CHAPITRE III
siques constituent çà et là des témoins en dehors de la crête. Ces surfaces ont été fortement lavées dans l'acte du soulèvement. Mais à la base orientale, vers la mer de Valence, le sol est encore recouvert de couches crétacées, couronnées de nombreux lambeaux tertiaires.
La croupe est épaisse, carrée, entrecoupée de vallées trèsabruptes, taillées dans les calcaires. Âu nord, elle sépare la paraméra de Castille, dont nous avons déjà parlé, du bassin de l'Èbre et de la Navarre. Ainsi le voyageur qui vient de Bayonne, et qui débouche à Vittoria par la grande dépression des Pyrénées, voit l’éperon septentrional de l’arête ibérique s’élever en face de lui. Pour se rendre à Madrid, il faut qu’il se détourne, et qu’il se décide pour la route de Burgos ou pour la vallée de l’Èbre. S’il prend à sa droite par Burgos, il traverse la paraméra, et n’a que l’arête du Guadarrama à franchir pour entrer dans la capitale de l’Espagne. S’il prend à sa gauche, au contraire, il descend l’Èbre en longeant la lourde masse ibérique, le mous Idubeda des anciens, et doit se jeter dans ces montagnes pour se rabattre vers Madrid.
Deux routes se présentent alors devant lui, suivant qu’il quitte l’Èbre près de Tudclu ou à Saragosse (Zaragoza). Dans le premier cas, il passe le faite que nous ««sidérons, entre les petites villes d’Agreda et de Soria, et se trouve transporté dans le bassin du Douro supérieur, comme s’il se fût rendu de Vittoria à la paraméra de Burgos. Il n’a donc rien gagné sous le rapport des facilités de la route; au contraire, au lieu de côtoyer la ride d’un seul côté, il la côtoie tour à tour sur les deux versants, en la traversant dans l’intervalle.
Dans l’autre cas, c’est-à-dire lorsqu’il pousse par la vallée de l’Èbre jusqu’à Saragosse, il traverse l’arête près d’an nœud, et dans une région où elle forme un très-large plateau ; mais il débouche sur le revers du Guadarrama, et peut descendre immédiatement à Madrid.
En venant du nord, il y a donc deux routes seulement, qui ; pour arriver à la capitale de l’Espagne, ne rencontrent qu’un obstacle unique à franchir : ce sont, celle par Burgos et celle
par Saragosse. La première jouit de l’avantage d’être plus directe et de se présenter justement, comme on le verra plus loin, en face de la dépression principale des Pyrénées. La seconde entraîne, au contraire, à un détour énorme. Toutefois ce détour disparaîtrait si, au lieu de passer les Pyrénées près de Bayonne, on les franchissait au port de Camfranc (1). Mais l’homme n’a pas encore mis la dernière main à cette passe élevée, qui mérite pourtant toute l’attention des ingénieurs. Aussi Napoléon dirigea-t-il par Burgos l’invasion de 1809.
La route de Madrid à Saragosse servit, au contraire, à la retraite du général allemand Stahremberg, en décembre 1710. Ce général était venu soutenir la cause de Charles d’Autriche, et s’était avancé, à la poursuite de Philippe V, dans le bassin du Tage. Menacé par des forces supérieures, il comprit que son mouvement de retraite devait s’effectuer en remontant ce bassin, pour venir s’engager dans les passes montueuses de l’arête ibérique qui le ferment au nord-est. C’est là qu’il dut accepter le combat désastreux de Villa-Viciosa, après lequel il parvint cependant à regagner en bon ordre le bassin de l’Èbre.
Près de la petite ville de Logrono, l’Èbre limite l’éperon septentrional de l’arête ibérique, qui forme la Sierra de Oca; et bientôt s’élève le massif toujours neigeux du Mont-Cayo , eélébré par Martial. Placé en promontoire, ce mont est visible à de grandes distances, de trois côtés, soit du bassin de la Navarre, soit du faîte des Pyrénées, soit de la chaussée de Burgos à Madrid. La ride va presque toujours en décroissant vers le midi, même dans ses nœuds avec les systèmes transverses. Elle ne conserve plus nulle part de neige éternelle, d’autant plus que sa masse s’élargit et tend à former plateau.
Après avoir croisé le Guadarrama et l’arête qui va de Portugal en Catalogne, la ride ibérique ne forme plus qu’un terreplein, et semble à l’œil interrompue. Ce terre-plein est longtemps continu avec celui qui se rattache aux Monts de Tolède. Ce n’est donc pas seulement le nœud de Javalambré qui est souci) Voyez ci-après l’Arête des Pyrénées, p. 281. . • ■