CHAPITRE PREMIER
augmenter leurs richesses et leurs ouvrages utiles. Ce sont même les exigences de la guerre et le procédé hardi de la poudre, qui sont venus rendre divers passages accessibles. Mais c’est surtout dans les quarante années qui viennent de s’écouler, que la viabilité des Alpes s’est enfin améliorée. Dans cette dernière et récente période, il a été fait plus pour cette viabilité, que durant tous les siècles antérieurs.
A l’orient, les branches des Alpes se multiplient , et présentent en quelque sorte une figure palmée. Les plaines de la Hongrie s’introduisent, dans la divergence des arêtes, jusque vers le sommet du secteur, et viennent finir à peu de distance de Gratz, et à la partie à peu près nord-sud du cours de la Mur. C’est aux sources de la Save que les Alpes se raccordent à l’arête illy rienne , qui ferme le troisième côté de l’Italie. Plus on s’écarte vers l’est, entre l’Adriatique et le Danube, et plus les chaînes sont nombreuses et distantes entre elles. Cette différence des conditions se trouve parfaitement exprimée, dans la distinction remarquable qui existe ici, entre le chemin militaire et le chemin ouvert pour la vapeur.
Considérons, en effet, le chemin de fer de Vienne à Trieste : il présente une forte convexité du côté de l’est. En partant de Briick, il descend la vallée de la Mur, vient à Mahrburg, et s’écarte ainsi à l’orient, du côté où les branches des Alpes s’abaissent, afin de franchir des seuils moins élevés. La route militaire est tout opposée : elle tourne sa convexité vers l’ouest, et va passer les Alpes avant leurs dernières ramifications, dans des cols plus élevés, il est vrai, mais moins nombreux. La campagne du général Bonaparte, en mars 1797, vient l’attester. Le général trouvait l’archiduc Charles massé en avant de Trieste; il le refoula vers cette ville; puis, se rejetant subitement en arrière, il vint franchir le col de Saisniz, et descendit avec l’armée française dans la vallée de la Drave. L’archiduc eut à peine le temps d’abandonner Trieste, de traverser l’arête illyrienne pour se jeter sur la Save, et de gagner ensuite la Drave par le col de Léobel, pour devancer les Français à Klagenfurth et couvrir Vienne. Bonaparte, continuant de marcher,
LES ALPES
pressait entre la Drave et la Mur les derniers corps autrichiens. Quelques jours plus tard , l’avant-garde de Masséna parvenait, à la poursuite de l’archiduc, sur les hauteurs du Semmering, d’où l’on aperçoit les clochers devienne.
Ainsi le relief du sol, envisagé d’un pointde vue supérieur, modifie les directions, suivant le but que l’on se propose. Le succès n’appartient qu’à l’observation des conditions données; il vient confirmer cette vérité, que l’homme ne peut triompher des grands obstacles naturels que par l’étude des caractères qu’ils présentent.