CHAPITRE VIII
le type antique, presque dans louie sa simplicité. Ils sont autant pasteurs qu’agriculteurs ; vêtus d’une simple pièce de laine, et accompagnés de leurs femmes, qui partagent leurs travaux et leurs dangers, ils suivent leurs troupeaux dans les pâturages. Un joueur de mandoline ou un déclamateur charme leurs longs loisirs. Ils se nourrissent de lait, de fromage et de fruits.
Lorsqu’ils sont fixés, ils cultivent une petite étendue de terre, car ils ont peu de besoins, et la nature qui les entoure est fertile. Ils habitent des maisons composées d’un simple rez-de-chaussée, et dans lesquelles ils couchent sur des tapis. Des olives et du maïs bouilli, auxquels ils joignent très-peu de pain, forment leur nourriture. Ces peuples sont simples, naïfs, bienveillants. C’est par eux que l’élément grec se lie à l’élément italien.
Nous n’avons pas à retracer l’expansion de la race grecque en Asie ni en Afrique. En Europe, cette race a débordé sur tous les rivages septeutrionaux de la Méditerranée. Les Pélasges avaient devancé, en Italie, le mouvement étrusque. La Sicile, la Sardaigne, les rivages de la Gaule et de l’Espagne, ceux de l’Afrique, avaient reçu de nombreuses colonies grecques. Mais il s’agissait ici de l’érection locale de nouvelles cités, plutôt que d’immigrations véritables. Les colons grecs portaient au loin une influence intellectuelle et artistique plutôt que l’influence du nombre. C’était la sève puissante de la civilisation hellénique qui débordait de toutes parts. Les colons emportaient du feu sacré du prylanée d’Athènes, pour le mettre dans leur propre prytanée, aux lieux où la fortune allait les conduire, image frappante et profondément vraie de la diffusion du génie de la Grèce.
Ce mouvement de colonisation s’étendit aussi à la périphérie de la mer Noire, où la race grecque vint en contact avec les Slaves et les Finnois. Ce grand travail d’expansion s’opéra du viue au iv° siècle avant notre ère, c'est-à-dire pendant que Rome grandissait. Il avait été précédé lui-même par un mouvement à peu près semblable de la race phénicienne. Mais
MOUVEMENTS DE PEUPLES. 461
celui-ci s’élait principalement dirigé vers l’Afrique. Il avait produit Gadès (au xiu siècle avant notre ère), et Carthage (fondée en — 878). Celte dernière, rayonnant à son tour, fit successivement la conquête des îles de la mer Tyrrhénienne, et celle de l’Espagne. Elle allait déborder sur l’Europe, et la rallier à sa civilisation, lorsqu’elle vint se briser (— 145) contre Rome, foyer plus jeune, plus nerveux et plus policé.
Ainsi, lorsqu’on résume l’histoire primitive de l’Europe méridionale, de la zone brillante des péninsules méditerranéennes, on voit la lumière venir du Levant, et se détacher des centres asiatiques avec un éclat toujours plus vif. Les hommes de race phénicienne furent sans doute les premiers hommes blancs qui débarquèrent sur le rivage d’Europe. Comme la fondation de Tyr remonte h plus de trois mille six cents ans, c’est dans celte haute antiquité qu’il faut placer les premières incursions de la race blanche dans la Grèce. Les colonies phéniciennes apportaient l’écriture alphabétique, et l’usage, auparavant inconnu, de la monnaie.
Puis le foyer grec jeta ses rayons, pour former, avec la civilisation latine, qui fut un peu plus tardive, une seule phase principale de l’histoire de notre continent.