CHAPITRE VI
Germanie (1). » C’est sous ce ciel sombre qu’ont été peintes les marines de Backhuysen.
Les côtes des Pays-Bas sont les plus plates de toute cette région. Elles ne se composent guère que de simples atterrissements modernes, protégés par des digues, et bordés d’une petite ceinture de dunes sablonneuses. Au milieu de ces sables, la nature a placé des graminées aux racines longues et traçantes, qui fixent et consolident le sol. Tels sont l’ammophile et l’orge des sables (2). L’eau prend fort peu de profondeur à mesure qu’on s’éloigne du rivage. La mer du Nord tout entière, entre les Pays-Bas et l’Angleterre, n’est qu’une mince nappe d’eau, entrecoupée de bancs de sable. Les approches des côtes sont par conséquent difficiles. C’est ce qui a concentré le commerce aux bouches des fleuves, à Anvers, à Botterdam, à Hambourg; ainsi qu’à Amsterdam , au fond de celte vaste emprise des eaux qui constitue le Zuyderzce.
Ce golfe a été produit dans les temps historiques (1225), par l’irruption des eaux marines, qui sont venues s’unir aux marécages du lac Flcvum. Quelques années plus lard s’est formé le lac de Haarlem , dont l’assèchement constituera un des plus beaux travaux de notre siècle. Entre ces deux masses d’eau et la mer, il est toujours demeuré une barre résistante, qui appartient à la Nord-Hollande, et qui se termine à la pointe du Helder. Là fut le lieu de débarquement d’Abercrombie, avec 17,000 Anglais, en août 1799. La mise à terre se fit près du village de Groot-Keeten, non loin du Helder. Mais on sait que l'établissement des troupes anglaises, sur cette langue de terre basse et unie, ne fut point durable; ces troupes furent bientôt réduites par Brune à accepter une capitulation.
La Meuse et le Rhin, séparés seulement par le petit pays de Juliers, divisent la Belgique de la Westphalie. En Belgique, l’Escaut est la grande artère. Lorsqu’on remonte ce fleuve, on trouve d’abord qu’il se bifurque au-dessus d’Anvers, pour pous-
(1) Chateaubriand, les Martyrs; liv.VI.
(2) Ammophita ( Arundo ) arenaria ; Hordeum (Elymus) qrenarium.
LA GERMANIE
ser une veine du côté de Gand, et l’autre à Malines. Puis, de ces deux points, on voit les cours d’eau s’élever en éventail, pour constituer le double système vasculaire de la basse Belgique.
C’est au-dessus de Gand, dans le bassin de l’Escaut proprement dit, qu’ont eu lieu les rencontres de Courtrai et de Fontenoi. L’autre bassin est celui du Demer et des deux Gettes. Il offre un point de convergence particulier à Diest, petite place qui se trouve ainsi la capitale du bassin. Mais dans cette partie du pays, pour dominer le territoire, il faut s’emparer de la région supérieure, de celle qui renferme les sources des veines d’eau. La position romaine de Tongres garantissait cette possession. C’est depuis cette ville jusqu’à Tirlernont, que furent livrées toutes les batailles qui ont ouvert la basse Belgique aux armées du Nord ou de l’Est. C’est là que Louis XIV gagna la célèbre bataille deNcerwinden, près de Léan(1693},etc’estdans le même lieu qu’en revanche, les Autrichiens du prince de Cobourg forcèrent les positions de l’armée française deDumouriez, en mars 1793, et reconquirent ainsi la Belgique.
Les plaines se terminent au pied de l’Ardenne et à la petite ride du Boulonais. Mais, entre ces deux reliefs, il existe une ouverture déprimée, fort remarquable, qui constitue le passage naturel de Belgique en France. Entre Bapaume et Cambrai, le seuil s’abaisse; il n’est plus formé de roches résistantes, mais seulement de terrains meubles. Le passagedes avalanchesd’eau rejetées de l’intérieur du continent, à l’époque du soulèvement des grandes Alpes, a lavé profondément ces dépôts tertiaires, et les a dénudés souvent jusqu’à la craie blanche. C’est par là que circulent le chemin de fer du Nord et le célèbre canal de Saint- Quentin. Cet abaissement du seuil a donné passage à l’invasion espagnole, dirigée par le cardinal infant, en juillet 1636. L’armée offensive passa de la Sambre à la vallée de la Somme, et n’avait plus à forcer que la ligne de l’Oise pour marcher sur Paris.
Réciproquement, quand le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, et le roi de France Louis XI, marchèrent en commun contre les Liégeois, en octobre 1408, ils profitèrent de