ÉTAT PRIMITIF DE LA TERRE
Mais si la figure de la terre est si voisine de celle que prend une masse fluide en liberté, on est amené presque involontairement à en conclure que ce globe a été autrefois à l’état liquide, ou du moins dans un certain état de mollesse. Il est vrai que la figure sphérique étant la figure naturelle ou d’équi libre, des aspérités fort considérables, des saillies en surplomb, d’énormes pyramides anguleuses, n’auraient pas pu s’y conserver. Il aurait fallu pour cela, dans les matériaux qui constituent les continents, une cohérence qu’ils ne présentent pas. La
pesanteur tend toujours à rabaisser les parties élancées, et à étaler les matériaux par couches sphériques. Les sables du bord de la mer ne formeront jamais que de petites dunes; les cendres des volcans ne composeront jamais que des amas de médiocre hauteur. Les pluies, les vents, leur mobilité même les nivellent.
Les éboulements auraient ramené de même vers la figure sphérique les saillies trop capricieuses ou trop hardies. Néanmoins, les inégalités auraient pu dépasser de beaucoup les proportions où elles sont restées. Il faut donc conclure de la figure globulaire de la terre à sa fluidité primitive.
Ce n’est même pas à l’état liquide que l’on se représente sa masse, quand on remonte à l’origine du globe : c’est à l’état de fluide aériforme. Si l’on admet, en effet, avec Laplace, que l’ensemble de notre système planétaire n’ait formé autrefois qu’une seule et même masse, l’expansibilité propre aux corps gazeux était nécessaire pour répandre, dans un espace si vaste, la matière qui entre dans la composition des différentes planètes.
Prenons la terre à l’instant où elle a constitué une masse gazeuse indépendante, douée déjà de son mouvement de rotation autour d’un axe intérieur. Dans une masse semblable, la pression devait aller en croissant de la surface au centre, comme on le voit encore dans notre atmosphère.