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CHAPITRE VI

celte grande brèche pour passer sur le versant nord. Les armées combinées suivirent la route de Bapaume à Cambrai; puis, en se dirigeant par le Quesnoy, elles vinrent enfiler à Maubeuge la vallée de la Sambre, et n’eurent plus à suivre qu’un même sillon longitudinal jusqu’à Liège. Ainsi se trouvait évité le passage de l’Ardenne. La Picardie est le point de rassemblement naturel des forces de la France et delà Belgique.

Filer le long de la Sambre, en laissant l’Ardenne à droite, est par conséquent la véritable voie d’une invasion française dans la grande plaine du nord. Une pareille marche fait tomber inévitablement les défenses d’une armée qui a sa base d’opération à la Meuse ou au Rhin, car cette armée se trouve en danger d’être tournée. Les coalisés ne l'avaient nullement prévu, en 1794, lorsqu’ils occupaient, divisés, la basse Belgique. Carnot, qui dirigeait alors les opérations de la guerre au Comité de salut public, conçut la pensée de détacher Jourdan avec une partie de l’armée de la Moselle, pour renforcer inopinément les divisions de l’armée du Nord placées sur la haute Sambre. Jourdan descend subitement la rivière, au mois de juin, sur le flanc des armées alliées. Celles-ci aperçoivent le danger; les Autrichiens et les Hollandais, sous le prince de Cobourg, se replient de toutes parts vers Charleroi. Mais, impuissants à refouler les républicains de la position de Fleurus, sur la tête des coteaux de la rive gauche, ils sont forcés de se retirer, en livrant Bruxelles et en évacuant la Belgique. Un exemple analogue est encore fourni par le plan de campagne de Napoléon en 1813.

Au delà du Rhin, la Westphalie est la continuation naturelle des Pays-Bas. Le Rothargebirge y représente l’Ardenne. Les chemins, comme nous l’avons dit, se détournent au nord pour éviter cette large croupe primaire, qui va se joindre, sous la forme d’un épais promontoire, aux dernières saillies du Thüringerwald. C’est ici la contrée du Teutoburgerwald. La route de Paderborn à Hoxter la traverse, pour se porter en ligne directe sur le Weser. Cette chaussée constitue une des grandes communications de la Westphalie avec le Hanovre. On descend du

LA GERMANIE

plateau vers le Weser par une vallée facile. Ce fut au débouché de cette vallée, entre Hoxter et Beverungen, que le maréchal d’Estrées franchit le fleuve, pour se porter dans le Hanovre avec l’armée française, en juillet 1757.

Au delà du Weser, se présente l’accident le plus sensible de la plaine cimbro-germanique. Nous voulons parler du petit îlot du Hartz, véritable sanctuaire de l’Hercynie, dont il perpétue le nom. La croupe sauvage du Broken est encore recouverte des autels et des monuments druidiques, dont les restes attestent l’antique vénération des Germains.

Le Hartz est situé dans le prolongement même de l’axe de l’Ardenne et du Rothargebirge. Il était apparu sans doute à la même époque, c’est-à-dire à l’instant du soulèvement du Hunsrück. Il est formé, comme ces régions, de roches schislo-cristallines, en masses épaisses. Mais cet îlot prolongateur a été remanié ensuite par le système des Ballons, qui lui a imprimé sa figure générale, en déterminant des épanchements de granité très-remarquables. Autour de la protubérance du Hartz, se dessinent les bordures concentriques des dépôts de sédiment postérieurs.

Les terrains secondaires se poursuivent vers les bords de l’Elbe, et les formations crétacées sont à découvert dans une partie du Danemark, où elles forment quelques collines et de petits escarpements. Cependant les plus grandes élévations de celte péninsule dépassent à peine 150 mètres d’altitude; et aucune des îles danoines ne porte de cote de 200.

Le long de la rive méridionale du bas Elbe, une faible croupe surbaissée se compose de roches primaires, et forme à son tour un îlot, beaucoup plus déprimé que le Hartz, et produit aussi par le système des Ballons. Le fleuve se détourne à Magdebourg pour éviter ce faible massif: puis il en longe la bordure septentrionale jusqu’à Lunebourg. La ride se montre d’abord dans les collines des Teufelsberge et des Hollenberge, qui sont au nord-ouest de Magdebourg. Elle finit dans la contrée sévère du Luneburgerheide, où passe la voie ferrée qui mène de Hambourg à Hanovre.

