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CHAPITRE VIII

Le christianisme s’était substitué peu à peu, dans le monde romain, à la religion païenne. Néanmoins le culte des anciens dieux ne se modifia que lentement, et demeura même longtemps empreint dans les mœurs des habitants des campagnes. Au in9 siècle, les chrétiens avaient reçu d’Alexandre-Sévère, l’autorisation de se constituer en sociétés privées. Au îv* siècle, le christianisme prit un rang officiel dans la société, et monta au pouvoir avec Constantin.

C’est alors qu’il commença à se répandre parmi les barbares. Cependant la conversion de ces nations fut non-seulement pour elles une transformation religieuse, mais une véritable transformation sociale. Les peuplades christianisées s’enrichissaient de l’écriture, qu’elles ignoraient auparavant; elles recevaient des peuples civilisés une impulsion plus vive du commerce, avec l’usage plus étendu de la monnaie; elles s’initiaient à des procédés plus parfaits dans les arts mécaniques et chimiques. Toute cette œuvre de progrès était couronnée par un certain adoucissement des mœurs. Enfin, pour signe extérieur, on détruisait les idoles, et l’on arborait la bannière de la croix.

La race germaine était établie depuis longtemps en Europe, lorsqu’elle subit cette transformation autant sociale que religieuse. Son caractère et ses institutions la prédisposaient d’ailleurs à recevoir le christianisme et la civilisation. Les Germains, dont la première mention historique remonte au m* siècle avant notre ère, avaient un sentiment profond de l’égalité : ils n’étaient point divisés par castes ; tous les membres de la communauté étaient hom mes libres et guerriers. Tous portaient les armes des hommes libres, et tenaient leur place dans les assemblées du peuple comme à l’armée. Les unions étaient monogamiques, et les femmes se voyaient entourées d’un juste respect. Enfin les Germains étaient fixés au sol ; leurs villes, leurs villages étaient permanents. Une agriculture, des animaux domestiques, quelques rudiments des arts utiles, les portaient vers le développement de la civilisation, et devaient par conséquent les pousser vers le foyer romain.

MOUVEMENTS DE PEUPLES

Il est incontestable que les Germains sc lient aux races blanches de la Perse et de l’Inde, par leur origine. Ils n’étaient pas fort éloignés des Celtes, pour le langage. Les documents historiques nous les montrent répandus de bonne heure dans toute l’étendue du tronc européen, depuis les bords de la mer Noire jusqu’à ceux de la mer du Nord.

Si nous cherchons b nous rendre compte de leur mouvement, nous devrons admettre qu’ils sont passés des plaines d’Asie dans celles d’Europe, en traversant la grande région vague de la Russie méridionale. Leurs dernières colonnes se sont trouvées en contact avec les Chinois, au 11" siècle avant notre ère, dans les immenses pâturages de la Tartarie. Leur teint clair et leurs cheveux blonds avaient vivement frappé les peuples mongoliques (1). Des plaines du Wolga , ils étaient descendus aux bouches du Danube, par la région ouverte de Bessarabie. Malgré les invasions et les déplacements rapides auxquels cette partie de l’Europe était exposée, il est resté longtemps des peuplades germaines réfugiées dans l’impasse de Crimée. C’est là que notre compatriote Guillaume de Ruysbroeck (xnr siècle) pût, à sa grande surprise, se faire entendre en flamand, sa langue maternelle.

Une fois arrivés sur le Danube, les Germains trouvaient une voie naturelle devant eux. Leur aire d'expansion s’étendit d’abord à la Hongrie. Puis, poussant au nord, les peuplades germaines atteignirent bientôt les rives de la mer Baltique, vers l’embouchure de la Vistule. C’est là que Pylhéas les avait rencontrées (nr siècle avant notre ère), lorsqu’il exécuta son voyage au pays qui produit l'ambre.

Dans celte marche au nord, les Germainss’étaient apparemment répandus jusqu’en Scandinavie (2). Ils avaient chassé les Finnois aborigènes vers les montagnes, les déserts, les solitudes profondes de la Norwége, de la Laponie et de la Finlande, où le peuple exilé continua pendant des siècles à suivre la

(1) Kt.aproth, Tableaux historiques de l’Asie; pp. 161-168.

(2) PmcHAHD, Phytical history ofmankind, 3' édit. ; vol. III, p. 400.

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