CHAPITRE II
partie du réseau des voies romaines. Il coupait l’éperon au col de la Boccheta, le même par lequel Moreau sortit de Gênes, en avril 1799, pour venir inquiéter Suwarow dans la plaine de Lombardie. Mais ce passage était évidemment mal choisi , puisqu’il s’élève à 777 mètres d’altitude, et qu’en se détournant un peu vers la gauche, pour se rapprocher davantage de la pointe de l’éperon, la route nouvelle ne passe qu’à 469 mètres. C’est aussi à peu de distance que franchit le chemin de fer de Turin à Gênes, dans un point où le partage de la voie reste, en souterrain, à 361 mètres d’altitude. A la descente de ce railway vers Gênes, existe, sur une longueur de plus de 2 kilomètres, la plus forte pente admise en Europe, dans des chemins de fer à locomotives. Elle s’élève à 35 millimètres par mètre.
En traversant la péninsule en écharpe, l’Apennin reste quelque temps rapproché des côtes du golfe de Gênes , le long - desquelles se déroulait la voieAurélienne. Les différentes routes qui se rendent du Pô à la Méditerranée aboutissent transversalement à cette voie romaine.
Après la route de Gênes à Alexandrie, qui n’est pas à proprement parler dans la chaîne, les principales communications de l’Apennin sont la route de la Spezzia à Parme, qui passe les montagnes entre Pontremoli etBercelto, et celle de Florence et Pistoja à Modène, qui culmine à Boscolungo. C’est par ces deux routes que Macdonald déboucha, en juin 1799, sur les derrières des Austro-Russes, commandés par Suwarow, et qui tenaient le bassin de Lombardie.
Au contraire, partie de Plaisance (Piaceiîza), en octobre
1494, l’armée française du roi Charles VIII franchit l’Apennin, du nord au sud, par le col de Bercetto, pour descendre à Pontremoli, et suivre le bord de la mer. En juillet
1495, la même armée repassait le même col, du sud au nord, pour faire sa retraite dans le Milanais. Dans ce sens, se présente au sortir de l’Apennin la petite rivière ou plutôt le torrent du Taro ; et en général , pour gagner directement la plaine d’Alexandrie, il^ faut franchir obliquement tous les
contre-forts de l’arête, ce qui crée, dans une retraite de ce genre, de nombreuses et graves difficultés.
Les routes qui suivent sont moins importantes. Il faut cependant mentionner la route de Bologne à Florence, qui forme la dernière communication du bassin du Pô avec la Toscane. C’est là, près du col, qu’au Monte-di-Fo ou Mont-de-Feu, un jet de gaz enflammé, nommé le Fuoco del Legno, indique le prolongement de la faille volcanique de l’Étrurie. L’émission du gaz est favorisée par la diminution délia pression atmosphérique; l’activité de la flamme coïncide ainsi avec l’abaissement du baromètre, et semble un signe précurseur des orages.
Plus loin, le pied septentrional de l’Apennin n’est plus bordé par les plaines, mais par la nappe d’eau de l’Adriatique. En partant de Venise, cette nappe d’eau ne gagne que fort lentement en profondeur. Mais sa présence seule suffit pour changer complètement les conditions. Au lieu des plaines étalées du Pô, l’Apennin ne présente plus, jusqu’à son extrémité près d’Otrante, qu’un versant rapide et court, immédiatement borné par les eaux. La voie Émilienne suivait le pied septentrional de l’Apennin tout le long de la plaine, et venait s’engager dans l’étroite lisière du rivage adrialique. Elle franchissait successivement toutes les rivières transversales. A l’endroit où le resserrement commence, ces rivières se réduisent à des torrents. Au lieu d’aboutir au Pô, elles viennent directement à la mer. L’une des premières est le célèbre Rubicon, qui aboutit à l’Adriatique entre Ravenne et Rimini, et qui forme réellement la limite entre l’étroite lisière apennine et la vaste plaine du Pô.
C’est donc au nord de la voie Émilienne, au nord d’une ligne dirigée de Rimini à Alexandrie, que le grand bassin limoneux s’étale. Tout l’espace compris entre cette ligne et les Alpes formait la Gaule Cisalpine des anciens. Cette riche contrée fut toujours en but aux incursions et aux conquêtes des peuples voisins : elle était exposée aux invasions qui descendaient des montagnes. L’Italie proprement dite ne commençait qu’à la barrière de l’Apennin, complétée par le torrent du Rubicon. C’était à cette barrière qu’il fallait arrêter les