenses, rendu linstrument de travail au travailleur. L'idée était aussi subversive pour le temps, que la socialisation intégrale pour le nôtre. Elle consommait de même un. bouleversement total de l’ordre existant : elle n'a" boutissait àrien moins qu’à saper, par le fondement, l’accaparement foncier, la domination nobiliaire. … Partant de ce principe que l’homme doit être libre, que la propriété est un attribut nécessaire de la liberté, qu'elle en est la condition et la garantie, — reconnaissant, par suite, que tout être humain doit.

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être propriétaire, capitaliste, au sens où l'expression

pouvait être alors usitée, la conception parcellaire condamnait le système des latifundia et préconisait implicitement la spoliation, immédiate ou progressive, de leurs détenteurs. Certes ceux qui la défendaient n’allaient pas tous, loin de là, aux solutions violentes. Quelques-uns, tel Montesquieu, se contentaient de montrer la légitimité du morcellement et ses heureux effets économiques ; d’autres, tels d'Argenson, estimaient que les domaines appartiennent naturellement à ceux qui les cultivent; le marquis de Mirabeau disait que le territoire d'un canton ne

saurait être trop divisé; Raynal réclamait qu'on mit

des bornes à la propriété, et Mercier, que l'Etat rompit l’excessive inégalité des biens. Mais à côté de ces publicistes modérés, il y en avait d’autres qui prè-

chaient la loi agraire. à la façon même où les Grac-

ques l’avaient entendue, c'est-à-dire la distribution aux pauvres des fonds plus ou moins délaissés et sacrifiés par les riches. Ceux-ci ne seront pas sans contribuer au déchainement de la Jacquerie de 89. Qu'on le remarque bien: lorsque les écrivains, dont nous venons de citer les noms, faisaient l’apologie de la parcelle, ils ne prétendaient pas envisager

Ja valeur respective de la grande et de la petite pro-

priété au regard du rendement cultural ; ils restaient dans la discussion proprement philosophique, dans Vexamen des droits métaphysiques de l'individu. Comme les communistes de leur âge, comme les collectivistes de la seconde moitié du xix° siècle, visant à établir l'égalité, ils considéraient qu’elle ne pouvait exister, si le capital était monopolisé par une caste ; le point de départ était donc identique; mais c'est par la solution qu'ils différaient, les communistes ou collectivistes réclamant la communauté

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