‹ Histoire du sol de l'EuropeChapitre 177 sur 349 · ARÊTE LUS1TANIQUE (MONTS DE TOLÈDE · texte numérisé non relu

ARÊTE LUS1TANIQUE (MONTS DE TOLÈDE

Une troisième arête parallèle, appartenant encore au système des grandes Alpes, sépare le bassin de la Guadiana de celui du Tage. Elle n’a pas de nom générique dans le langage des habitants ; elle a reçu de Bory de Saint-Vincent celui d’arête lusitanique, nom assez impropre à la vérité, puisque cette ride se développe au loin au delà des limites de l’ancienne Lusitanie et du Portugal actuel. Bruguière, dans son Orographie de l'Europe, propose de la nommer Oréto-herminienne. La première dénomination a l’avantage de la simplicité et de l’antériorité. Qu’il soit seulement entendu que l’arête lusitanique n’est point bornée au territoire du Portugal , qu’elle ne fait que commencer dans ce royaume, pour traverser de là la Castille et se terminer en Catalogne au cap Bégou. Ainsi c’est une nouvelle ride qui sillonne la Péninsule dans toute sa largeur.

Ce plissement du sol a soulevé le fond du grand bras de mer, qui s’étendait alors entre les îles du midi de l'Espagne et les terres découvertes des Asturies, de la Navarre, de l’Aragon. Celte ride n’a exhaussé sur sa route qu’un petit nombre d’îles plus anciennes ; aussi n’offre-t-elle qu’une moindre épaisseur. Le Tage et surtout la Guadiana serrent de près les pieds de ses deux versants.

Les roches anciennes ne formant pas de noyaux étendus, les formations secondaires sont seulement çà et là dénudées. L’arête lusitanique n’a donc nulle part l’aspect grandiose et sévère des hautes Alpes. On pourrait tout au plus la comparer aux branches extrêmes des Alpes orientales, dont les couches tertiaires se continuent dans la plaine,

Le relief de l’arête n’est pas non plus d’une grande élévation.

Son point culminant est situé à la Sierra de Guadalupe, sur les limites de la Castille et de l’Estramadure. La ride a plus de largeur dans ce renflement, et obstruant le bassin de la Guadiana, dont elle dut limiter quelque temps le lac supérieur, elle s’avance pour se lier aux dernières pentes de la Sierra Morena. Au-dessus du barrage, la Guadiana décrit sa grande sinuosité; puis elle perce subitement, pour se diriger en droite ligne vers Mérida et Badajoz. Le lac supérieur renferme des formations d’eau douce.

L’extrémité occidentale a subi, comme dans la ride précédente, quelques accidents volcaniques. Les cémas de Ourem ou cimes des montagnes s’appuient d’un côté à l’arête lusitanique, et repoussent de l’autre le Tage au nord d’Abrantès. Ce petit pays raboteux, bouleversé, coupé de coulées, offre l’aspect le plus pittoresque et le plus curieux.

Quant à l’arête elle-même, elle commence au cap Espichel, qui ferme l’embouchure du Tage du côté du midi. Elle prend 500 mètres d’élévation entre Sétuval et Lisbonne (Lisboa). Mais elle croît ensuite fort lentement jusqu’aux frontières d’Espagne, et ne s’élève sensiblement qu’au voisinage de son point culminant de Guadalupe. Dans ce long intervalle , trois grandes routes la traversent, mais aucun de ces passages ne prend le caractère alpin ; nulle part l’obstacle n’est important. La route de Lisbonne à Badajoz parcourt le plateau ondulé de l’Alem-Téjo. Celles d’Alcantara à Badajoz et de Talavera à Mérida par Truxillo, ne rencontrent pas de véritables difficultés. Mais bientôt vient la Sierra de Guadalupe, où la ride a tout son caractère.

Des forêts de châtaigniers y couronnent des pâturages, avec une certaine grandeur, sans avoir pourtant trop de rudesse. Dans les bois, les ruminants sont des troupes de cerfs et des familles de chevreuils ; les pachydermes sont des sangliers ; les carnassiers sont des lynx, mais point d’ours. Ce site était admirablement propice aux établissements monastiques. Là se trouvait le couvent, aux immenses richesses, où Charles-Quint se relira après avoir abdiqué, et où la mort l’a frappé, dit-on.

dans le lugubre cercueil où il s’était fait enfermer, pour assister vivant à ses propres funérailles.

En ce point, l’arête est plus large et plus puissante. Mais elle ne tarde pas à s’abaisser de nouveau et à se rétrécir. Les Monts de Tolède (Montes de Toledo) n’offrent qu’un faite médiocre et ondulé. A peine leurs sommités sont-elles visibles du haut des clochers de Tolède, d’où elles sont éloignées de 60 kilomètres au sud-ouest. La ride s’abaisse encore vers la route d’Aranjuez à Villaharta, grande chaussée du midi, qui ne trouve qu’un plateau tertiaire continu entre le Tage et la Guadiana supérieurs.

Il en est de même de la route voisine, celle de Madrid à Valence, ou grande route du sud-est, qui traverse le même plateau tertiaire, ondulé, mais nullement montueux. Ce plateau s’appuie, comme la ride précédente, sur l’arête ibérique. A la bordure de celle-ci la direction des couches est changée; les formations éocènes s’adossent à des tranches triasiques relevées transversalement. Le nœud est au pic de Javalambré, la plus haute sommité de l’Espagne orientale. Au délit, l’arête longe la côte de Catalogne, en labourant le bassin tertiaire de l’Èbre (Ebro), qui communiquait auparavant avec la Méditerranée, et dont les eaux battaient le flanc méridional des Pyrénées.

Ce bassin est aujourd’hui complètement fermé par la chaîne. L’Èbre s’ouvre une brèche étroite au-dessous de Mesquinenza, près de son dernier coude. Il fend la ride jusqu’à Tortosc, et se termine brusquement par un petit delta. Le long bassin tertiaire de l’Èbre reste ainsi complètement enfermé dans le triangle que les Pyrénées, la ride ibérique et celle que nous décrivons comprennent entre elles. A voir le rivage élevé de la Catalogne, l’œil ne soupçonnerait pas, au delà de ce bourrelet, l’immense vide à fond plat qui s’ouvre en arrière.

Après la brèche de l’Èbre, la ride catalane est comprise entre la mer et le sillon longitudinal de la Sègre. Là dominent le haut mamelon du Mont-Serrat ou mont dentelé, que couronne une chapelle à la Vierge ; et le mont Sein ou pur dans la langue celtique, qui dresse ses sommités jumelles de Matagall

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