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MOUVEMENTS BRUSQUES

Ce qui se passe insensiblement dans les mouvements lents se reproduit par un effort subit dans les mouvements brusques. L’inclinaison séculaire du sol de la Suède ne cause à cette contrée aucun dérangement désastreux; mais les soubresauts instantanés de certaines portions de l’écorce du globe occasionnent, au contraire, des désastres. L’homme n’a rien à craindre d’une mer qui monte d’un mètre par siècle; il doit redouter un exhaussement subit qui inonde la plage. Ses édifices résistent à un déplacement insensible du terrain ; ils sont renversés par une secousse instantanée.

Concentrons dans quelques mouvements brusques les phénomènes dont nous venons d’examiner l’action continue, et nous aurons les tremblements de terre.

Au mois de novembre 1822, la côte du Chili éprouva tout d’un coup un exhaussement notable, qui s’éleva dans quelques endroits à 2 ou 3 mètres. Le tracé du rivage fut changé; le cours des ruisseaux et des rivières modifié. C’était une secousse verticale. On a vu le mât de pavillon du port de Valdivia s’élancer du sol, en vertu de la vitesse acquise, et sortir de sa place en laissant un trou parfaitement rond dans le terrain. Il est évident que de pareilles secousses s’exercent de bas en haut.

Dans d’autres portions de voussoirs, l’impulsion agit latéralement. Le sol éprouve alors une poussée horizontale suivant une direction donnée. Le sens de la secousse n’est que la direction locale du mouvement imprimé à celte partie du voussoir. Dans les secousses horizontales, on voit souvent s’écrouler les murailles placées transversalement au sens de propagation , tandis que celles construites dans la direction même du mouvement restent debout.

Il n’est pas impossible qu’il y ait des signes avant-coureurs des tremblements de terre. On conçoit, par exemple, que le sol éprouve d’abord une pression intérieure, avant de céder complètement à la puissance qui le sollicite. Il y aurait donc un resserrement des tranches du terrain , d’où résulterait ce changement d’allure dans les eaux des sources, que l’on a cru remarquer effectivement.

Mais, en général, la secousse est soudaine. Ses effets désastreux sont instantanés : la mer inonde ou abandonne ses rivages, les édifices s’écroulent, des crevasses s’ouvrent dans le sol tiraillé et donnent passage aux eaux jaillissantes. Le tremblement de terre est ordinairement accompagné d’un bruit souterrain, que certains observateurs comparent à celui d’immenses piles de vaisselle tombant à terre. Quand les couches souterraines sont composées de matières minérales compactes, le bruit s’explique aisément par le bris et le froissement de ces roches.

La première secousse est habituellement la plus forte ; c’est l’instant où le voussoir, après avoir longtemps résisté, cède tout à coup aux forces qui le sollicitent. Mais cette première secousse est suivie souvent de plusieurs autres moins considérables, qui vont en s’affaiblissant graduellement. Celles-ci sont les mouvements secondaires, qui ramènent peu à peu le voussoir à un nouvel état de stabilité.

Dans une même contrée, les tremblements de terre se propagent souvent dans le même sens, pendant plusieurs siècles. Il y a d’ailleurs des localités plus sujettes que d’autres à ces phénomènes. On conçoit, par exemple, que les terrains cohérents sont beaucoup plus propres que les sols meubles à résister d’une seule pièce aux forces qui tendent à les mouvoir, et qu’ils sont plus propres aussi à transmettre au loin les ébranlements.

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