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ARÊTE DU MONT-VISO

C’est à la Pointe des Arcines, entre Grenoble et Briançon, que la ride du Mont-Viso, qui était antérieure, a été croisée par celle des Alpes occidentales. L’éperon terminal de l’arête du Mont-Viso se projette au nord-ouest, à quelque distance au delà du nœud. L’Isère fait un coude brusque à Grenoble, et coule jusqu’à Moiran dans une vallée parallèle à cet éperon. A sa rive droite s’élève, en effet, le promontoire qui domine rétablissement célèbre de la Grande-Chartreuse.

Mais c’est seulement au delà du nœud granitique des Arcines, qui domine de sa tête pelée toutes les sommités d’alentour, c’est seulement au sud-est de ce point d’intersection, que

l'arête se dégage des contre-forts des Alpes occidentales, pour se dessiner nettement. Ses masses calcaires composent une ride lourde et très-élevée, qui a servi à établir le système de soulèvement du Mont-Viso. Les eaux diluviennes ont entaillé ses versants avec une énergie remarquable. Le sillon de la Doria a conduit vers la plaine piémontaise les matériaux de transport qui jonchent au loin le bassin de Turin. Et de. l'autre côté, la Durance et d’autres torrents ont lavé les pentes opposées, pour semer de cailloux la plaine célèbre de la Crau, témoin, disait la Fable, du combat d’Hercule contre les géants.

Par les considérations que nous avons présentées, c’était à travers l’arête du Mont-Viso que les relations s’établissaient entre la Gaule et l’Italie, aussi longtemps que la civilisation du Midi l’emportait sur celle du Nord. C’est par là que les Teutons se préparaient à envahir lTlalie, un siècle avant notre ère, lorsqu’ils furent défaits en Provence par Marius. C’est par là qu’un siècle plus tôt, Annibal avait pénétré, après avoir parcouru l’Espagne et la Narbonaise (I). Une voie romaine suivait le passage du Mont-Genèvre ou des Genévriers (2), près de Briançon. Maintes fois elle a donné passage aux légions ; et César l’a suivie à la tête de son armée.

En venant de la France , pour s’engager dans les cols de l’arête du Mont-Viso, il faut passer au sud de l’éperon terminal des Alpes occidentales. On se porte donc sur les passes des Alpes occidentales ou sur celles du Mont-Viso, suivant que le point de départ se trouve au nord ou au sud d’Avignon.

Remontant la Durance par Gap, Embrun et Briançon, le roi de France Charles VIII vint franchir le col du Genèvre, en août 1494, avec l’armée d’invasion qu’il devait conduire si rapidement jusqu’à Naples, mais qui devait sitôt en revenir. Le

(1) Annibal a, dit-on, dissous les rochers avec du vinaigre, pour se frayer un passage. Ce conte, né d’une expression figurée de Juvénal, « rompit aceto i (sat. X, v. 152), n’a rien de fondé. Le poète latin faisait allusion à l’augmentation de la ration d’eau vinaigrée ou posca , qu’ Annibal distribuait à ses soldats.

(2) Mont Juniperut.

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