CHAPITRE VI
gouvernement français a fait exécuter sous le Consulat une belle route qui longe la rive gauche , non-seulement depuis Strasbourg jusqu’à Mayence, mais jusqu’à Cologne. Cette grande voie riveraine relie entre eux les divers ponts de bateaux jetés sur le cours d’eau. Elle peut servir à faire mouvoir vers l’un ou l’autre point de passage, et sous l’abri du fleuve, les différents corps d’une armée. Tel peut être aussi l’emploi, sur la rive allemande, du railvvay de Mayence à Bâle. Eu considérant le relief des deux levées du Rhin, nous verrons facilement quels sont les points naturels du passage.
Sur la rive occidentale, la levée constitue l’arête des Vosges. Elle pousse son éperon vers la sinuosité du fleuve sous Mayence, mais sans l’atteindre toutefois complètement, et sans le resserrer par des hauteurs imposantes contre le versant du Taunus. Il existe au contraire autour de Mayence un petit bassin, formé d’un remplissage tertiaire, bien postérieur au soulèvement dont il est question.
La ride s’élève assez brusquement par le promontoire du Donnersberg ou Mont-Tonnerre; puis elle court sans interruption, sans coupure, jusqu’à Lure et Belfort, où elle s’abaisse subitement. D’un côté elle laisse les plaines limoneuses du Rhin, de l’autre les campagnes doucement ondulées de la Lorraine.
Entre Kaiserslautern et Spire (Speyer) la principale chaussée du Palatinat traverse l’arête dans la forêt de Tripstadt. C’était le tracé naturel indiqué au chemin de fer de Metz à Mannheim, et c’est celui que les ingénieurs ont suivi en effet. Une seconde route part des plaines de Deux-Ponts (Zwei-Brücke) , s’élève à Pirmasenz, et passant la gorge du Bodenthal descend sur le Rhin à Lauterburg. Enfin une troisième franchit les Vosges entre Pfalsbourg et Saverne, dans un col excessivement bien marqué, après lequel l’arête, jusqu’ici médiocre en relief, se relève tout à coup d’une hauteur remarquable. Ce passage a déterminé par conséquent la situation de Strasbourg.
Entre la route de Pfalsbourg à Saverne et celle du Bodenthal, l’accès du massif n’est pas très-difficile : beaucoup de chemins
LA GERMANIE
secondaires coupent la ride. Dans 1’auiomme de 4793, les Prussiens et les Autrichiens coalisés, conduits par Brunswick et Wurmser, avaient envahi le territoire français, par les deux versants des Vosges. Les Prussiens avaient longé le versant occidental du nord au sud, et avaient pénétré jusqu’aux portes de Bitche ; les Autrichiens avaient suivi parallèlement l’autre versant, et menaçaient Strasbourg. La république françaiseopposait deux armées : à l'ouest, celle de la Moselle, qui tenait tête aux Prussiens; à l’est, celle du Rhin, commandée par Pichegru, qui s’efforçait de couvrir le chef-lieu de l’Alsace. En décembre, le jeune général Hoche venait d’être placé par le comité de salut public à la tête de l’armée de la Moselle. Il trouva les deux armées ennemies engagées à des hauteurs inégales le long des deux versants, les Autrichiens ayant pénétré bien en avant des troupes prussiennes. Profitant alors d’un moment d’hésitation de ces dernières pour les resserrer fortement dans le Palatinat, Hoche porte tout d’un coup son armée sur l’autre versant, par les chemins de montagne qui contournent le Wasenkôpfel. 11 tombe ainsi sur le flanc et en arrière des Autrichiens, et se joint à Pichegru pour former une masse imposante. Par cette marche seule, il délivrait Strasbourg, forçait Wurmser k se retirer en toute hâte le long du Rhin , et déterminait l’évacuation du territoire de la république. Par un retour de fortune trop commun dans l’histoire des guerres, c’est la même partie des Vosges qui servit, en janvier 1814, à l’armée prussienne de Blücher, pour envahir le sol de la France.
Le col de Pfalsbourg à Saverne n’a pas seulement décidé la position de Strasbourg et du pont de Kehl, il est devenu le point de passage inévitable du canal de la Marne au Rhin, et celui du chemin de fer de l’est de la France. Ces deux voies de communication y franchissent les Vosges en souterrains ; la chaussée ordinaire passe seule à ciel ouvert.
Placé ainsi à l’entrée de la Gaule intérieure, le col de Saverne a vu passer toutes les invasions qui venaient de l’est. L’armée des réformés allemands l’a franchi en août 1587, sous les