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CHAPITRE III

nant. Là, en décembre 1808, Napoléon se présenta à la tête de la garde impériale, et du sixième corps commandé par le maréchal Ney. Il sortait de Madrid pour se porter contre les rassemblements qui, dans le bassin du Douro, menaçaient ses communications avec la France. Cette marche était urgente; mais l’armée fut assaillie par un ouragan de neige, et quelque temps arrêtée au pied du Guadarrama. Napoléon, enveloppé dans son manteau, serré par ses officiers et une masse compacte de grenadiers, gravit le col malgré la tempête. L’armée passa; mais ce ne fut pas sans que ce triomphe de l’obstination humaine ait laissé de nombreuses victimes.

Vient ensuite la Sierra de Grédos, véritable pendant des Alpes, où l’arête atteint son relief maximum. C’est là que séjournent des plaques d’une neige éternelle. C’est là aussi que l’on aperçoit un petit glacier, le seul de l’Espagne. Les Arabes ont tenu en affection un site qui leur présentait un contraste aussi étrange avec leur patrie, et le phénomène toujours frappant d’un cours d’eau solide. On voit encore, auprès du glacier, un pavillon qu’on leur attribue, le palais du More Almanzor (el palacio del Moro Almanzor).

De l’autre côté de la Sierra de Grédos, qui forme un massif épais, passe la route de Salamanque à Placencia et au bassin du Tage. Elle franchit l’arête au col de Baîios. En juillet 1809, un corps anglais conduit par le général Wellesley, qui s’appela plus tard Wellington, était parti du Portugal, el s’élevant le long du Tage, menaçait, par une marche inconsidérée, la capitale de l’Espagne, alors aux Français. Le maréchal Soult venait de se retirer du Portugal vers la Galice, puis il s’était reporté dans le bassin supérieur du Douro pour se rapprocher du gros del’armée. En apprenant la tentative des Anglais, il se mit subitement en marche au midi par Salamanque, et franchit le col de Banos. Wellesley, qui venait de pousser l’ennemi devant lui jusqu’à Talavera et qui s’y croyait victorieux, apprend tout à coup l’arrivée de Soult derrière lui, vers le Tage. Menacé dans ses communications et s’exagérant encore le danger, il abandonne précipitamment le champ de bataille,

une portion de son artillerie et presque tous ses blessés; il se retire en hâte vers le Portugal.

Dans cette guerre de la Péninsule, la seconde attaque de Wellesley, ayant toujours le Portugal pour base d’opération, se fit par le revers du Guadarrama. La bataille des Arapiles, près de Salamanque, gagnée sur Marmont, avait débarrassé les Anglais de toute crainte au delà des monts, et leur ouvrait cette fois, d’une manière plus sûre, la route de Madrid. Mais Wellesley ne sut pas en profiler, et tandis qu’en revenant rapidement sur le Tage il pouvait couper les corps français engagés dans le midi, et envelopper le roi Joseph, il laissa timidement aux deux petites armées de Madrid et de Séville le temps de doubler l’éperon oriental de la Sierra Morena, et de faire leur jonction dans l’est de la Péninsule. Les Anglais durent alors reculer (novembre 1812) devant ces forces réunies; vainement ils se mirent en défense sur les bords de la Tormès, à quelques lieues de Salamanque et du champ de bataille des Arapiles, témoin de leur triomphe passager. Les Français, traversant le cours d’eau au-dessus d’Alba, le chef-lieu de cet ancien duché, dont l’un des princes laissa de si cruels souvenirs aux Belges, firent tomber la position de Wellesley, et le virent opérer sa seconde retraite en toute hâte vers les frontières du Portugal.

La route de Ciudad-Rodrigo à Alcantara passe encore un faîte élevé. En Portugal, le massif de la Sierra d’Estrella forme le dernier promontoire granitique, à peu près dans le parallèle de Coïmbre (Coimbra), mais 75 kilomètres à l’est. La longue persistance de la neige sur ses crêtes, malgré l’abaissement que l’arête commence déjà à subir, peut être attribuée à la forme effilée du prisme. En perdant beaucoup de sa largeur, le massif s’isole dans l’atmosphère, et les effets calorifiques delà base ne s’étendent pas autant en hauteur. Après la Sierra d’Estrella, la ride n’a plus soulevé que des calcaires jurassiques, traversés plus tard par quelques éruptions de volcans.

Cette arête meurt à son tour dans la mer, aux bouches du

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