CHAPITRE VII
l’éperon se prolonger vers la voie ferrée d’Olmütz à Breslau, qui vient en marquer l’extrême limite. Plus on se rapproche du nœud, plus aussi les défilés s’élèvent. La route de Teschen à Kubin forme une chaussée d’une importance considérable, qui mène directement dans le sillon du Waag. Celte chaussée prend donc de revers la Moravie, et commande ainsi cette région. La passe qu’elle traverse est connue sous le nom de défilé de Jablunka ou des pommes. 11 existe un exemple remarquable de l’avantage qu’on peut en retirer.
En avril 1626, le célèbre Mansfeld, battu par Wallenstein, avait résolu de se porter du Brandebourg en Hongrie. Deux chemins s’olTraient à lui : par la Silésie ou par la Bohême. En suivant ce dernier, il fallait traverser deux fois l’enceinte bohémienne, et attaquer de front la Moravie. Aussi Mansfeld préféra-t-il la route un peu plus longue, mais beaucoup plus facile delà Silésie, sur laquelle il ne devait rencontrer qu’une seule arête à franchir. Il remonta la Silésie par sa grande voie de communication, la vallée de l'Oder; et au lieu de traverser immédiatement le seuil d’Olmütz, il longea le pied de l’éperon des Carpathes jusqu’à Teschen. Alors, tournant directement au midi, il franchit la passe de Jablunka avec son corps d’armée, et descendit par la vallée du Waag, en prenant les défenses de la plaine morave par leur revers.
La route de Neumark àTurdosin, placée aux sources mêmes du Waag, offre des avantages semblables. Elle est surtout convenable pour amener les Russes à Vienne. Aussi a-t-elle été employée, en novembre 1805, par les principaux corps de l’armée russe qui accouraient au secours de l’Autriche, et qui trouvèrent si vite la défaite au milieu des plaines d’Austerlitz. Si les Russes, se pressant trop de traverser les Carpathes, avaient passé par Eperics (Sowar), ils auraient dû franchir, avant d’opérer leur jonction, une seconde arête, celle qui longe les bords du Waag.
La route de Sandomir à Eperies, que nous venons de citer, passe, en effet, de l’autre côté du nœud du Tatra.- Au delà, les Carpathes ont moins d’élévation, mais l’arête gagne beaucoup
en largeur; elle forme une épaisse barrière, qui traverse obliquement l’Europe orientale. Le même grès la compose, et règne dans toute son étendue. De mauvaises routes ou de simples chemins sont, pour l’ordinaire, les seules communications qui la traversent. En gardant ces passages, on empêche facilement une armée russe de pénétrer en Hongrie.
La passe de Radna, située vers le milieu de la longueur des Carpathes, est une des plus fréquentées et des plus aisément praticables. L’arête se prolonge ensuite au sud-est, et finit vers la plaine moldo-valaque. A l’endroit où l’exhaussement remarquable du sol se termine, il existe un nouveau nœud, celui de l’arête de Fagaras qui limite la Transylvanie au midi. Les deux rides finissent ensemble à ce nœud même de Gyorgo. L’éperon terminal des Carpathes, l’Erdeli des habitants, sépare, par un relief peu sensible, la Moldavie de la Valachie, et refoule finalement le Danube, vers Braïlow et Hirschowa.
Il n’existe plus ensuite que la petite protubérance de la Dobroutscha, en slave sol fertile. Ce petit massif, séparé de l’arête carpathienne par le Danube, et bientôt terminé par la mer, forme une espèce de mamelon isolé. 11 n’est suivi au midi que par de basses collines, et se trouve bordé par l’ancien sillon du Danube, alors que les eaux, au lieu de percer la ride à Braïlow, suivaient encore la direction de Rassowa à Koslendsché. Ce chenal, maintenant obstrué, et qu’il est question de convertir en canal navigable, n’offre que de malsaines lagunes. On n’y trouve pas de monticules de plus de 50 mètres. Au reste, ce n’est pas dans les temps historiques que le Danube s’est écoulé par cette voie : l’absence d’un delta à Kostendsché le démontre suffisamment. C’était à l’époque tertiaire que la mer Valaque communiquait, par ce détroit, avec les eaux de la mer Noire.