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CHAPITRE VI

Vienne, en novembre 1805. En effet, la rive nord est bordée par le Boehmerwald, qui forme un étranglement de la vallée près de Lintz. La plaine vient se terminer en triangle dans cet étroit débouché. L’autre rive, au contraire, n’est bordée qu7au loin par les Alpes. Mais il existe encore une autre raison géographique, dans la direction des rivières. Les affluents de la rive septentrionale viennent du nord-est, des crêtes de la Bohême. Ils portent en avant et sur les flancs découverts de l’agresseur, tout corps de défense autrichien réuni en Bohême. Les affluents de l’autre rive reviennent, au contraire, en arrière, vers l’Autriche; il faut partir du fond du Tyrol, à plus de 400 kilomètres de Vienne , pour déboucher sur le Danube à une faible distance de la capitale de l’Autriche. Ainsi les défenses qui parviendront sur la rive droite seront toujours en retard. Mais il n’en est pas de même en remontant le fleuve. Dans ce cas, l’avantage des sillons obliques appartient aux Autrichiens, lorsqu’ils opèrent une invasion de la Bavière.

Au reste, la combinaison la plus complète a été mise en usage par Napoléon, en novembre 1805. En conservant le gros de son armée sur la rive droite, il tenait un détachement à la même hauteur sur la rive gauche; puis, pour relier entre eux ces deux groupes, il avait organisé sur le Danube une flottille, qui servait à la fois aux approvisionnements et aux communications d’un bord à l’autre. Cette flottille n’avait qu’à se laisser aller au courant pour suivre l’armée.

C’est ainsi que les Français sont parvenus en Autriche. La limite naturelle de ce nouveau bassin est aux fameux entonnoirs de Grein, dans la brèche de l’arête du Bœhmerwald. Toute la partie placée au-dessus de ce défilé appartient physiquement à la Bavière. Mais, parles entonnoirs, on pénètre dans une autre plaine, d'un étage plus bas, qui a pour métropoles Vienne et Presbourg, la première comme ville allemande, la seconde comme ville slave.

C’est, en effet, dans cette plaine unie, souvent sablonneuse, que les deux races sont venues se juxtaposer. Cet événement date du ix' siècle, époque où les peuples slaves ont envahi les

LA GERMANIE

bassins de la Hongrie el de l’Autriche, et poussé une tête de colonne jusqu’en Bohême. C’est par le nord de la plaine autrichienne, c’est-à-dire par les terrains plats et monotones delà Moravie, que s’est opérée la communication ; c’est par là que l’élément slave établit un lien entre la Bohême et la Hongrie.

Au reste, le bassin autrichien est assez resserré. Le prolongement des Alpes dans le Bakonyerwald vient le limiter au coude que le Danube fait à Cran, entre Presbourg et Bude. La petite arête du Fatra, dont nous reparlerons plus lard, semble prolonger le même faîte, sur l’autre rive du fleuve. Alors on passe du bassin autrichien dans les plaines immenses de la Hongrie. Ce sont des campagnes fertiles et riches, pleines de vignobles, qui formaient, dans les temps géologiques, le fond du troisième bassin étagé, où se trouvaient retenues les eaux du Danube. Le terrain s’y est progressivement desséché. Dans le limon calcarifère qui le recouvre, on recueille aujourd'hui les ossements fossiles des grands mammifères.

Le bassin de la Hongrie s’étend le long du fleuve, et principalement à sa gauche (rive orientale), jusqu’aux Portes de Fer d’Orsova. Ce nouveau défilé sépare la Hongrie des Principautés danubiennes, ou bien, suivant les dénominations anciennes, la Pannonie de la Dacie. Quand les peuples de l’Orient, arrêtés longtemps par la barrière de Fagaras, avaient franchi le défilé d’Orsova, le Danube était leur ligne d’opération naturelle. Ce fut, entre autres exemples, celle que les Ottomans ont suivie. En longeant le fleuve, on trouve une voie facile, qui s’élève lentement du bassin de la Hongrie à celui de l’Autriche, et qui conduit sans interruption au cœur de l’Europe. En se plaçant à la rive droite (occidentale) du fleuve, on est couvert du côté convexe de cette grande ligne qui va de Peterwardein à Vienne. Si l'on remonte ainsi le Danube, il suffit, pour se protéger, de garder les débouchés du Bakonyerwald. A l’est du fleuve, au contraire, on serait exposé en plaine ouverte, el l’on aurait à parcourir le côté extérieur de la ligne brisée.

Telle fut la marche du sultan Soliman, lorsqu’en août 1526,

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