ALPES SUBORDONNÉES SEPTENTRIONALES
Maintenant, si nous examinons les rides subordonnées, nous pouvons facilement reconnaître, au premier abord, l’existence d’une arête parallèle et latérale, le long du versant nord. Jetons les yeux, en effet, sur une simple carte géographique, et suivons, en le remontant, le cours des rivières qui aboutissent au Danube, dans la partie de ce fleuve qui est en amont de Vienne. Nous voyons toutes ces rivières subir un coude prononcé, à l’instant où nous les avons remontées jusqu’au pied des Alpes. Ce fait ne peut manquer de nous frapper pour l’Enns, la Salzach , l’Inn , auxquels on peut joindre les branches supérieures du Rhin. Tous ces cours d’eau se plient au pied des montagnes, tous le font dans un même sens. Chacun d’eux a la forme d’une équerre. Mais ils ne sont pas emboîtés les uns dans les autres. Au contraire, la partie de chacune de ces rivières qui en constitue le cours supérieur, et qui est parallèle aux Alpes, semble prolonger la partie correspondante de la rivière précédente. Toutes ces parties n’occupent pour ainsi dire qu’un même pli longitudinal, sur le versant de la grande chaîne. Chacune des rivières mentionnées en sort, à son tour, par une percée dans la ride latérale qui l’enfermait de l’autre côté. Ces percées se font aux coudes des rivières.
Le Rhône supérieur occupe aussi le prolongement du même pli ; il perce également, au-dessous de Martigny, l’arête latérale calcaire. On pourrait donc suivre dans toute son étendue l’angle rentrant des masses, ou si l’on veut la gouttière qui longe la ride principale, en remontant le Rhône dans le Valais, en passant ensuite du Rhône au vallon extrême de la Reuss, de ce vallon au Rhin supérieur, de celui-ci à l’Inn, de i’inn à la haute Salzach, et de la haute Salzach au haut Enns.
Le sillon dont nous parlons se divise donc en plusieurs parties distinctes; il présente des pentes et des contre-pentes partielles. Pour passer d’une rivière à l’autre, il faut franchir des
LES ALPES
masses assez élevées, par lesquelles la ride latérale se rattache à la ride principale. Ces cols longitudinaux sont d’ailleurs peu fréquentés, car ils ne traversent ni l’une ni l’autre arête, et ne mettent en communication que de hautes vallées, perdues pour ainsi dire dans le flanc des montagnes. Nous présenterons le nivellement de ce sillon, dans un tableau particulier.
Quant à la ride latérale elle-même, elle est percée autant de fois qu’il y a de rivières particulières logées dans le sillon. Chacune de ces rivières sort h son tour. Les percées font autant de passages naturels, qui servent à gagner immédiatement le sillon longitudinal , et par conséquent le pied des grandes Alpes. C’est ainsi que le Rhône conduit au grand Saint-Bernard et au Simplon, la Reuss au Saint-Gothard, la branche occidentale du Rhin au Luckmanier, la branche orientale au Bernardinoetau Splügen, l’Inn au Brenner, la Salzach à la passe de Santa-Maria, enfin l’Enns aux tauern de Radstadt et de Rottenmann.
Dans l’intervalle des percées, l’arête latérale est encore traversée par des cols; mais l’utilité de ces passages est presque exclusivement locale, toutes les grandes communications profitant des cours d’eau perceurs. Nous passerons donc très-rapidement sur les détails de cette ride. Nous citerons cependant le col de la Ghemmi, le plus curieux de toutes les Alpes, situé entre le Valais et le canton de Berne. Une montée presque verticale y a été taillée en zigzag, au flanc d’une muraille naturelle. Il n’y a guère plus d’un siècle que ce travail pénible est exécuté.
Dans la chaîne latérale que nous considérons, les couches calcaires redressées se prolongent au loin vers la plaine, où 'elles vont enfin se raccorder. Entamé par les cours d’eau perceurs, sillonné par des ravins transversaux qui naissent sur le dernier versant, le plan incliné que nous offre cette ride est découpé en nombreux et longs contre-forts. Cette disposition du sol rend la viabilité assez difficile dans la proximité de l’arête, et rejette les principales voies de communication vers la grande plaine du Danube. Il existe ainsi le long de la ride