CHAPITRE III
levé, c’est tout l’angle sud-ouest compris entre les deux axes. Ce renflement constitue la province de la Manche supérieure, et porte sur sa surface, ondulée sans être à proprement parler inégale, les deux routes faiblement divergentes de Madrid à Valence et à Alicante.
Nous avons déjà parlé de ce plateau de l’Espagne orientale (1), qui remplit un secteur entre deux arêtes de soulèvement, et qui se prolonge jusqu’au nœud de l’arête ibérique avec la ride marianique, dans les montagnes d’Alcaraz et de Sagra, entre le haut Guadalquivir et le Murcie. Grâce à cette large intumescence du sol dans toute l’ouverture de l’angle, il n’y a qu’un plateau à passer, au lieu de deux rides, entre Valence et Madrid.
Ce plateau de la haute Manche est très-important dans la viabilité de l’Espagne. Il domine à la fois Madrid et Valence, par-dessus les deux rides qu’il soude entre elles, et de plus le bassin de la Guadiana, avec lequel il se joint en s’abaissant. Ce plateau fut le point de jonction des deux corps d’armée de Séville et de Madrid, en octobre 1812, après la seconde attaque des Anglais contre la capitale de l’Espagne. Réunis là, ces deux corps purent reprendre l’offensive contre Madrid.
Les Français avaient remporté autrefois (avril 1707), sur le plateau même, un de leurs beaux succès. Les armées victorieuses des Anglais et des Portugais, sous les généraux Galloway et Las Minas, marchaient à la rencontre des Français, qui sous le commandement de Berwick accouraient au secours de l’Espagne, par la Catalogne et le Valence. Les alliés s’élevèrent par la route de Madrid à Téruel, petite ville placée au pied du pic de Javalarabré. Mais la large arête ibérique les séparait encore des Français, qui, en gagnant vers le sud, menaçaient de les tourner. Alors Galloway et Las Minas se rabattent aussi au midi, et atteignent le plateau, au moment où les Français le gravissaient en venant de la mer. La rencontre eut lieu au passage le plus central et le plus abaissé du terre-plein,
(i) Voyez plus haut l’Arète lusiUnique, p. 259.
près du bourg d’Almansa, où va passer bientôt le railway de Madrid à Valence.
La grande voie du sud-est de l’Espagne se bifurque en ce point même, vers Valence d’un côté et vers Alicante de l’autre. II existe bien une route directe de Valence à Madrid, mais elle est plus voisine du nœud de Javalambré et plus accidentée. Quelques volcans, aujourd’hui éteints, ont percé les masses au sud-ouest de Valence.
La disparition, ou plus exactement l’élargissement de la ride ibérique dans la Manche supérieure, facilite la viabilité de l’Espagne orientale, par l’existence d’un plateau qui a plus de 150 kilomètres en tous sens. Près de l’une des routes, celle de Madrid à Alicante, le voyageur ne manquera pas de visiter le village du Toboso, immortalisé par l’auteur de Don Quichotte. Le plateau de la Manche se présentera souvent à ses yeux nu et aride. Mais lorsqu’il descendra tout à coup à la côte de Valence, l’un des plus beaux jardins de l’Europe s’offrira à ses regards. Le versant est couvert de bois d’oliviers, de bosquets de myrtes, de lentisques toujours verts, de caroubiers aux grosses gousses, de lauriers, de grenadiers, de figues et de mûres. La vigne donne un vin capiteux et fortement coloré. La verdure n’abandonne jamais ces beaux sites. ,
Au sud du plateau, la ride va se nouer à l’arête marianique, dans la Sierra Sagra , où elle se relève sensiblement. Elle se dirige enfin vers le cap de Gâte, près duquel elle est probablement recoupée, pour une dernière fois, par le prolongement de la Sierra Nevada. Mais cette partie de la Péninsule n’est pas assez étudiée, pour que l’on puisse préciser sûrement les rapports. A la Junquéra, la route de Grenade à Murcie passe cette extrémité du faite, et met en communication les deux bassins du Guadalquivir et de la Segura.