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CHAPITRE III

développe dans toute sa puissance. Les châtaigniers, les pins, les bouleaux forment une longue crinière de verdure.

La chaîne a tous les caracières des arêtes granitiques : des sommités abruptes et accidentées, des torrents dans des crevasses, point de portages, mais au contraire des cours d’eau dont les sources s’entre-croisent comme les dents de deux peignes opposés. On peut attribuer en partie l’ampleur de la végétation forestière qui recouvre la chaîne, à la richesse des détritus volcaniques.

Mais, sur le revers, s’ouvre le bassin tertiaire du Douro (Duero), cultivé en céréales sur les terres fortes, planté de pins sur les sédiments sableux qui l’entremêlent de landes. La partie supérieure de ce bassin, traversée par la route de Madrid à Burgos, forme une vaste paraméra ou haute plaine dépouillée. La terre n’y porte que des arbustes rigides et bas, des plantes ligneuses couchées. Ce sont le ciste à feuille de peuplier, des bruyères, le raisin d’ours (d), des légumineuses dures; des panicauts et des phlomides que le vent déracine, pelotonne et roule en amas souvent considérables. Ces toulTes froissées vont tomber au fond des ravines, où le campagnard prend soin de les recueillir, car c’est là le seul combustible dont il dispose (2).

Le voyageur qui se rend de Bayonne à Madrid, par l’ancienne route, traverse au sud de Burgos celte paraméra désolée. De là, il aperçoit les cimes neigeuses de l’arête ibérique, vers le nœud de ce système avec celui du Guadarrama. Placé à ce nœud même, aux sources du Douro, et au-dessus des ruines de l’ancienne Numance, l’œil suit au loin la ride soulevée. Vers l’Èbre, un éperon puissant s’avance comme pour barrer le passage du fleuve, qui le perce dans la gorge étroite de Tudela. Cet éperon sépare la portion aragonaise du bassin de l’Èbre de la portion de Navarre. Les deux lacs étaient à des niveaux dilférents et formaient des étages, séparés par la

(1) Arbutus uva-ursi.

(2) Borï de Saint-Vincent, Guide du voyageur en Espagne, p. 69 et 72.

digue dont nous parlons. Les eaux ont été d’abord retenues, à un niveau très-élevé, dans la Navarre, avant d’ouvrir le débouché, d’en descendre comme d’une écluse, et de s’accumuler de nouveau dans l’Aragon.

De l’autre côté de la ride ibérique, commence bientôt l’arête granitique de Guadarrama, qui suit la rive septentrionale du Tage jusqu’au delà de Lisbonne. Au pied de la chaîne, les blocs roulés et les mille débris du diluvium annoncent l’approche d’un soulèvement important. Les deux routes du nord, qui vont de Madrid à Bayonne, l’une par Pampelune (Pampelona), l’autre par Burgos, sont forcées de traverser l’arête. La première ne traverse que des couches tertiaires dérangées, entre Soria et Madrid. Mais la seconde franchit le faîte de granité. La route y passe à travers le col de Somo-Sierra, que l’armée française, conduite par Napoléon en personne, enleva le 30 novembre 1808, par un temps superbe et une température de printemps. C’est là l’ancienne route de Madrid qui tourne, dans la paraméra du Douro, l'extrémité de la ride ibérique. La route nouvelle, au contraire, a deux arêtes différentes à franchir, comme nous le verrons tout à l’heure. Le col de Somo- Sierra sera donc toujours la clef de la Castille et de Madrid, pour toute invasion venant du nord.

Au delà de ce passage, se dresse le massif du Guadarrama proprement dit; puis le faîte est franchi par une magnifique chaussée, qui conduit de Madrid à Valladolid et vers le nordouest de l’empire. Elle passe au pied de l’Escurial, ce monument de là poltronnerie et de la superstition de Philippe II (t). Le granité grisâtre, tiré de la chaîne voisine, donne à ce palais et aux constructions des villes environnantes l’aspect le plus sévère. Le sommet du passage est au niveau des cols supérieurs du Jura. Un superbe lion en marbre s’élève au point culmi-

(1) On se rappelle que pendant la bataille de Saint-Quentin, ce roi dévot, qui se tenait à l'abri de tout danger, tandis que de braves gens se faisaient tuer à son service, fit vœu d’élever un superbe monastère au patron du jour. Après la victoire on chercha dans un almanach quel était le saint favorisé, et l’on trouva que saint Laurent avait sauvé la vie à Sa Majesté Catholique.

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