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CHAPITRE VI

L’attaque de front est, il est vrai, plus difficile, parce que le Jura n’est pas, à l’ouest, le seul rempart de la Bavière. Une première arête existe le long du Rhin alsacien, dans le pays de Bade; c’est la Forêt-Noire. Mais cette arête est coupée, comme nous le verrons, pour donner passage à deux grandes rivières, le Neckar et le Main. Lorsqu’on a dépassé ces entrées de la Franconie, on est porté au pied occidental du Jura; et celui-ci ne se présente même sur ces routes que considérablement abaissé. Les chemins qui aboutissent à Ulm et qui prennent la Bavière de front passent sur un massif carré, de calcaire jurassique, encore rude et assez élevé : c’est le Rauhe-Alb ou âpre montagne. Il faut y passer sur le plateau même, en montant sur la plate-forme, comme s’il s’agissait d’une digue. Le chemin de fer d’Ulm à Stuttgart traverse ici le Jura, surun plateau découvert, en s’élevant péniblement par les deux pentes. Au revers occidental surtout, il présente plus de 5 kilomètres en rampe de c’est-à-dire de 22 millimètres par mètre.

Mais les routes qui aboutissent un peu plus bas sur le Danube, à Donauwôrlh et à Ingolstadt, ne rencontrent plus qu’un plateau surbaissé, très-large, mais très-accessible, où le partage des eaux est indécis et l’inclinaison longtemps incertaine. Cette partie du Jura porte le nom de Franckischer-Landrücke ou dos de terre de Franconie. En juillet 1796, les armées de Jourdan et de Moreau, parties l’une de Dusseldorf, l’autre de Strasbourg, firent un mouvement de convergence, et pénétrèrent parallèlement en Allemagne par les vallés du Main et du Neckar. Après avoir franchi la chaîne des montagnes du Rhin dans cette double coupure, elles s’avancèrent sur la ligne du Jura franconien. Elles l'atteignirent en août : l’armée de Moreau par les chemins qui descendent à Donauwôrth; celle de Jourdan, par la route de Bayreuth à Amberg. L’archiduc Charles, qui commandait les Autrichiens, eut le mérite d’apercevoir, dans ce moment décisif, l’avantage qu’il devait retirer de la division de l’ennemi. Il concentra aussitôt ses masses, et se jeta sur le plus faible des deux corps, celui de Jourdan. L’ayant repoussé dans la vallée du Main et réduit à la retraite,

LA GERMANIE

l’armée de Moreau, qui était déjà parvenue dans la vallée du Danube, se sentit exposée, et se trouva contrainte d’opérer de son côté un mouvement rétrograde. Son général dirigea habilement cette contre-marche par les sources du Danube, pour se tenir écarté de la vallée du Main, où les Autrichiens victorieux l’auraient inquiété.

Mais Napoléon se garda bien de tomber dans la même faute, et devait infailliblement réussir. En octobre 1805, la grande armée qu’il amenait du camp de Boulogne, et les armées combinées de Bernadotte et de Marmont, qui du Hanovre et de la Hollande venaient de se concentrer à Würzbourg, passèrent simultanément le dos abaissé du Franckischer-Landrüeke, pour descendre à l’improviste par Elhvangen à Donauwôrth et par Anspach à Ingolstadt. Les Français se trouvaient ainsi portés au-dessous d’Ulm, où les Autrichiens s’étaient encore concentrés, et en arrière de leur droite. Ils devaient inévitablement les mettre hors de défense, comme ils le firent en effet.

C’est aussi par ce dos de Franconie que passent sans difficultés plusieurs lignes importantes de travaux publics : le chemin de fer de Munich (München) à Nuremberg, elle canal du Danube au Main. 11 faut se rapprocher considérablement du nœud du Fichtelgebirge pour voir le faite se relever. Bayreuth, en Franconie, est un centre de communication d'où partent plusieurs routes. Celle qui serre le Fichtelgebirge de plus près se rend à Neuhaus et dans la vallée de la Naab ; c’est immédiatement après ce passage que le nœud granitique s’élève. Nous sommes donc revenus au point central de l’Allemagne, le long d’une même ride jurassique de 670 kilomètres de longueur.

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