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CHAPITRE PREMIER

culent des rivières transversales à l’arête, engagées le plus souvent dans des vallées profondes. A l’entrée des plaines lombardes et piémontaises, plusieurs de ces cours d’eau s’épanouissent sous forme de lacs, sur la limite des terrains calcaires et des terrains cristallins. Tels sont le lac Majeur et le lac de Côme. L’absence d’une ride latérale distincte, du côté du midi, rapproche les plaines italiennes de la grande arête.

Mais après avoir dépassé le territoire des Grisons, une chaîne adventive, un peu oblique à la direction des Alpes principales, se détache du faîte central, et va s’engager au loin entre les vallées longitudinales de la Drave et de la Save, jusqu’à la réunion de ces deux cours d’eau dans le Danube. On peut désigner cette ride sous le nom générique d’Alpes carniques, qui s’applique cependant, d’une manière plus particulière, à sa portion moyenne.

Celte arête doit peut-être sa direction au système de soulèvement du Tatra; les failles longitudinales de la Drave et de la Save appartiennent aussi à ce système. A l’occident , les Alpes carniques se détachent des Alpes principales, comme pourrait le faire un contre-fort. C’est sur ce contre-fort, entre l’Àdige et l’Adda, que le gouvernement autrichien a fait tracer la route de Stelvio ou Stilfserjoch, qui passe au-dessus du niveau des neiges perpétuelles. Cette chaussée marque ainsi la naissance des Alpes carniques. C’est un très-beau travail, construit de 1820 à 1823, sous la direction de l’ingénieur Donegani. La voie, praticable aux voitures, a dû être ouverte, à travers les plus grandes difficultés, depuis Clurns en Tyrol, jusqu’à Bormio dans la Valteline. Elle n’a coûté cependant que sept millions et demi (1). Malheureusement l’extrême élévation du faîte place une grande partie de cette voie non-seulement dans les neiges d’hiver, mais aussi dans les neiges d’été. Le passage est presque toujours obstrué, et l’on ne parvient qu’à grands frais à le débarrasser. Le col de Bernina, qui est moins élevé de près de cinq cents mètres, répondait beaucoup mieux

(4) En francs, ou plus exactement 2, 90), 000 florins.

LfiS ALPES.

aux intérêts de la circulation. Mais pour gagner ce col il eût fallu traverser un canton suisse, et la politique a préféré à cette alternative une route toujours enterrée sous les frimas.

Le Stilfserjocb forme une communication placée à droite de la descente méridionale du Brenner, et conduit directement de ce célèbre passage dans le Milanais. En face du Brenner, l’Adige perce les Alpes carniques, comme l’Inn perce de l’autre côté les Alpes latérales du nord ; la chaussée qui suit les bords de l’Adige descend à Trente et à Vérone. C’est là le débouché direct et naturel du Brenner, et la grande voie des invasions. Enfin un troisième passage, la strada d’Allemagna des Italiens, se détache vers la gauche, et porte sur la Brenta , dans les États de Venise, le voyageur qui vient de descendre le Brenner. Cette route est aussi toute moderne; c’est l’ouvrage de l'ingénieur Francesconi, exécuté de 1825 à 1850. Elle est praticable aux voitures; mais elle a l’inconvénient de passer à une altitude considérable, moins forte cependant que celle du Stilfserjocb, et toutefois à peu près égale à l’élévation du grand Saint-Bernard.

Un faîte très-élevé, privé de dépressions profondes, mais traversé de part en part par l’Adige entre Trente et Botzen, caractérise donc cette branche des Alpes. Des contre-forts étendus et d’une haute saillie en défendent le versant méridional.

C’est dans le contre-fort entre le Mincio et l’Adige, que fut livrée, en janvier 1797, la célèbre bataille de Rivoli. La troisième armée autrichienne qui venait au secours de l’Italie descendait du Tyrol sous le maréchal Alvinzy. Le corps de Provera venait de la Brenta , et se présentait de front à la ligne française de l’Adige, en traversant les monts Euganéeus, qui forment le contre-fort entre cette rivière et la Brenta. La masse principale, sous Alvinzy lui-même, descendait l’Adige, et comptait, en traversant le rameau du Monte-Baldo, se jeter sur la ligne du Mincio et couper les communications du général Bonaparte. Celui-ci, reconnaissant bientôt que l’attaque de Provera n’était qu’accessoire, porta toutes ses forces sur le plateau de Rivoli, et y accabla les masses autrichiennes, dans le passage et sur le yersant de l’Adige qu’il dominait.

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