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CHAPITRE II

L’Apennin est, en effet, une arête entièrement distincte, qui appartient au système de soulèvement des Pyrénées. Nous en donnerons immédiatement une idée générale, en disant que cette ride s'étend de Gênes à la pointe d’Olrante. Elle traverse la péninsule italique obliquement, comme une écharpe. Elle laisse au midi les campagnes de Rome et de Naples, où la végétation prend, sous l’influence d’un climat plus doux, et sous la protection de l’Apennin, une physionomie nouvelle. Là, croissent de hauts tussilages et de puissants chardons, un roseau luxuriant, des arbustes et des arbres inconnus à l’Europe moyenne. On y compte le plaqueminier (1), bel arbre aux branches étalées, dont les feuilles, vertes par-dessus, sont blanches et velues par-dessous ; l’azédarach (2) ou lilas des Indes, dont les grappes fleuries embaument l’air; le grenadier (3), apporté de Carthage par les Romains; l’azerolier (4), sorte de néflier au fruit rouge et au suc rafraîchissant; le caroubier (o), chargé de gousses, dont la fève est aimée des Napolitains; le lentisque (6) huileux, toujours vert ; le frêne à massue (7). Celte végétation nouvelle des bosquets et des jardins a plus d’éclat et plus de richesse. Sur les bords de la mer, le laurier, le myrte, le romarin, le chêne liège et l’yeuse ne se dépouillent jamais de leur feuillage. Le règne animal lui-même est plus varié ; les oiseaux sont plus vifs et plus nombreux; les reptiles et les insectes, en se multipliant, communiquent plus de mouvement au tableau.

Au nord, au contraire, l’Apennin serre de près la mer Adriatique, et ne permet pas aux campagnes de prendre un large développement. Les pentes sont plus courtes et plus roides. C’est seulement de Ravenne à Parme que le pied des

(1) Diospyros lotus.

(2) Melia azedarach.

(3) Puiiica granatum.

(4) Cralaegus azaroltis.

(3) Ceralonia siliqua.

(6) Pislacia lentiscus.

(7) Fraxinus rolundifolia.

montagnes confine à des plaines; nous voulons désigner les riches campagnes du Pô. Celte région plate, à peine élevée au-dessus de l’Adriatique, en était autrefois le prolongement. Les eaux recouvraient ce bassin jusqu’à peu de distance des Alpes occidentales, et ne se sont écoulées que dans le soulèvement des grandes Alpes. La Lombardie et les États de Venise ne sont que le golfe le plus reculé de l’Adriatique, dont le fond a été mis à nu.

On sait combien les limites de la terre et de la mer sont encore indécises, sur les rivages de la Romagne et de Venise. Des lagunes immenses, entrecoupées de sable et d’eau, y forment une large lisière, qui précède la mer. Ces lagunes, qui ont fait la force de Venise, et qui semblaient l’isoler du continent, sont traversées aujourd’hui par le beau viaduc qui amène le chemin de fer au cœur de cette ville. 222 arches, de 10 mètres d’ouverture et de près de 2 mètres de flèche, forment un des plus grands ouvrages de notre temps. Cette longue file d’arceaux est divisée en six parties par des terre-pleins intermédiaires. Les piles qui reposent dans l’eau sont construites sur pilotis. La longueur totale de ce viaduc est de 3,60o mètres.

Les terres grasses et limoneuses des États de Venise et de la Lombardie sont éminemment fertiles. Ellesconstituent un des plus grands terrains de plaines qu’il y ait en Europe; elles ont attiré de tous temps les peuples cultivateurs ou les hordes de pillards. Cependant leur aspect diffère encore notablement de celui de la Toscane, à cause de la séparation de climats qu’oppose l’Apennin.

Celui-ci forme une longue arête calcaire, uniforme et émoussée. Il commence dans les environs de Gênes, où les éruptions d’une roche qui se rattache aux porphyres verts ont métamorphosé le calcaire, et produit ces beaux marbres statuaires dans lesquels l’art a taillé ses chefs-d’œuvre.

L’éperon de l’Apennin près de Gênes est à la fois la clef de l’Italie méridionale, lorsqu’on vient du nord, et celle de la Lombardie lorsqu’on débouche par la route littorale de la Corniche. Au nord de Gênes, le cheipin d’Alexandrie faisait

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