LE XVII
L° SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ A accaparaient à peu près toute l'attention disponible des générations qui se succédèrent de 1740 à 1789. En dehors de ces questions, deux autres problèmes semblaient encore de quelque portée, mais à une élite seulement : celui de la liberté du commerce des grains, et celui de la fiscalité. Les disettes périodiques, les monstrueux acéaparements de blé, les pactes de famine et aussi les incessantes aggravations d'impôts, les posaient et les maintenaient forcément à l’ordre du jour. La propriété, si critiquée futelle par certains, et quelques sourdes velléités qui pussent couver dans la masse paysanne opprimée, n'était pas encore, comme trois de quarts de siècle après, l'objet de réflexions déduites, dans les milieux urbains. L'idée, plus encore la misère, travaillaient les ruraux, ouvraient insensiblement, dans les campagnes, les voies aux grands changements. Les attaques contre le capital terrien étaient loin de défrayer les conversations à la Cour et à la ville comme les . pampbhlets contre l’Infâme ou contre la noblesse ridicule. Ce temps fut avant tout anticlérical et irrévérencieux, etrien ne valait à ses yeux une satire du Jésuite, une épigramme contre le premier ministre. Il faut dire enfin, pour ne rien laisser dans l’om- bre, que les publicistes très lus d'avant la Révolution, ne se soucièrent qu'incidemment et accessoirement de débattre le problème de la légitimité ou de l’origine des droits réels. Si même, ils le présentaient en première ligne, ils le désertaient bien vite pour une matière moins abstruse. Et pour ceux qui bouleverseront tout le système admis des relations civiles et qui s’avancerontjusqu'au bout, ils n'auront ni l'agrément, ni le prestige du style, ni la notoriété européenne, ni la gloire française des pourfendeurs du Trône et de l’Autel. Leur influence immédiate
demeurera restreinte : peu répandus, ils seront peu e commentés, et ce n’est que plus tard qu’on les arra-. chera à l'oubli dont ils auront été injustement victimes.
V. Les théories de la propriété, susceptibles de.” nous intéresser, en ce qu’elles prépareront la route. au socialisme, peuvent se classer, au xvur* siècle, … sous quatre rubriques distinctes : certaines attein- … dront au plus pur radicalisme, pousseront si loin que nos contemporains n'auront point à les retoucher: d’autres se borneront à la critique et à la négalion, sans oser préconiser une solution nouvelle, — ou si. elles se hasardent plus avant, ne dépasseront pas la conception parcellaire ; d'autres enfin (et en dépit … d’une apparente timidité, elles ne sont pas à négli= ger, car elles ont étayédes conclusions plus hardies}, se sont contentées d'assigner à la propriété une origine humaine et contractuelle. C’est elles que, dans un essai plus développé et spécialement consacré à l'évolution des idées économiques, il conviendrait. d'examiner avec la plus grande attention, car elles ont effectivement donné lo secousse initiale.
Pour les hommes d’ancien régime, jusqu’au temps de Louis XV, les institutions politiques et sociales tiraient leur source de la volonté divine. Leur ca ractère providentiel les mettait ainsi aisément à l'abri des discussions. [1 était facile d'écrire l'his-… toire telle que la éomprenait Bossuet, et point né tait besoin d'étudier profondément la vie des pires “ er
Gr pour y découvrir les raisons des événements ; E
LE chaque occurrence, le deus ex machina Re sa comme dans la tragédie antique, précipitait les | 54
empires, gagnait les victoires, changeait les régi- PE mes. L'œuvre philosophique des écrivains du vrai ne grand siècle, à partir de Montesquieu, fut Me
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duire partout la dialectique rationaliste et de substituer l’action, l'initiative, les fautes des hommes à la Providence, dans l'explication des faits historiques. La propriété ne pouvait échapper à ce procédé d'analyse. On est en droit de dire que du jour où le
mode d’appropriation en vigueur fut ramené à sa
racine réelle, la révolution sociale commença — de
même que du jour où l’absolutisme fut dénué de son prestige supraterrestre et mystique, la monarchie despotique parut vouée à un rapide effondrement.
Grotius et Puffendorff, les premiers, émirent l'avis que la propriété, quelle que fût sa forme, n'était qu'une création de la loi, le produit d'une convention. Donc elle pouvait être modifiée en sa structure. Dans Esprit des Lois, Montesquieu n hésite pas à intituler un de ses chapitres : « Que l’ordre des successions dépend du droit politique ou civil, et non du droit naturel. » Le premier pas était fait. Le ferment des subversions futures se projetait dans l'espace. Puisque c’est la volonté humaine qui a consacré les droits féodaux, privé certains citoyens de la possession du sol, pour en donner à certains autres la détention quasi exclusive, — puisqu’encore elle a décidé que les biens se transmettraient de père en fils, elle peut tout aussi bien aboutir à d’autres conséquences. Rien ne l'empêche, par exemple, d'’édifier la communauté totale, ou de partager, entre toutes les familles, le sol hdurablo ou de restrein-
dre le droit successoral, ou même de le supprimer
absolument. Remarquez que cette thèse évolutionnisfje l'emporte en hardiesse sur nombre d'idées cgurantes de nos économistes orthodoxes contempo-
rains. Nous ne voulons point dire qu'ilsaient essayé
de restaurer l'autorité divine à la base de nos insti-
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conférer un caractère d'immutabilité et de perpé
raissent que comme des réactionnaires désarmés.
est à moi », fut le vrai fondateur de la société civile. ,
ons HE pour 1 mieux détetdie lee
pirer, — la formule de l’évolution universelle.
comme une usurpation ; il la flétrit en termes si
dépassées depuis. Louis Blanc, se référant aux. phrases fameuses du philosophe de Genève, a pi
«Un nouvel ordre de cioyens se présentait, deman
ne songeait encore à détruire, sur-le-
les assauts du socialisme, ils se sont efforcés de. le tuelle nécessité. Ils ont cru, par de simples et gratuites affirmations, préserver, à tout jamais, la propriété individuelle, mais ce dogme nouveau qui s’adressait à des générations plus éclairées, plus. sceptiques, ne pouvait avoir la fortune de l’ancien. Nos Léon Say, nos Leroy-Beaulieu, qui se sont bornés à commenter et à développer Thiers, n Rue $
Pour les confondre, il n’y a qu'à leur opposer quelques-uns mêmes des auteurs qu'ils invoquent, les écrivains du xvin° siècle dont ils prétendent s'ins
Après l'explication rationaliste, l'attaque : aprè les juristes, les publicistes démocrates. Roussea: ne se contente pas d'affirmer le principe conven tionnel de l’appropriation du sol; il la condamne
véhéments, que ses expressions n'ont guère été
écrire, mais non sans exagération, par ailleurs
dant sa place dans le monde. » En réalité, Rousseau,
système économique en vigueur. Il lui SR |
pour l'avenir lointain.
C'est dans le discours sur l'Inégalité que se. trot u l’apostrophe connue et tant citée : « Le premic ere qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : « Ceci