CHAPITRE VII
trême égalité du sol environnant peut seule rendre sensible.
Au-dessus des cataractes du Dnieper, commence la grande région agricole de Russie. Ce n’était, à la fin de l’époque tertiaire, qu’un immense marais qui se couvrait de plantes pendant l’été et de neiges durant l’hiver. Les eaux du printemps y amenaient des avalanches destructives de sables. La plaine a fini par rester couverte d’un limon d’une grande fertilité, nommé tchornoi-zem , c’est-à-dire terre noire. Elle est coupée de champs et de potagers, et c’est de cette région que se fait la grande exportation des céréales. Le sillon inférieur du Wolga, qui la parcourt, est rempli, comme celui de la Seine, des ossements des grands pachydermes.
Cette région agricole est suivie par la région industrielle, dont Moscou est le centre. Entre les deux, mais un peu obliquement, se développe l’arête qui va de Voronèje à Riga, et qui appartient au système de soulèvement des Râlions. Dans son extrémité orientale, près de Koursk, aux sources du Donetz et de la Desna, elle n’offre que 268 mètres d’altitude; en Livonie, elle présente quelques lies de 500. En aucun point de sa longueur, elle ne dépasse sensiblement ce dernier chiffre. Il s’agit donc encore d’une ride basse, dont le relief n’est appréciable que grâce à l’égalité et à la dépression des plaines voisines.
C’est cette arête, dont la nature est schisteuse et dont les ressources sont peu abondantes, qui fut cause de la célèbre défaite de Charles XII. Ce prince était parvenu à Smolensk, lorsque, vers la fin de 1708, il entreprit de se rendre dans le bassin de la Russie méridionale. Mais il fut surpris et dérouté par la nature du terrain, qui ne lui offrit que des plateaux cristallins et schistoïdes, entrecoupés de petites fentes où circulent des eaux sauvages. L’armée eut à subir, dans ces lieux déserts et pauvres, les rigueurs du célèbre hiver de 1709. Elle était à demi épuisée lorsqu’elle déboucha dans le bassin tertiaire du Dnieper, où elle devait trouver bientôt la défaite irréparable de Pultava.
Au nord, le grand bassin carbonifère de Moscou a été émergé avant l’époque des houilles proprement dites. Aussi n’y trouve-
t-on le combustible fossile que dans quelques bordures qui en forment la limite, principalement du côté de l’Oural. Ce bassin est aujourd'hui le siège de l'industrie des tissus et des métaux.
Un riche système de circulation hydrographique l’arrose. Mais dans celte plaine unie, dont la pente est souvent incertaine, les rivières prennent un grand développement en largeur. C’est ainsi que le Wolga, devant Kasan, a plus de quatre cents mètres de large, bien qu’il soit encore à une énorme distance de l’embouchure. Le chemin de fer de Moscou passe la Mtsa sur un point de bois , à piles en maçonnerie, qui offre neuf travées de soixante et un mètres de portée, et dont la longueur totale est ainsi de plus de cinq cent cinquante mètres.
Le bassin de Moscou est fermé au nord par le partage d’eau de Waldaï et d’Uwal ; ce petit faîte se dirige de Riga vers Perm , où il va rejoindre l’Oural. La Russie d’Europe se trouve ainsi coupée, dans sa plus grande largeur. Le relief de cette ride est loin d’atteindre des proportions considérables : à Gaise-Kaln, près de Riga, 314 mètres; au Popova-Gora, point culminant du Waldaï, 335 mètres; sur les plateaux de Debjosui et de Dubrova, entre Viatka et Perm, 370 mètres. Ce faîte est donc toujours contenu dans des limites étroites de hauteur.
Mais, s’il est peu important comme altitude, il détermine cependant une grande distinction dans les produits du sol. C’est là que l’influence du climat tempéré vient s’éteindre, pour faire place au règne du climat froid. L’avoine et le blé s’arrêtent, tandis que l’orge et le seigle passent seuls au nord du partage. Les chênes et les ormes ne franchissent pas non plus cette limite. Enfin les clairières diminuent pour laisser une plus large place aux forêts. Les formations géologiques changent aussi en passant cette petite ride. La ligne que nous avons indiquée est, par exemple, à peu de chose près, la limite des terrains jurassiques.
Au delà de ces terrains les formations primaires paraissent, dans une ligne qui commence à la Raltique, en face de la petite lie de Dago, qui longe le lac Ladoga, et qui va enfin aboutir à la mer Blanche. Les roches qui les composent n’ont pas ici la