La masse des terrains meubles enveloppe cette faible croupe, et s’étend au loin dans le Brandebourg et la Posnanie. Mais, vers Dantzig, on trouve un relèvement postérieur à la formation de la grande plaine. Une petite ride, composée de collines molles et rondes, y suit quelque temps le rivage de la Baltique. Elle s’efface complètement au delà de Kônigsberg. Ici, des barres où Nahrungen longent le rivage, et semblent formées par l’accumulation des débris diluviens, à leur rencontre avec la mer.

L’existence de la petite ride littorale de Dantzig, dont le point culminant du Thurmberg, au sud-ouest de cette ville, n’atteint d’ailleurs que 533 mètres, l’existence de cette petite ride rejette vers l’occident les embouchures des fleuves. Il est vrai que la Vistule la perce à Marienwerder et Marienburg. Mais les autres rivières de la plaine sont influencées par la contre-pente, et se dirigent obliquement du sud-est au nordouest, en se rapprochant entre elles. Sous les parallèles de Brême et de Berlin, on peut franchir dans un petit espace le Weser, l’Elbe, le Havel avec la Sprée, l’Oder, la Wartha. Plus vite on se portera à l’est, dans ce parallèle, plus les difficultés seront évitées pour la dernière partie du parcours de la plaine. De plus, il est naturel de remonter les vallées par la rive orientale; on met ainsi le cours d’eau entre sa propre armée et l’ennemi qui pourrait déboucher des montagnes. Frédéric II a manqué à toutes ces règles dans sa conquête de la Silésie, où il eut le seul avantage de rencontrer un adversaire plus faible encore que lui. Parti de Berlin à la fin de 1740, il se mit à remonter la rive gauche de l’Oder, par Liegnitz et Schweidnitz, s’engageant ainsi dans un couloir étroit, entre le Riesengebirge, d’une part, et le fleuve dont il n’était pas maître, d’autre part. Au lieu d’arriver par un terrain uni aux frontières de la Moravie, où il fermait la communication à son ennemi, il avait à franchir successivement tous les contre-forts delà chaîne hercynienne : à Liegnitz, la Katzbach ; à Schweidnitz, la Schweidnilzerwasser; au-dessus de Glatz, la Neisse; vers Troppau, l’Oppa. Or, ces cours d’eau ont des lits encaissés, et d’un abord difficile.

LA GERMANIE

Un nouvel accident s’élève dans la plaine, entre Cracovie et Varsovie : ce sont les montagnes de Sandomir, Sandomirergebirge des Allemands, Lyszyca-Gora des Slaves. Cette courte protubérance domine les villes de Kielce et de Sandomir. Elle doit son surgissement au système de la Côte d’Or. Le même ridement a produit la fente dans laquelle circule la rivière de San.

La partie orientale de la plaine du nord fut la grande voie d’opération de Charles Xll, qui d’ailleurs ne franchit point l’arête hercynienne. Ses armées s’étaient ouvert le chemin par la bataille de Frauenstadt près de Punitz, à la rive droite de l'Oder, gagnée en février 1706 par le maréchal Renschild. Le passage de l’Oder, ceux de la Sprée, de l'Elbe, en dépendirent; et Charles XII put arriver en personne, au mois d’août suivant, dans le grand centre commercial de Leipzig. L’importance de cette métropole de la Saxe est déterminée par la convergence des versants de l’Erzgebirge et du Thüringerwald, qui dirigent leurs pentes vers le bassin de Leipzig. Cette ville est, dans la plaine du nord, le débouché naturel de l’Allemagne fermée.

Cracovie forme un autre débouché, au pied du palier de la Moravie. C’est par là que Napoléon aurait pénétré dans la grande plaine, à la fin de ISOS, si la Prusse n’eût pas été intimidée parla victoire d’Austerlitz.

En suivant de l’œil les limites de la plaine cimbro-germanique, on voit, en effet, que, depuis le seuil de Bapaume et de Cambrai, jusqu’à celui d’Olmütz, il n’existe plus une seule ouverture dans le rempart sinueux de la chaîne hercynienne. Il y a seulement trois percées de fleuves dans cet immense intervalle : celle de la Meuse à Givet, celle du Rhin à Bingeu, et celle de l’Elbe à Schandau. Mais ces percées sont étroites, et ne constituent que des brèches. Les seules ouvertures larges et d’un abord commode se trouvent en Picardie et en Moravie, à plus de mille kilomètres l’une de l’autre.

L’enchaînement d’arêtes qui sépare la France et l’Allemagne intérieure de la plaine du nord, ne forme pas, à la vérité, une barrière puissante, comparable aux Pyrénées ou aux Alpes,

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