X. L’avortement de Juin 1848, comme l’écrase
ment de Mai 1871, s 'expliquaient, en une large por-
tion, par l’antagonisme, par la scission morale qui
s'étaient produits entre Paris et la province. Les
villes chefs-lieux, petites et grandes, où l'élément
prolétarien manquait de cohésion, ne tentèrent, aux deux époques, que de courts et incohérents efforts : même, sous la seconde République, l'éveil des départements fut à peu près nul : au lendemain du 18 mars, l'Hôtel de Ville ne put pas faire fonds sur Lyon, Marseille, ete. Lorsque le socialisme reparut, il tâcha de tirer parti de la tragique leçon. Il comprit qu'il fallait saisir, outre Paris, les autres cités,’ et qu'il importait de constituer les ouvriers en parti de classe, non seulement dans les agglomérations. industrielles, mais jusque dans les extrêmes campagnes. Nul ne saurait douter, en présence des faits,
que l'urgence de cette besogne n'ait été reconnue, et que la tâche, en elle-même, n'ait été entamée avec …
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Le" 9090 activité. Les fédérations entre lesquelles se distri buait le prolétariat déjà organisé, se sont réparti les e régions de France. On a vu le Parti socialiste révolutionnaire travailler le Centre, surtout le Cher et l'Allier, le Parti ouvrier exercer son action dans le Nord et la zone voisine; les possibilistes s’infiltrer dans les Ardennes, avec une telle habileté qu'ils les ont, pour ainsi dire, accaparées. Les districts industriels, d'Est en Ouest, ont donc été pénétrés, et l'élément socialiste, maître déjà de Lille, de Roubaix, de Bourges, de Marseille, de Narbonne, de Monilucon, de Roanne, de Saint-Etienne, a poussé des racines plus ou moins profondes à Lyon, Dijon, Toulouse, Rouen, Reims et même Nantes.
La propagande rurale était autrement malaisée. D'abord les paysans ne vivent pas en groupes nombreux, mais ils demeurent épars sur leurs champs, ï et cette dispersion même n'est pas la moindre diff culté de l'expansion socialiste dans les campagnes. Ensuite, les cultivateurs et les éleveurs, sinon les viticulteurs, sont, par essence, plutôt imbus d'idées conservatrices, et s’il leur arrive parfois, sous le coup d’une souffrance trop aiguë, comme en 1788- 1789, de déchainer d’effroyables tourmentes, ils ne sont pas sympathiques aux brusques évolutions. Le
journalier agricole qui ne jouit d’aucune indépen-. us dance, dont la servitude est de chaque heure, est infiniment plus assujetti que l'artisan des fabriques, à la surveillance de ses maitres. Quant au petit propriétaire parcellaire, les dirigeants savent admirablement le soustraire à toute influence extérieure, en lui ressassant la légende des partageux et en lui dénaturant les principes. Il n’est pas douteux que l’enseignement du socialisme devait rencontrer so beaucoup plus d'obstacles en France que partout
| D cllbrient réfractaires aux gran courants si des agglomérations urbaines.
