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CHAPITRE VIII

Lorsqu’on étudie la forme des crânes fossiles des cavernes, on remarque que ces crânes sont comprimés latéralement, comme chez la race nègre. Les pommettes sont poussées en avant, et les dents supérieures sont saillantes. Aussi c’est à la race noire que les naturalistes rapportent en général ces ossements. Telle est, entre autres, l’opinion formelle de Boué pour les crânes fossiles du midi de la France, et celle de Schmerling pour les crânes trouvés dans les plus anciennes brèches des cavernes belgiques.

Il y a, dans ces données géologiques, un fait remarquable, que les découvertes nouvelles viennent corroborer de plus en plus : l’extension de la race nègre en Europe, avant l’époque des traditions les plus reculées. Celte race avait sans doute son foyer dans la partie centrale de l’Afrique. Elle sera passée dans notre continent, en marchant du midi au nord, à une époque très-reculée, dont aucune tradition humaine ne peut nous rappeler le souvenir. Anéantie par les événements géologiques, ou plutôt par de nouvelles hordes conquérantes, elle n’a laissé que des témoins muets de son antique séjour.

Après elle, la race qui paraît la première sur la scène est la race jaune, la race mongolique des auteurs. Ses caractères sont très-distincts de ceux des noirs : la forme du crâne, en particulier, est pour ainsi dire opposée ; au lieu d’être allongé de l’avant à l’arrière, il est dilaté de droite h gauche, dans sa largeur. Les arcades zygomatiques font saillie en dehors; les pommettes ont leur point de départ au-dessous du centre de l’orbite, et s’étendent dans une grande portion de cercle. Il en résulte cette figure large, ce visage carré, qui fait le type des Chinois et des Mongols.

Tout semble indiquer que les nations mongoliques sont originaires d’Asie. Mais elles ont dû parvenir en Europe dans une très-haute antiquité. Les plus anciennes traditions des peuples européens en ont conservé un vague souvenir; elles sont d’accord avec les monuments pour nous montrer ces nations déjà répandues, à une époque extrêmement reculée, dans la

MOUVEMENTS DE PEUPLES

plus grande partie de noire continent. Deux rameaux principaux les représentaient, dans l’époque primitive, sur le sol européen : c’étaient les Euskaldunes ou Ibériens au midi , et les Finnois au nord.

Les traces des Finnois se retrouvent sans interruption de l’ouest à l’est, depuis les rivages de la mer du Nord jusqu’en Asie. Il est donc facile de reconnaître qu’ils sont venus directement de la Tartarie, par la région des steppes, comme nous l’indiquerons plus loin. Mais on n’aperçoit pas aussi distinctement dans quel sens ont marché les Ibériens.

Ceux-ci se nomment, dans leur langue, Euskaldunes, c’està-dire enfants du soleil. Leur foyer principal était en Espagne, comme si le détroit des Colonnes les eût amenés d’Afrique, à l’exemple de la race nègre. Sous les noms de Turdules et de Turditans, ils occupaient tout l’espace compris depuis les Colonnes jusqu’aux Monts de Tolède. Après la conquête romaine, on nous représente encore leurs tribus les plus indépendantes, réfugiées alors dans les montagnes, comme des hordes sans lois vivant de pillage, adonnées aux sacrifices superstitieux, et accoutumées à couper la main droite des prisonniers de guerre.

C’est surtout dans le Portugal actuel et vers l’angle de la Galice, que ces tribus primitives avaient conservé leurs mœurs sauvages. Dans le centre de l’Espagne, elles s’étaient policées peu à peu. Mêlées aux Celtes de la conquête, dont nous parlerons tout à l’heure, elles avaient élevé deux cents villes, parmi lesquelles figuraient Cadix et Cordoue. Elles exportaient des grains, de l’huile, du vin, de l’or, de l'argent chez les Romains. La langue latine était parlée sur le Bætis, et les populations y avaient connu de bonne heure l’écriture, qui employait l’alphabet phénicien.

Il est clair néanmoins que cet état de civilisation était la suite d’une transformation des mœurs. Il faut suivre cette race dans ses établissements primitifs. Si nous étudions, avec Guillaume de Ilumboldt, la dispersion des noms géographiques qui appartiennent à la langue euskarienne, nous voyons que cette

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