‹ Histoire du sol de l'EuropeChapitre 49 sur 349 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

atmosphériques. La pluie, la grêle, la neige, la rosée, le brouillard mouillent le sol. Aussitôt que l’humidité est déposée, une double circulation prend naissance : une circulation superficielle, dans laquelle l’eau ruisselle directement par d’innombrables canaux, en suivant les pentes; et une circulation souterraine, dans l’intérieur des terrains perméables. Ce second mode comprend deux termes. D’abord l'eau s’enfonce par les interstices des sables ou par les fissures des calcaires; c’est l’infiltration. Ensuite elle est arrêtée par les couches imperméables ; ses filets s’y réunissent en veines ou en nappes plus ou moins considérables.

S’ils parcourent des vallées souterraines suffisamment larges et élevées, ils obéissent aux lois de l'écoulement des liquides dans des canaux découverts. C’est ce que l’on peut constater dans un grand nombre de grottes, qui ne sont autre chose que ces vallées intérieures, cl dans lesquelles on reconnaît et l’on suit les courants souterrains. Mais si l’eau remplit en totalité les canaux qui existent entre la couche inférieure et la couche supérieure, entre le radier et le toit, il faut qu elle suive les lois de l’écoulement par des conduits fermés. Elle peut donc circuler dans des siphons, et donner lieu à tous les phénomènes qui accompagnent une pression.

Dans le premier cas, celui de l’écoulement libre, les eaux souterraines reparaissent sur les pentes, dans l’endroit où viennent affleurer les couches imperméables qui en out arrêté l’infiltration. Ces lisières se dessinent sur les versants, nonseulement par la présence de sources disséminées plus ou moins abondantes, mais aussi par l’existence d’une zone humide continue, presque partout signalée par des suintements. D’autres fois,’ ce sont de véritables rivières qui sortent toutes formées, non plus par le joint séparatif de deux couches superposées, mais par l’orifice d’une véritable grotte ou crevasse, accessible ou non accessible à l’homme, mais préexistante à la circulation des eaux. Ces diverses circonstances dépendent surtout de la nature des terrains', comme nous le verrons par la suite.

DES FORMES DU SOL. 6S

Mais si l’eau circule en conduits fermés, elle sera généralement soumise à une pression hydrostatique, et elle jaillira. Ce ne sera pas seulement dans le sens horizontal qu’elle sera lancée, à l’instant où le dernier canal débouche à la surface; ce sera aussi obliquement ou même verticalement. De plus l’eau jaillissante ne vient pas directement d’en haut, comme l’eau courante : elle peut remonter par la branche ascendante d’un siphon renversé ; elle peut avoir acquis, aux profondeurs considérables par lesquelles elle a passé, une chaleur élevée qui n’est, pas encore dissipée. L’eau courante, venant du haut, est généralement plus froide que le sol; elle est complètement assimilable aux ruisseaux superficiels. L’eau jaillissante, au contraire, sera plus chaude que le sol de l’orifice, et pourra se trouver thermale.

Ce sont les corps solubles que les eaux rencontrent et dissolvent dans leur trajet souterrain qui les chargent de substances diverses, et qui les rendent minérales. Toutes les eaux sont minérales à des degrés différents; il n’en existe même aucune qui ne tienne au moins en suspension quelques grains très-fins de sable ou silice.

Page 1