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CHAPITRE II

eaux : leur pente et leur volume. Cette considération donne la clef d’un certain nombre de faits, dans l’histoire de la formation des vallées.

Veut-on maintenant prendre une idée des effets que l’eau courante est capable de produire? Nous dirons qu’avec une vitesse d'un décimètre par seconde elle entame un lit d’argile à poterie ; qu’avec deux décimètres, elle entraîne le sable fin ; avec deux et demi, le sable de toute grosseur; trois et demi, les graviers fins; qu’à sept décimètres par seconde elle roule des galets de trois centimètres; qu’enfin à neuf décimètres de vitesse, elle entraîne des pierres anguleuses de la grosseur d’un œuf (1).

L’action destructive des eaux courantes sur les obstacles qu’elles rencontrent a été^pelée du nom d’érosion.

ALLUV10N.

Ce que l’érosion enlève, Valluvion le restitue. Quand les eaux se ralentissent, elles abandonnent les corps dont le volume n’est plus en rapport avec leur vitesse. Tous ces corps précipités s’étalent au fond du bassin. Supposez une inondation dans laquelle les eaux débordent ; l’épanouissement de la nappe produit comme conséquence une diminution dans la vitesse. Une foule d’objets entraînés se précipitent donc, et encrassent, si l’on nous permet cette expression, la cuvette de la vallée.

11 est vrai que les inondations actuelles de la plupart des fleuves seraient impuissantes pour emplir d’une couche unie, à la hauteur où elle s’est accumulée en réalité, les bassins que ces fleuves traversent. Le Rhin, en passant devant Bonn, charrie chaque jour 5,000 mètres cubes de détritus, ou

(1) Encyclopédie britannique , art. Rivière.

DES FORMES DU SOL

182,500,000 mètres cubes par siècle (1). Cependant ce volume de débris serait encore bien insuffisant pour remplir un bassin considérable, puisqu’il suffirait à peine à charger d’une couche alluviale d’un mètre d’épaisseur un espace de 14 kilomètres de long et d’autant de large.

Mais il faut se rappeler qu’autrefois, par une température plus élevée, la circulation hydraulique était bien plus considérable sur le globe : les pluies étaient plus abondantes et les cours d’eau plus puissants. Il faut se rappeler surtout que les mers ou les lacs qui ont été jetés hors de leur lit par les derniers soulèvements, se sont précisément écoulés par les sillons où nos fleuves subsistent encore. Leurs eaux ont pu, à la vérité, passer à l’intérieur des terres, au-dessus même des arêtes d’une faible élévation, et ravager dans leur course toute l’étendue d’un pays ; mais elles n’en ont pas moins choisi de préférence, pour débouchés principaux, les sillons où coulent les fleuves. Là se présentaient des voies à demi tracées et plus profondes. Cette avalanche prodigieuse des eaux a donné la dernière forme aux vallées.

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