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CHAPITRE VI

Les quatre arêtes qui se croisent à l’X du Fichtelgebirge sont loin d’être égales eu longueur et en élévation. La branche du nord-est constitue l’Erzgebirge, ou montagnes de la terre, montagnes des mines, dont l’éperon le plus avancé se présente au cours de l’Elbe. L’arête opposée, qui prolonge la même direction vers le sud-ouest, compose le Jura. Celte branche est à la fois la plus longue, et celle qui présente les plus hauts sommets. Elle s’étend d’abord entre la Bavière et la Franconie, ouvre une brèche au Rhin à la chute de Laufen près de Schaffhouse, et se poursuit entre la Suisse et la France jusqu’à la sinuosité du Rhône, près de Belley.

Des deux autres branches. Tune va au sud-est : c’est le Bôhmerwald ou Forêt de Bohême; l’autre se dirige en sens opposé vers le nord-ouest : c’est le Thüringerwald ou Forêt de Thüringe, c’est-à-dire de l’entrée. Le prolongement extrême de cette dernière arête s’étend jusqu’au milieu des plaines de la Westphalie, et finit à ce faite abaissé, consacré par les anciens Germains au dieu Theut, le père des Teutons, où jadis Hermann, l’Arminius des auteurs latins, a détruit les légions romaines.

AHÉTE DE L’ERZGEBIRGE.

La branche de l’X, composée du Jura et de l’Erzgebirge, est plus récente que l’autre. Le Bôhmerwald et le Thüringerwald existaient donc, à peu près dans leur état actuel, quand le système de soulèvement de la Côte-d’Or détermina le nouveau pli croiseur. Une partie de la Saxe était depuis longtemps émergée; elle formait une plaine basse et unie, composée d’uno croule de gneiss entremêlé de micaschiste. Le nouveau sillon vint labourer celte plaine et l’incliner en pente douce vers le nord-ouest. Le vaste pan de gneiss se redressait en se déchirant sur son faîte, et en entraînant d’ailleurs avec lui tous les accidents qu’il portail dans son sein ou à sa surface. De ce nombre étaient les protubérances causées par d’anciennes éruptions de porphyre, et que l’on retrouve encore, comme des

LA GERMANIE

bosselures, sur la nappe penchée. De ce nombre étaient aussi les filons métalliques que l’éruption des porphyres avait déterminés. L’Erzgebirge est en effet une des grandes régions minières de l’Europe. Sur le versant bohème, le principal siège des mines est à Joachimstahl. Sur le versant saxon, l’étain est exploité à Altenberg et à Zinnwald; le cobalt et le nickel, à Schneeberg. Ces gîtes avoisinent Freiberg, chef-lieu naturel de la région des mines, et siège d’une école célèbre où professa le créateur de la stratigraphie, l’illustre Werner.

Le versant saxon présente donc une pente douce et des lianes faiblement ondulés, parcourus seulement par des vallées larges et sans accidents. Sur le faîte, quelques dômes de porphyre, et des dykes de basalte, qui se sont fait jour dans un temps beaucoup plus récent, s’élèvent comme les anneaux discontinus d’une chaîne. Mais du côté de la Bohème l’aspect change tout d’un coup. Les couches sont brisées dans leurs tranches. La pente est roide, creusée de sillons nombreux et profonds, et limitée par la vallée longitudinale de l’Eger. Les dépôts secondaires et tertiaires se succèdent rapidement. La couleur des roches et jusqu’à la végétation sont changées (1).

L’Erzgebirge s’étend depuis le nœud du Fichtelgebirge jusqu’à l’Elbe. Le nœud lui-même est une protubérance granitique, qui domine les faîtes aboutissants des quatre branches qui s’y réunissent. Les deux rivières, la Saaleet l’Eger (Egra), qui en descendent, comprennent entre elles l’Erzgebirge. Mais l’Eger, en suivant le pied sud de l’arête, sert de point de départ à toutes les routes qui traversent la ride, et forme pour ainsi dire le fossé de cette fortification. De l’autre côté, les rivières coulent sur le pan de gneiss dans le sens de la pente, en sorte que les routes débouchent dans les hautes vallées, distantes et parallèles entre elles. Les communications s’établissent ainsi du sillon longitudinal de l’Eger avec les vallées supérieures de la Saale, de l’Elster et des deux Muldes.

Plusieurs chemins, qui passent fort près du nœud, mettent

(1) A. Dorai, Géologie appliquée; 2' édit., p. 252.

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