LE DANUBE
Dans le secteur méridional qui domine le nœud du Fichtelgebirge, s’ouvrent des plaines fertiles, d’une nature tertiaire, qui constituent le bassin de la Bavière. Ratisbonne et Munich en sont les métropoles. Le Danube les traverse, en se pliant le long des deux rayoDs qui limitent le secteur. Il n’est encore ici qu’un fleuve médiocre, dont l’importance grandira surtout dans le bassin suivant.
La Bavière forme, en effet, le premier lac desséché qui ait anciennement contenu les eaux. Ce bassin s’étend depuis les pentes orientales du Jura jusqu’à la brèche ouverte dans le Bœhmerwald, aux entonnoirs de Grein. La grande plaine occupe la rive droite. Mais comme elle est limitée au sud par les Alpes, les ondulations du terrain commencent bientôt à se produire; et des lambeaux de forêts, qui s’éclaircissent d’ailleurs tous les jours, s’y entremêlent avec les cultures.
La plaine incline légèrement au nord, et forme ainsi le prolongement adouci du versant des Alpes. Les eaux courantes la coupent transversalement, pour aller gagner le Danube, refoulé vers le sommet du secteur. Parmi ces affluents, il y en a trois qu’il faut citer, à cause de leur importance. Nous les avons déjà mentionnés dans la description de l’arête des Alpes : ce sont le Lech, l’Isar et l’Inn. Ils débouchent des dernières val-
LA GERMANIE
lées des montagnes, et roulent à travers la plaine leurs eaux vertes, vivement colorées.
La Bavière est donc partagée transversalement par une suite de lignes presque parallèles entre elles. A travers ces sillons, deux marches sont possibles : celle du haut, qui côtoie le pied des montagnes, au milieu d’un pays généralement boisé; celle du bas, dans la plaine qui s’étend jusqu’au Danube, où les forêts sont entrecoupées de marécages. La première route aboutit à l’Inn versRosenheim, Wasserbourg ou Mübldorf, et à la Salzach entre Salzbourg et Braunau. La seconde ne coupe pas la Saizach, ne traversant l’Inn qu’au-dessous du confluent de cette rivière. La première a sa base d’opération aux montagnes, la seconde au Danube.
Ces deux marches furent exécutées en même temps, en sens coutraire, et à l’insu réciproque des deux généraux, par l’archiduc Jean et par Moreau, en décembre 1800. Les Autrichiens, sous l’archiduc, après avoir franchi l’Inn inférieur, passèrent dans la plaine basse, entre l’Inn et l’Isar, et faisant un à-gauche remontèrent l’axe du plateau, avant d’atteindre Munich. Ils commirent la faute de laisser leur base d’opération sur l’Inn, au lieu de la transporter sur le Danube. Les Français suivaient la haute route, exposés à l’attaque d’un corps autrichien placé dans les Alpes, et contre lequel ils n’étaient couverts que par un simple détachement. Moreau reconnut le premier le mouvement simultané de l’archiduc. II se rabattit en conséquence sur sa gauche, et put arrêter aux débouchés des bois, et vaincre à Hohenlinden l’armée autrichienne. Cette victoire le conduisit en peu de jours au delà de l’Inn et de la Salza, et jusque sur l’Enns, d’où il menaçait Vienne. C’était la première fois qu’un général français pouvait entrer en vainqueur dans cette grande capitale. Il faut rappeler ici les belles paroles de Moreau à ses lieutenants : « Je ne veux pas pousser les Autrichiens à la dernière extrémité; je préfère à ma propre gloire la satisfaction de donner la paix à la république. »
Des deux voies qui longent le Danube, celle de la rive méridionale est la plus libre; elle a conduit l’armée française à