CHAPITRE VI
Les roches de transition y sont généralement à nu sur le faite, avec de puissantes percées de porphyre ou de granité. Les bordures de la chaine présentent des lisières qui appartiennent aux formations du trias; puis les bassins tertiaires se déploient en couches à peu près horizontales. ,
La partie méridionale de cette ride, la Gabrita Sylva de Ptolémée, Gabreta Sylva deStrabon, est celle qui sous le nom germanique de Bœhmerwald ou forêt de Bohême, se dirige du nœud du Fichtelgebirge vers l’Autriche. Elle se compose principalement de gneiss, entremêlé de massifs granitiques. Lorsqu’on avance vers le Danube, la crête de granité se développe encore, et forme la véritable charpente de la ride. Il ne faut pas d’ailleurs terminer le Bœhmerwald au Danube; cette arête n’est que divisée par le cours du fleuve : elle reprend sur l’autre rive, croise les Alpes, et ne se termine qu’à la plaine tertiaire du Raab. Cette dernière section est encore composée de gneiss et de calcaires primaires.
Le Bœhmerwald se détache du Fichtelgebirge entre l’Eger et la Naab. Il se relève sensiblement entre Passau et la Bohème. Il présente au Danube l’escarpement de ses masses, tandis qu’il s’abaisse en pente beaucoup plus douce du côté de la Bohême. Ses hautes cimes granitiques sont décharnées; des fanges y recouvrent le sol imperméable. Les gneiss déchirés forment des précipices, surmontés de corniches anguleuses. Des fentes longitudinales logent des torrents et des rivières rapides, qui coulent dans le sens de la chaîne, comme le Regen ou rivière de Ratisbonne. Les flancs de ces vallées sont obscurs, ombragés par des forêts épaisses, où vivent des ours et des lynx.
La première route qui franchit le Bœhmerwald, au pied du nœud du Fichtelgebrige, est celle qui se rend d’Eger aux sources de la Naab par Wunsiedel, et qui de ces dernières, passant aussitôt le Jura, descend à Bayreuth. Cette chaussée, tracée tout près du point d’intersection des deux arêtes, les traverse à la suite l’une de l’autre par un double col. C’est une route très-importante, parce qu’elle forme le dégagement de la
LA GERMANIE
Bohême du côté de l’ouest. Elle sert à circuler derrière les rides de l’Erzgebirge et du Thiiringerwald , qui limitent la grande plaine baltique ou de la basse Germanie. Par cette voie, l’armée des cercles repassa de Bamberg et de Bayreuth dans la Bohême, en mai 1758, lorsque le prince Henri menaça ses communications en se portant dans l’angle de Hof, et en se présentant aux passes de la haute Saale qui conduisent de la Saxe dans la Bavière.
Bientôt le Bœhmerwald s’écarte du Jura, et les armées qui repasseraient de la plaine du nord dans l’Allemagne intérieure par les deux côtés du Fichtelgebirge, se trouveraient promptement coupées en deux, et jetées à de grandes distances par la divergence progressive des deux rides. Nous en citerons un exemple remarquable. En mai 1759, l’armée combinée d’Empireet d’Autriche, commandée par le duc de Deux -Ponts, gardait les passes septentrionales d’Asch dans l’Erzgebirge, et de Hof à Bayreuth entre la Saale et le Main. Elle se relira dès l’arrivée de l’armée prussienne, en repassant les cols. Mais dans ce mouvement, ses deux divisions se trouvaient nécessairement écartées l’une de l’autre : celle qui abandonnait la passe d’Asch était ramenée en Bohême; celle qui remontait la |>asse de Münchberg vers Gefrees et la route de Bayreuth entrait en Franconie. Elles étaient séparées, après la première marche, par le nœud épais du Fichtelgebirge, et bientôt par la divergence des arêtes du Franckischer-Landrücke et du Bœhmerwald. Heureusement le prince Henri de Prusse ne sut pas profiter de cet isolement; pénétrant à la suite des Autrichiens, il se contenta de faire occuper le défilé de Wunsiedel , sur la route d’Eger à Bayreuth. La division Maquire, qui s’était trouvée transportée en Bohême, put donc parvenir à faire sa jonction au reste de l’armée près deNuremberg, en appuyant au midi, et en franchissant, par des traverses difficiles, le faite du Bœhmerwald au sud de Wunsiedel, et celui du Franckischer- Landrücke au sud de Bayreuth.
Les routes d’Eger et de Klattau à Ratisbonne passent ensuite le faîte. Puis le Bœhmerwald atteint ses plus hauts