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RUSSIE

Le Balkhan fait, comme nous l'avons dit, la séparation des climats et des flores. En le passant du midi au nord, on entre dans la vaste plaine inférieure du Danube; et l’éperon des Carpathes n’offrant qu’un dos de terrain d’une médiocre importance, on arrive pour ainsi dire de plain-pied dans la vaste région scytliique.

Les derniers bois qui descendent des Carpathes s’éclaircissent de plus en plus dans la Bessarabie. Bientôt on ne trouve plus que d’immenses prairies. C’est là que commence la grande région pastorale de l’ancien continent; et ces plaines, passant au sud de l’Oural, sont en quelque sorte continues avec les plaines immenses de la Tarlarie.

Les régions scytbiques qui bordent la mer Noire ont toujours exercé une action puissante, sur le mode d’existence et sur la forme sociale des peuples qui les habitaient. On se rappelle les récitsd’Hérodote, décrivant l’existence de ces peuples nomades, qui vivent sous la tente, qui se vêtent de peaux, et qui se nourrissent de lait et de chair. Ce tableau s’applique, avec une vérité remarquable, aux hordes modernes des Cosaques et des Kirghis. Dans l’intervalle, c’est encore sous les mêmes traits que notre compatriote Ruysbroeck dépeint l’existence des nomades pasteurs, lorsqu’il est parvenu dans la région « où il n’y a plus de villes ».

Malgré la ressemblance des mœurs et du genre de vie, les peuplades et les races ont changé maintes fois. La race jaune et la race blonde ont conduit tour à tour leurs chevaux sur les rivages de la mer Noire. Mais le mode d’existence de ces populations tient aux conditions extérieures du sol, bien plus qu'à l’origine ethnographique des peuplades. Après avoir attribué successivement les Scythes d’Hérodote aux races les plus

diverses, on a du finir par conclure que le nom de Scythe désignait, chez les anciens, un genre de vie, sans s’appliquer, dans un sens ethnographique, à une nation.

L’opposition des régions agricoles et des régions pastorales mérite d’être remarquée. Ces dernières appartiennent plus spécialement à l’Asie; et la zone pastorale d’Europe n’est en quelque sorte qu’un prolongement asiatique. Les plaines herbeuses viennent se terminer aux Carpathes. Les peuples d’Asie ne peuvent guère passer cette barrière. Ils la tournent par le sud, pour s’engager dans la vallée du Danube; ou bien ils la longent en remontant au nord, pour suivre la plaine baltique, comme on l’a vu dans l’invasion des Mongols. Mais l’Europe intérieure, au sol accidenté, aux cultures variées, exerce sur eux une action répulsive.

Au reste, depuis quelques siècles, l’influence européenne commence à envahir cette région, que nous nommerions volontiers asiatique. La culture y fait quelques progrès, et l’existence fixée y remplacera bientôt la vie pastorale et nomade. Les régions les plus voisines de la mer Noire n’offrent, il est vrai, que des steppes à pâturages, entremêlées de sables et de lacs salants. Mais en avançant dans l’intérieur de la Russie, on passe le petit bombement de l’Ukraine, et l’on pénètre dans le grand bassin intérieur du Don et du Wolga, dont la fertilité est extrême.

L’arête de soulèvement de l'Ukraine, qui remonte jusqu’au système du Morbihan, dessine une croupe schisteuse, en partie aride et en partie recouverte de bois. Cette croupe commence aux frontières de la Gallicie et va déterminer le coude et les cataractes du Dnieper. Ses dernières traces se prolongent jusqu’aux rivages de la mer d’Azof. Le relief de ce bombement du sol ne dépasse pas beaucoup 300 mètres dans son point le plus élevé, au petit plateau Awratyne, où le Bug prend sa source. Il s’abaisse ensuite vers le sud-est, et n’offre déjà plus que 63 mètres d’altitude dans les proéminences arrondies qui dominent Ouman et Novomirgorod. Ces chiffres donnent une idée de la faiblesse de ce ridement, que l’ex-

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