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CHAPITRE III

Madrid et de Tolède. Placé entre deux soulèvements parallèles entre eux, et qui appartiennent au système des grandes Alpes, ce bassin est considérablement exhaussé lui-méme au-dessus de la mer. Ses couches marines sont mêlées çà et là de formations d’eau douce. Les eaux paraissent avoir conservé longtemps un vaste lac dans la partie supérieure.

Le fond du bassin est lézardé par une énorme fente ou crevasse, qui le parcourt dans le sens longitudinal, et qui rappelle le bras de la Méditerranée entre Carthagène et Oran. C’est une crevasse d’écartement analogue, placée de même entre deux rides parallèles et contemporaines; seulement la lézarde du Tage est beaucoup plus étroite et ne donne place qu’aux eaux du fleuve. Les tranches des couches se retrouvent et se correspondent sur les deux escarpements. Cette fente abrupte est tracée au milieu des calcaires et des grès de l’époque tertiaire. Elle divise profondément le bassin et a fourni au Tage un lit encaissé, sauvage, difficile à franchir, où le fleuve roule parmi les cailloux ses ondes jaunies.

Une vallée d’écartement se substitue donc ici aux vallées d’érosion, que l’on s’attend d’ordinaire à trouver dans les grands bassins à fond plat. Il en résulte que le cours d’eau est difficilement accessible, et que dans le sillon qui le contient, il n’y a pas même de place pour les roules riveraines. Au pont de Talavera, le Tage a 390 mètres de large ; à celui d’Alcantara, en arabe Le Pont, il n’en a plus que 218, mais l'eau coule à 68 mètres au-dessous de la chaussée. Ce dernier pont, entièrement construit en granité, et composé de six arches dont les deux du milieu ont 36 mètres d’ouverture, est un ouvrage romain, du règne de Trajan. '

Le bassin du Tage n’est pas cultivé comme il pourrait l’être. Les parois profondes des cours d’eau sont dépouillées. Le plateau, souvent nu, est entrecoupé çà et là par de tristes buissons d’yeuses (1) ou par des bouquets de chênes à glands doux (2),

(t) Quercus ilex.

(2) Quercus ballota.

dont le fruit nommé bellotte a la saveur de l’amande douce. La vigne y réussit, mais l’olivier n’est pas général.

L’absence de routes riveraines nuit à la viabilité du bassin et pour ainsi dire à son unité. Le thalweg du Tage n’est pas une voie commerciale ni môme une voie militaire. Aussi quand Galloway et Las Minas furent chargés de conduire de l’Estramadûre à Madrid les armées combinées d’Angleterre et de Portugal, ils ne suivirent pas la ligne du Tage, mais s’élevèrent au contraire par le nord (1707). Le défaut de routes riveraines a trompé Napoléon lui-méme. Dans les ordres qu’il envoyait de Paris pour l’invasion du Portugal, il prescrivait à Junot de suivre la ligne du fleuve. Ce général s’était mis en marche à la tête d’une colonne de plus de 20,000 hommes. Mais les difficultés furent si puissantes, les contre-forts et les ravins si rudes à passer, l’aridité des escarpements et la pauvreté du pays si grandes, que le malheureux Junot, esclave et victime de ses instructions, ne trouva pas plus de 4,000 hommes autour de lui, pour faire son entrée dans Lisbonne (novembre 1807). On ne peut donc pas regarder le Tage comme un chemin naturel; il faut tracer les routes dans le bassin comme on pourrait le faire dans une plaine ou sur un plateau, mais sans compter sur la vallée.

Vers ses bouches, le Tage traverse un bassin secondaire, qui enveloppe Lisbonne. Là commence l’arête de Guadarrama , d’abord formée de calcaire jurassique, mais où les roches primaires ne tardent pas à se faire jour. Celte arête commence au cap Roca, qui ferme l’entrée du Tage du côté septentrional. Quelques accidents volcaniques marquent aussi cette extrémité de la ride. Mais tout le long de la crête principale, les roches granitiques percent les terrains de sédiment, et le Guadarrama nous donne ainsi le spectacle d’une chaîne analogue aux grandes Alpes, pourtant moins majestueuse et moins élevée.

Les neiges perpétuelles ne s’y conservent que dans quelques plaques détachées, qui parsèment les crêtes de la Sierra de Grédos, et en Portugal, celles de l’Estrella. Toutefois si la région des neiges n’existe qu’en vestige, la zone des forêts se

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