ARÊTES DES VOSGES ET DE LA FORÊT NOIRE (SCHWARTZ-WALD
Quand le Rhin a débouché de la chute de Schaffhouse, et qu’il tourne à droite après avoir passé sous le pont de pierres de Bâle, ce fleuve entre dans le long couloir de l’Alsace, qu’il suit en ligne droite jusqu’à Mayence. C’est un grand bassin à fond plat, recouvert horizontalement par les débris qu’ont roulés les eaux diluviales. Ce bassin ne pouvait manquer d’être fertile, et c’est non-seulement une des contrées les plus productives, mais aussi l’une des mieux cultivées de l’Europe.
De part et d’autre du fleuve s’élèvent deux digues, qui ap-
LA GERMANIE
partiennent au système de soulèvement qu’Ëlie de Beaumont a nommé système du Rhin. Elles se composent de couches pénéennes percées par des granités; mais elles n’ont pas toujours été redressées. Souvent au contraire elles ont été découpées comme à l’emporte-pièce, et exhaussées du milieu des masses enveloppantes. On voit leurs tranches dans les falaises, et leur surface sur le terre-plein.
En se plaçant sur le faîte du Jura au nord de Soleure, le regard enfile l’Alsace dans le sens de son axe. La vallée du Rhin paraît comme un grand canal bordé de deux levées de terre, où la petite poussée vulcanienne du Kaiserstuhl, près de Brisach, ressemble à une taupinière dans un fossé (1). Telle est donc la constitution générale de cette région : deux levées allongées, séparées par un bassin k fond plat, dont le Rhin dessine le thalweg.
Le fleuve est embarrassé lui-même d’îles nombreuses, comme dans tous les bassins plats, encombrés par les alluvions. Sa largeur est de 200 à 300 mètres dans toute cette étendue. A Lauterbourg, point où il sort de France, il débite H00 mètres cubiques par seconde dans les moyennes eaux, 470 dans les eaux basses, et plus de 5000 dans les crues. Après le pont de Bâle, qui jusqu’à présent est le dernier pont en maçonnerie que porte le Rhin, la défiance mutuelle des gouvernements n’a permis d’établir que des ponts de bateaux. Les peuples de l’Europe occidentale n’ont pas encore obtenu de franchir d’un pied sûr le principal fleuve de leurs contrées. La viabilité n’y est pas plus avancée qu’elle ne l’était au temps des Gaulois et de César. Tant de défiance n’a pourtant empêché ni les émigrations, ni les invasions, ni les guerres; et les peuples ont eu h souffrir les mêmes fléaux avec la privation des avantages.
Les principaux passages du Rhin, déterminés surtout par l’aboutissement des routes transversales, sont à Huningue, à Brisach, à Kehl près Strasbourg, à Mannheim, à Mayence. Le
(t Eue de Beaimont, dans le Dictionnaire universel d’histoire naturelle de d’Orlngny ; tome XII, p. 267.