CHAPITRE
imperméables dans le reste des masses. L’argile est doue l’opposé du sable. Celui-ci ne fait jamais pâte avec l’eau, et jamais il n’arrête les infiltrations de ce liquide. De cette opposition des caractères physiques découle une opposition non moins profonde dans les aspects naturels.
Ainsi les pays argileux n’offrent qu’un sol impraticable en temps de pluie. Les moindres charrois y défoncent les chemins. Les couches imperméables, lorsqu’elles sont à la surface même ou près de la surface, déterminent la formation des marais. Quand elles paraissent parmi les tranches déchirées des terrains stratifiés, elles marquent les lignes des suintements et des fontaines. En effet, elles arrêtent l’infiltration des eaux souterraines, et forcent ces eaux à ruisseler à leur surface comme sur un radier. .
La plasticité des argiles et leur ramollissement à l’eau impriment aux pays composés de semblable roche des formes essentiellement douces et rondes. L’action météorique en émousse aisément toutes les aspérités. Les plaines argileuses ont leur surface recouverte de petits mamelons adoucis, qui marquent les points de résistance. Les vallées sont des sillons larges, évasés, à formes molles, qui se rattachent au plateau avec tant d’insensibilité qu’il est presque impossible de dire en quel endroit le vallon finit.
C’est aussi dans les pays argileux qu’on observe les glissements de couches les unes sur les autres, les terrains éboulants, et les divers phénomènes qui dépendent de la plasticité du sol. Les terres fortes sont, comme on sait, favorables aux céréales. Cependant il faut se garder de croire que l’argile pure constitue un sol fertile. Il faut encore ici l’addition d’éléments variés. A cet égard les marnes sont souvent utiles, en nous fournissant de la chaux. Mais avec les mélanges convenables, les terres fortes, qui entretiennent la fraîcheur du sol, sont éminemment fertiles.
Daus l’état de nature, si les terrains sablonneux donnent lieu aux déserts, les formations argileuses fournissent les steppes. On désigne sous ce nom de grandes étendues incultes, à peu
DE LA NATURE DU SOL
près nues, parsemées de flaques d’eau. Autour de ces flaques ou au milieu d’elles croissent des plantes aquatiques, des cypéracées, des joncs. Des chénopodiées s’y mêlent souvent, surtout quand les eaux de ces marécages sont salines. De ces colonies d’halophytes sortent des myriades d’insectes, qui voltigent en essaims serrés, et qui appartiennent principalement à la famille des tipules.
Dans l’état de culture, les terrains argileux sont généralement livrés au labourage. La Hesbayc peut servir d’exemple. Ce sont des contrées où la population est serrée, essentiellement agricole, s’adonnant d’ailleurs beaucoup plus aux céréales qu’aux pâturages. Des maisons de briques, plus rarement de torchis, annoncent la rareté de la pierre et font connaître à la première vue la nature du terrain.