‹ Histoire du sol de l'EuropeChapitre 256 sur 349 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sommets. Pendant une centaine de kilomètres, sa crête se maintient à 1200 ou 1400 mètres, et ses cols à 800 ou 900. La grande chaussée directe de Prague à Passau est la seule route importante, dans cet intervalle. Puis, au moment où l’arête va s’abaisser pour la coupure où passe le Danube, un nœud se présente : du Bœhmerwald se détache presque perpendiculairement le Mœhrischesgebirge ou Montagnes de Moravie, qui va former le rempart sud-est de la Bohême, entre cette province et celle de Moravie. Immédiatement avant le nœud, se trouve la passe très-fréquentée qui conduit de Lintz en Bohême, en débouchant par la vallée de la haute Moldau. C’est par là que l’on amène à Budweis, où cette grande rivière est navigable, les sels, les bois et les autres produits des contreforts des Alpes, pour les expédier par la Moldau et l’Elbe vers la plaine du nord. Le col de Kerschbaum ou ducerisier a donné passage au railway de Lintz à Budweis, où les pentes sont fort considérables, et sur lequel la traction s’opère au moyen de chevaux.

A l’endroit où passe le Danube, le fleuve est resserré par les rochers, et ses eaux rapides s’engouffrent dans le passage autrefois périlleux des entonnoirs de Grein. L’ilot rocailleux de Warth se dresse au milieu du lit de ce fleuve, et divise le courant en deux : d’un côté le Hoessgang qui n’est qu’une mince nappe d’eau sur un fond de roches; et de l’autre le Strudel, que la poudre a rendu praticable, mais où le courant rapide n’est pas encore sans danger.

Au delà du Danube, l’arête se relève, et va former avec les Alpes le nœud du Kaiserstein ou Pierre de l’Empereur. C’est un plateau presque toujours couvert de nuages, qui s’élève audessus de la région des arbres, et ne présente que des rochers nus et décharnés. Au delà passe une chaussée qui côtoie le revers méridional des Alpes ; c’est la grande voie du sud de l’Autriche, c’est la route de Vienne à Gratz, à Trieste, à Venise, en Lombardie. L’endroit où elle franchit le prolongement du Bœhmerwald est le passage célèbre du Semmering. De son sommet on aperçoit le Danube qui se développe dans

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LA GERMANIE

les belles plaines tertiaires de la basse Autriche, et au bord du Danube les tours de Vienne. C’est du haut du Semmering que les premiers soldats français, auxquels il fut donné d’arriver en vainqueurs en vue de la capitale de l’Autriche, contemplaient de loin cette grande cité, pendant que le général Bonaparte dictait les préliminaires de Léoben (avril 1799).

Celte grande route était le tracé désigné du chemin de fer du midi. Mais quelles difficultés ne devait-on pas éprouver pour franchir, latéralement à un nœud des Alpes , une ride aussi élevée. Le chemin, parti de Vienne, arrive h Gloggnitz au pied de l’aréte ; il s’élève par des pentes de 25 millièmes, et traverse huit souterrains partiels avant d’atteindre le tunnel principal. Celui-ci est creusé sous le seuil de partage ; le point culminant du tracé se trouve à la cote de 881 mètres sur la mer moyenne ; c'est la plus grande altitude qu’aucun chemin de fer exécuté atteigne jusqu’ici.

Pour descendre vers Mürzuschlag, au versant opposé, le maximum de pente s’élève encore à 24 millimètres par mètre. La montée du côté de Vienne a 27 kilomètres, de Gloggnitz au point culminant; la descente de ce point à Mürzuschlag n’en a que 12. Les locomotives ordinaires auraient été impuissantes à gravir les rampes que ce tracé présente; la pesanteur des trains aurait surpassé l’adhérence des roues sur les rails. On vit donc le moment où l’on serait forcé d’employer des chevaux pour traverser ce passage. Mais à Vienne même, où la question était posée, un mécanicien , Engerth, sut combiner une plus grande force de locomotion avec une adhérence plus puissante aux bandes de fer qui composent la voie. De cette manière les hauteurs du Semmering ont été franchies par la vapeur.

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