CHAPITRE VIII
En effet, à peine a-t-on passé les Alpes, qu’un nouveau type s’offre au regard. En entrant du Valais en Lombardie, voilà des hommes d’une taille haute et plus élancée, d’un port plus élégant, plus léger, plus gracieux. Des traits distingués et fins, une expression pleine d’intelligence et de vivacité, caractérisent ces peuples. Le teint est plus foncé, les yeux et les cheveux sont plus noirs. Ce type se montre au débouché même des Alpes, et c’est à peine s’il se renforce d’une manière sensible, du nord au midi de la Péninsule.
Cette unité est la marque la plus visible de la puissance italienne, qui, dans l’antiquité, se traduisit par la puissance romaine. Rome porta aux nations lointaines l’influence de sa législation, de ses arts utiles, de sa littérature et de ses mœurs. Tout ce qu’elle tenait des origines grecques et du développement antérieur des peuples de l’Orient, elle le versa sur l’Europe à demi barbare. Elle fut pour les Celtes ce que ceux-ci avaient été pour les Finnois et les Ibériens. Seulement, les tribus sauvages n’étant pas fixées, n’avaient eu qu’à se retirer devant l’élément celtique, ou bien à accepter l’esclavage. Les Celles agriculteurs, et fixés au sol, reçurent au contraire, des Romains, une influence féconde, civilisatrice. Us ne subirent pas la domination domestique du maître sur l’esclave, mais seulement la domination politique du vainqueur sur le vaincu. Et comme ils ne se déplaçaient pas devant la conquête, comme ils restaient massés sur le territoire, l’élément vainqueur devait finir par céder un jour à leur supériorité numérique, après leur avoir communiqué sa propre civilisation.
L’empire romain s’agrandit jusqu’au ue siècle de notre ère. Au ni" siècle, la langue latine, tout en subissant l’influence des idiomes locaux, s’était répandue jusqu’aux extrémités de l’Espagne et jusqu’à la frontière du Rhin.
L’influence de cette civilisation dure encore. Nous sommes les successeurs directs des Latins, comme eux-mêmes étaient les successeurs des Grecs. En effet, ces colons que l’on avait vus déborder sans cesse sur les rivages d’Italie, en apportant de nouvelles peuplades et de nouveaux arts, se rattachaient à la
MOUVEMENTS DE PEUPLES
race pélasgique, prise dans le sens le plus général. Ils apparte naient à ce beau type qui a servi de modèle à l’arl grec, et qui se distingue par le volume de la tête en comparaison de la face, par la grandeur de l’angle facial, par la symétrie et la délicatesse du squelette.
Tout le monde sait que les Pélasges et les Hellènes, qui ont peuplé le sol de la Grèce, étaient arrivés d’Asie. Le lecteur a présent à la mémoire le développement de celte civilisation grecque, qui jeta en Europe, une lumière si pure et si éclatante. C'est aussi à trente ou trente et un siècles avant l’époque actuelle que remontent les premiers signes de ce mouvement. Nous ne rappellerons pas ses origines orientales, ni de quelle manière il grandit. Nous devons seulement indiquer qu’il ne faut pas plus le restreindre à l’Attique et au Péloponèse, qu'il ne faut confiner le mouvement romain dans Rome.
Les prétendus barbares qui entouraient les Grecs étaient des peuples étroitement alliés au sang hellénique. Tout le Nord, jusqu’au Danube, et par conséquent jusqu’aux Celtes, appartenait à la même race. Les Grecs comprenaient le langage des Thraces. Ils avaient reçu d’eux la poésie et la musique. Orphée était Thrace d’origine, et il avait eu pour maître Linius de Chalcédoine.
La Péninsule entière ne formait donc, à la rigueur, qu’une seule et même unité, qui se constitua en fait au ive siècle avant notre ère, à l’époque d’Alexandre et des Macédoniens. Dans cette unité rentrait sans doute l’Illyrie. Ses anciens habitants, les Hénètes, ou Vénèles, s’étaient avancés par l’Istrie, jusqu’aux bouches mêmes du Pô, d’où ils avaient été chassés par les Celles. D’autres peuplades, alliées ethnographiquement, habitaient le rivage oriental de la mer Adriatiqne, et cette multitude d’iles découpées qui le protègent. Elles s’adonnaient naturellement à la profession maritime.
Cette lisière littorale est encore habitée par les Albanais. Les Alpes orientales les ont protégés contre l’invasion slave , qui les a menacés au nord, pendant que l’arête du Pinde les a garantis de l’invasion turque. Les Albanais nous représentent