MOUVEMENTS ANTÉ-HISTORIQUES
Lorsqu’on a étudié la configuration orographique de l’Europe dans ses principaux détails, il faut revenir à l’cusemble, et l’envisager dans ses rapports directs avec l’espèce humaine. La marche, l’établissement, les limites des différents peuples qui se sont fixés successivement sur les terres d’Europe, sont liés d’une manière intime à la configuration du sol.
Malgré la haute antiquité géologique des premiers êtres organisés, notre planète est restée longtemps privée de l’espèce humaine. Les grandes troupes d’animaux pâturants se répandaient alors, en toute liberté, dans les plaines herbeuses. Elles n’avaient pour ennemis que les féroces carnassiers, qui faisaient leurs repaires dans les endroits plus sauvages, et qui sortaient des arêtes montagneuses pour attaquer et poursuivre les troupeaux.
Mais enfin l’homme parut. Il n’arrivait pas sur la terre avec
(t) C’est à dessein que nous avons souvent employé, dans ce chapitre, les dénominations géographiques modernes, en parlant d’événements anciens. Ces dénominations sont ordinairement plus précises, et l’usage en est plus familier. Mais, en parlant de Genève, par exemple, h une époque où cette ville n'existait pas encore, il est bien entendu que nous ne désignons parce mot que le point géographique où a été bâtie plus tard la cité.
MOUVEMENTS DE PEUPLES. 443
les outils des premiers arts, ni les épargnes de plusieurs générations. Il ne possédait pas encore cette somme de connaissances pratiques que nous puisons aujourd’hui, dès l’enfance, au contact de la société, et qui sont la richesse la moins appréciée peut-être, mais à coup sur la plus précieuse de toutes celles que nous possédons. Dans un pareil dénùment, l'homme ne pouvait subsister qu’au milieu d’une nature fertile, et sous un climat bienfaisant.
Lorsque l'instinct des voyages ou la surabondance de population le poussèrent sur le sol de l’Europe, il fallait qu’il eut déjà fabriqué des armes pour chasser les grands animaux, et quelques outils pour se faire des vêtements de leurs peaux. A proprement parler, la tradition n’a pas conservé le souvenir de cette époque primitive, où les premiers habitants de l’Europe ne possédaient pas de langage perfectionné ni d’écriture, pour transmettre les faits de génération en génération. Les premières troupes d’hommes se rapprochaient alors, par leurs moeurs et par leurs conditions d’existence, de ces grandes associations d’animaux auxquelles elles venaient succéder.
Toutefois, si la tradition est muette dans ce qui se rattache à cette époque de l’histoire de l’Europe, la géologie nous a fourni quelques lumières. Il existe dans différentes parties de notre continent, mais principalement au pourtour du grand bassin méditerranéen, de nombreuses cavernes à ossements. Les eaux qui ont été mises en mouvement par la dernière révolution survenue dans l’Europe centrale, c’est-à-dire par le soulèvement des grandes Alpes, ont accumulé les débris dans ces canaux intérieurs. Au milieu de ces débris, et dans une brèche homogène, nous retrouvons des ossements d’animaux exotiques et d’espèces éteintes, auxquels se mêlent des ossements humains. Ceux-ci remontent apparemment à la fin de la période tertiaire. Les peuplades auxquelles ils ont appartenu étaient contemporaines d’espèces maintenant disparues; elles voyaient encore , à leurs côtés , dans nos climats , des hyènes, des éléphants, des rhinocéros, qui ont maintenant abandonné nos latitudes.