CHAPITRE VII
ARÊTE DES CARPATHE5.
Lorsqu’on part des rivages de la Baltique, dans la Prusse orientale, et que l’on remonte le grand bassin polonais ou de la Vistule, on parvient d’abord dans les plaines de la Gallicie. Les terrains tertiaires, encrassés d’un limon diluvien, y sont mollement entamés par les eaux courantes. Derrière ces plaines s’élève l’arête de grès des Carpathes. Le nom de celte ride se rattache au russe chrebet, montagne; une racine analogue désignai t apparemment les proéminences du sol, dans les vieilles langues slaves.
Le passage des Carpathes ne présente pas par lui-même de bien graves difficultés. Quand les routes seront mises dans un état de viabilité convenable, cette arête n’offrira pas plus d’obstacles que le Jura. En la traversant du nord au sud, on descend dans la grande plaine de Hongrie. Le blé et les arbres fruitiers qui couvrent ce vaste bassin, viennent jusqu’aux dernières pentes des montagnes. Le hêtre, accompagné du chêne et du châtaignier, croît sur les versants. Viennent ensuite les conifères, à la tête desquels il faut signaler le pin krumholz (1),
(I) Pinus pumilio.
qui caractérise la végétation des Carpathes. Des pieds épars de sapins rabougris et de pincrins (1) languissants présentent les dernières traces de verdure. Wahlenberg remarque que le bouleau ne dépasse pas ici la limite des arbres verts. Sur la cime arrondie de l’arête, il ne reste plus, dans les endroits les plus élevés, que des lichens noirâtres qui tapissent le grès.
Le long développement des Carpathes, depuis la haute Silésie jusqu’aux bouches du Danube, détermine une séparation assez sensible entre les populations des deux régions contiguës. Il a favorisé en Hongrie le mouvement propre, qui devait aboutir à la création d’une nationalité. Cette ride séparatrice appartient au système de soulèvement des Pyrénées. Mais sa partie occidentale a été remaniée et en quelque sorte transformée par le soulèvement du Tatra. Ainsi greffés l’un sur l’autre, ces deux soulèvements, dont les directions diffèrent peu, ont imprimé plus de largeur à la portion occidentale.
L’éperon des Carpathes s’étend, de ce côté, vers l’éperon du Rieseogebirge, et c’est la soudure commune de ces deux promontoires qui constitue le seuil déprimé, entre la Silésie et la Moravie, dont nous avons parlé tout à l’heure (2). On pourrait regarder ce seuil comme la porte de la Hongrie, du côté du nord, s’il n’existait pas une nouvelle arête, le long des rives du Waag. Celle-ci joint en quelque sorte les Carpathes à Vienne, et défend ainsi le front septentrional de la Hongrie. Aussi le grand chemin de fer central, projeté en Hongrie, ne se dirige-t-il pas vers la Silésie, maisvcrs la Pologne. Il remonte le bassin de la Theiss du sud au nord, et vient franchir les Carpathes près d’Eperies (Sowar), à l’est du nœud des Carpathes avec l’arête des bords du Waag. Il n’aura de cette manière qu’une ride unique à traverser.
Le nœud dont nous venons de parler est au massif du Tatra proprement dit. Le sommet en est élancé et domine considérablement les proéminences voisines. De sa cime pelée, on voit
(I) Pinuf mugno.
(3) Voir plus haut, p. 408.