CHAPITRE VI
teur du midi, nous verrons s’étaler le bassin de la Bavière, plus riant, plus accidenté, plus fertile. Le Danube suit les deux rayons qui limitent cet angle; il pénètre presque jusqu’au sommet en remontant vers Ratisbonne (Regensburg) ; et là, faisant un coude, il s’en retourne en suivant l’autre rayon. Ce grand fleuve dessine donc la concavité du bassin de Bavière, à l’intérieur des deux arêtes de l’X qui en font la démarcation. Au delà du Danube, les plaines n’ont de terme qu’aux grandes Alpes, et la nature prend déjà quelque chose de plus riche et de plus animé.
L’angle ouvert au couchant est occupé par la Franconie. Le Main descend du nœud du Fichtelgebirge pour sillonner l’axe de ce nouveau bassin. Si l’œil suit son ruban argenté au delà des faibles obstacles que la rivière rencontre dans son cours, il sera conduit sur les clochers de Francfort ; et dans le lointain on verra la plaine aboutir transversalement aux rives d’un grand fleuve, celles du Rhin.
Enfin dans le secteur du levant s’ouvre une haute plaine basaltique, entremêlée de coulées et de dykes pittoresques qui couronnent ses collines. C’est le plateau vulcanien de la Bohême, où coule, dans l’ouverture de l’angle, et au milieu des sources minérales et thermales, la grande rivière de l’Eger.
Au sommet commun de ces quatre secteurs, le Fichtelgebirge était le sanctuaire des anciens Germains; on pourrait le nommer avec toute raison le cœur de l’Allemagne. C’était là le centre de la vaste forêt de Herth ou Hertha, déesse de la terre, Yhercynia de César, Yorkunia d’Eratosthènes. Des quatre arêtes croisées qui forment les branches de l’X, les bois de chênes, de hêtres, de charmes, de pins sylvestres, descendaient dans les secteurs intermédiaires, et s’y prolongeaient au loin. On pouvait marcher soixante journées, dit César, sans atteindre l’extrémité de la région boisée.
Asile et sanctuaire des Germains, la forêt d’Hercynie a servi de berceau à ces confédérations vagabondes qui ont rayonné, à diverses époques de l’histoire, sur les pays environnants, et qui tantôt franchissaient les Alpes au Brenner, passaient le
LA GERMANIE
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Rhin à Mayence, s’embarquaient aux bouches de l’Elbe, ou enfin descendaient vers la Hongrie. En cas de revers, cet asile devenait un lieu de retraite impénétrable, où vécut longtemps le souvenir de Varus et de ses infortunés compagnons.
A mesure que les Germains se multiplièrent, ctsurtout qu’ils se fixèrent au sol, il fallut bien que les forêts s'éclaircissent. Alors commencèrent à se retirer les espèces animales qui fuient l’homme, ou que la civilisation détruit. Tels furent l’aurochs, espèce de bœuf barbu et farouche ; l’élan du Nord, dont la tête est couronnée d’un bois en triangle; le renne qui représente à la fois, dans les régions septentrionales, les bêtes de trait, les bêtes à lait elles bêtes à laine; enfin, selon toute probabilité, des troupeaux d’antilopes, qui s’avançaient autrefois, au printemps, dans les prairies de la Baltique. Il n’est resté dans les forêts, en fait de grands animaux, que le cerf, le chevreuil, le loup et le sanglier. Mais les bois rappellent encore par leur * étendue, et pnr le feuillage sombre des pins et des chênes, la sévérité de ces anciennes solitudes.
Le nœud même du Fichtelgebirge est désert; il tire son nom de la couronne de pins qui le surmonte. De petits torrents y roulent des eaux sauvages, dans des crevasses granitiques. Le Main, la Saale, l’Eger, la Naab se forment non loin de sa tête, pour sillonner les quatre secteurs qui s’y rejoignent par leur commun sommet. Placé au nœud, on peut se rendre à volonté et sans obstacle, comme les eaux qui en descendent, dans l’un ou l’autre des grands bassins. Le Fichtelgebirge est donc la clef du pays. Une journée y suffit pour se transporter d’un secteur dans l’un quelconque des trois autres, et pour les menacer ainsi tous à la fois. C’est ce que Napoléon avait admirablement reconnu, dans un temps où la constitution de l’Allemagne n’était pas aussi bien étudiée, lorsque après la campagne d’Austerlitz il ramena ses troupes non pas sur le Rhin ni même en Bavière, mais dans le sommet des angles autour du Fichtelgebirge. Il put déboucher par conséquent presque à l’improviste , et avec toute son armée, dans la région où il plaisait à l’ennemi de faire ses nouveaux préparatifs.