était d'autant plus nécessaire que le étaient, et sont encore, depuis un siècle, l'appui le plus solide, le soubassement même des institutio: 3: politiques. Nous ne cesserons de le répéter, après. tous les publicistes français et étrangers de ce. siècle : les socialistes ne pourront aboutir à rien, ti tant qu'ils n'auront pas sérieusement entamé les. ruraux. Et c'est une folie dangereuse que de croire. atteindre un résultat, si l’on a, chez nous, le paysan «4 contre soi. Il a balayé la royauté absolue, puis la seconde République, puis refoulé l'insurrection de Mars : trop d’exemples pour qu'ils pires pas |. inaperçus. :
C'est le Parti ouvrier français qui a compris, notre sens, le plus nettement, l'intérêt énorme d’un assimilation des campagnes. Dans deux de ses Con- grès successifs, à Marseille en 1892, à Nantes en 189 ils’est efforcé de rédiger un programmé qui pût autoriser une Éropegande efficace Ne des 7e liers et des parcellaires. 1 : On a dit que ce programme ÉotÉ une nr:
FU THOIX. qu il avait été forgé pour les besoins de. cause, à l'encontre même des notions fondamentales. L'assertion, développée avec une Joie significative par des adversaires, n'a aucune valeur. Pour la réfuter, il suffit de rappeler que les Congrès de Roanne en 1882, de Roubaix en 1884; ; enregistraient 4 déjà des déclarations analogues à celles qui. furent LS plus tard formulées. : hr 0ROES Les considérants de Marseille sont déduits dir
RÉRUTRRAGN ES
de
saut, ni abolir par des décrets les phases du déve-
que sa nature se soit modifiée, mais comme cette
tement du Marxisme orthodoxe. Ils reconnaissent que le producteur ne peut être libre qu’en possédant les moyens de produire. Or en France la terre, dans beaucoup d’endroits, est encore entre ses mains. … Cet état de choses disparaîtra, mais il n'appartient pas au parti d'en précipiter la ruine : il-doit seule- … ment défendre le paysan contre ses exploitants. Si nous ajoutons à cet exposé de motifs les explications que Deville a fournies au Palais-Bourbon en 1897, et qui eurent un si légitime retentissement, les vues du socialisme se préciseront avec la dernte clarté.
On distingue la propriété capitaliste et la petite propriété. L’une consacre la séparation de l’instrument de travail et du travailleur : l’autre les garde | encore en étroite union. Quel est le rôle du socialisme ? Marx a dit que l’on ne peut «ni dépasser d’un
loppement naturel ». Il ne s’agit donc que de suivre le processus organique des choses. Le collectivisme n’est que le couronnement de l’évolution : 1l ne crée pas; il note, il signale, il sanctionne. Par conséquent,
là où la propriété a revêtu la forme capitaliste et, ainsi, est devenue collective, il y a lieu à socialisation.
Là où elle reste individuelle, il convient d'attendre
conversion est fatale, quoique plus ou moins lente, il arrivera un moment où toute la terre sera socia= lisée. — Telle est, raccourcie en quelques mots, la doctrine que toutes les organisations socialistes, … chez nous et ailleurs, ont adoptée à cette heure, pour fixer leur attitude devant les ruraux. Elle parait au regard des principes, irréprochable. 44 Mais suffit-il de commenter devant les cultiva= teurs ces vues historiques ? Assurément non, car ils … réclament et justement, des satisfactions immédia- |
308 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS tes. C’est pourquoi l'exposé des motifs de Marseille était suivi d'un dispositif assez complexe que les représentants de la classe ouvrière ont d’ailleurs reproduit à la Chambre au cours de la grande discussion agricole de 1897. En somme, le socialisme français, en matière de propagande rurale, aadhéré à la même procédure que le parti ouvrier belge ou que. la Social Démocratie Allemande. Il a tracé une philosophie d'ensemble, puis une nomenclature de desiderata actuels. Parmi ceux-ci, il sied d'indiquer … la détermination d'un minimum de salaires, l’orga-. nisation de la Prudhomie agricole, l'interdiction d’aliéner les communaux, et l'extension de ces biens, la fondation d’une caisse de retraites agricoles, la réduction des baux, l'achat communal de machines, etc. … Cet établissement d'un programme agraire, de même que les campagnes de conférences et de brochures entreprises auprès des journaliers et des par- cellaires, est en réalité l’un des traits les plus caracté-… ristiques de l’histoire du prolétariat français depuis 1870. Cette tentative a-t-elle été consacrée par le suc- __ cès? Peut-être est-il un peu tôt pour apprécier ses résultats. Il est pourtant certain déjà, et de multiples élections communales et quelques élections législatives l'ont attesté, — que les calomnies des rétrogrades trouvent un accueil plus froid parmi les paysans, et qu'ils commencent à entrevoir leur solidarité avec les souffrants des villes. A coup sûr, la grande … secousse n’a pas encore été imprimée : en cas de” soulèvement parisien, lyonnais ou marseillais, les. artisans ne sauraient encore compter sur l'appui total des cultivateurs, mais l’homogénéité conservaj trice de ces derniers est brisée : les privations qu'ils endurent, les maux déchaînés sur eux par la concurs rence étrangère, surtout américaine et russe, ne