‹ Histoire du sol de l'EuropeChapitre 259 sur 349 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

débouche pas au cœur de la Saxe; on est rejeté vers l’ouest, à cause de la direction longitudinale qu’affecte d'abord cette vallée, ce qui conduit vers le Mansfeld par Iéna. Si l’on veut gagner immédiatement le centre du pays saxon, il faut se jeter de la vallée de la Saale dans celle de l’Elster, qui la borde à droite, et qui se rend, dans une direction divergente, vers la cité même de Leipzig. Dans ce cas, il importe donc de passer le plus tôt possible de la haute Saale au haut Elster, et pour cela force est de franchir le contre-fort qui sépare les deux cours d’eau. Ce contre-fort est presque aussi élevé que l’arête principale; mais la voie de grande communication le passe néanmoins, entre Hof et Plauen. Le tracé du railway le franchit également; seulement les difficultés ont encore été plus grandes peut-être, pour ce passage subordonné. 11 a fallu couper un contre-fort où la voie ferrée se relève à la cote de 599 mètres ; il a fallu en outre traverser l’Elster à une hauteur effrayante au-dessus de la rivière, et dans ce but ou a élevé un viaduc hardi, composé d’un quadruple rang d’arceaux, où les convois circulent à 74 mètres au-dessus de l’eau.

La partie de la ride qui confine immédiatement au Fichtelgebirge porte le nom de Franckenwald ou Forêt de Franconie. C’est seulement au delà de la route de Cobourg à Rudolstadt qu’elle s’appelle Thüringerwald. Cette première section, qui n’est pas tout à fait aussi élevée que la suivante, a été franchie deux fois par Gustave-Adolphe, avec l’armée suédoise. En octobre 1631, il s’éleva de Saxe en Franconie par la route de Rudolstadt à Cobourg. En novembre 1633, il repassa de Franconie en Saxe par celle de Bayreutb à Hof, et descendant dans la vallée de l’Elster, il vint trouver à la fois la victoire et la mort dans les champs de Lützen.

Mais l’exemple le plus mémorable est celui de Napoléon. Ayant concentré ses troupes dans la vallée du Main, que lui avaient livrée les guerres précédentes, il les lança tout à coup, en octobre 1806, de l’autre côté du Franckenwald. L’armée française profita des trois routes, peu éloignées entre elles, qui franchissent ce faite : deBayreuth à Hof, de Kronach à Schleilz,

LA GERMANIE

et de Cobourg à Saalfeld. Toutes les trois débouchent dans la vallée de la haute Saale, pendant qu’elle suit la faille longitudinale dont nous avons parlé. Apparaissant ainsi sur le flanc de l’armée prussienne, Napoléon put la joindre avec avantage à Iéna. Porté dans la plaine du nord au delà du Wéser, il marchait immédiatement sur la ligne de l’Elbe.

Dans le Thüringerwald proprement dit, la ride atteint son maximum d’élévation. C’est aussi sa partie la plus pittoresque et la plus boisée. Elle est traversée par la chaussée de Schmalkalden à Gotha. Bientôt vient la percée de la Werra. Celte petite rivière n’aurait jamais traversé le Thüringerwald, et emplissant comme un lac le bassin de Fulda, se serait plutôt déversée du côté du Main, si une crevasse naturelle ne lui avait ouvert un passage. Elle s’infléchit en forme de Z pour traverser l’arête, et reprendre ensuite sa direction. C’est par cette coupure que l'armée française opéra sa retraite, en octobre 1813, après la terrible bataille de Leipzig; c’est par là qu’elle défila paisiblement, pendant que Bliicher l’attendait dans celles des passes du Thüringerwald qui sont plus rapprochées du nœud.

Un peu plus loin, le Wéser passe également l’arête, dans une brèche assez profonde. Entre les deux percées, se trouve isolé comme une lie le petit massif du Meisner, dont les couches constituantes sont remplies de bois fossile, partiellement carbonisé.

Au nord-ouest de Casse!, qui occupe à peu près la percée du Wéser, la ride se poursuit au milieu des forêts. Elle s’adosse à celle du Rothargebirge.dont il sera question plus loin (f), et qui la joint en potence. Mais elle s’en détache au delà pour former le plateau de Paderborn. A partir d’ici on la désigne sous le nom systématique de Teutoburgerwald, inconnu d’ailleurs des habitants du pays. En se prolongeant au nord-ouest, cette ride semble former un rempart en avant du Wéser, et défendre la Thüringe comme l’entrée de l’Allemagne. Le Teutoburgerwald se présente en travers aux invasions qui viennent du Rhin infé-

(1) Voyez plus bas, p. 369.

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