CHAPITRE II
col n’ollïait pas encore les facilités de passage qu’on y apporta plus tard (en 1803), pour le rendre praticable au roulage; c’était une simple route de montagne. L’armée descendit l’autre versant par Cézanne et Oulx , dans la vallée de la Doria. Ce cours d’eau débouche des montagnes à Suze, pour traverser la plaine de Turin. Un an s’était à peine écoulé qu’en octobre 1495, la même armée repassait d’Italie en France, par le même chemin.
Un peu plus tard, lors de sa seconde invasion en Italie, en octobre 1524, François I" prit aussi ce passage. Il forçait ainsi l’armée de Charles-Quint, qui combattait en Provence, à se retirer en Italie et à tourner l’arête du Monl-Viso par le midi, afin de marcher à la rencontre des Français.
Le Viso, bien qu’il donne son nom à la chaîne entière, n’est pas aussi élevé que la Pointe des Arcines; et le faite décroît sans interruption depuis le nœud jusqu’au golfe de Cènes. Sur la paroi septentrionale de la sommité du Viso, les sources de la Guille et du Pô sont rapprochées; mais le faite qui les sépare dépasse encore l’altitude de 5000 mètres. En 1480, l’administration de Saluées (Saluzzo) a rendu ce passage praticable, en faisant opérer une percée dans le calcaire jurassique. Celte entaille, qui n’est qu’une simple coupure de promontoire, dans l’angle un peu brusque d’une vallce, porte le nom de Trou du I Viso. Le col lui-même, toujours peu fréquenté à cause de sa grande élévation, est désigné sous celui de col de Travcrsette.
Sur le versant français, Barcelonnette est un point de départ remarquable. Arrivé dans cette petite ville, vers le haut de la vallée de l’Ubaye, on peut se porter, par trois cols un peu divergents, vers les sources des trois rivières italiennes, laStura, la Grana et la Maira, qui descendent toutes les trois à la plaine piémontaise. Celui du milieu, qui est le col de l’Argenlière ou de la Madeleine, est de beaucoup le moins élevé; mais il passe cependant au-dessus de 2000 mètres d’altitude. Le chemin y est d’ailleurs fort diilicile. Il n’était pas même praticable aux bêtes de somme, à l’époque où l’armée de François Ier s’en servit pour franchir l’arête. C’est ce passage, clfectué en août 1515, qui
procura l’ouverture de celte voie. On fit sauter des promontoires de roches, on jeta des ponts pour passer d’une rive à l’autre des torrents, on élargit les chemins, en les soutenant par des étais au flanc des pentes les plus escarpées. Grâce à ces travaux, dont les communications pacifiques de la France avec le Piémont ont profité par la suite, l’armée parvint à faire passer sa pesante cavalerie et 72 pièces de canon, pour descendre dans la plaine de Saltices.
L’éperon sud-est de l’arête du Mont-Viso est ordinairement désigné sous le nom d’Alpes maritimes, et vient baigner dans la Méditerranée. De simples torrents y sillonnent la pyramide terminale de la chaîne. Le plus considérable de tous est le Var. Il parcourt l’extrémité occidentale de la face extrême, se trou vaut ainsi beaucoup plus près de la Provence que de la Ligurie.
La route de la côte, qui évite naturellement l’arête montagneuse, n’est Interrompue, entre Antibes et Gênes, que par ce torrent du Var. Celui-ci sert de frontière politique à la France. Son point de passage ne peut être qu’à son embouchure, près de Nice, à l’endroit où il est dégagé des montagnes C’est là que passait déjà la voie romaine, qui allait de Ligurie en Provence. C’est là que l’armée d’invasion de Charles-Quint, commandée par le connétable de Bourbon, franchit le Var, pour entrer en France, en juillet 1524, et qu’elle le repassa trois mois plus tard, en se retirant. C’est encore là que Charles-Quint lui-même passa la rivière, en se portant vers la Provence, en juillet 153(3, pour revenir également sur ses pas, au mois de septembre.
Toutefois, malgré son antiquité, cette route était restée jusqu’à l’empire français un chemin difficile et raboteux; elle suivait encore la simple trace marquée sur les rochers par les premiers passants; l’art du génie en avait à peine amélioré quelques endroits difficiles. Invasions barbares, armées romaines, conquérants féodaux, soldats chrétiens, tout y avait marché dans l’antique sentier du pâtre et du contrebandier. Il était temps enfin que la main de l’homme marquât de son empreinte cette ligne importante, et que l’art s’y montrât le maître des ravins et des torrents. Un décret du gouvernement fran-