‹ Histoire du SonderbundChapitre 11 sur 20 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

de TEulrope ; ils préparent dans celle oasis révelutionnaire les éléments de nouvelles perturbations. Ils veulent une Helvétie une et indivisible au service d'une Pologne, d'une Italie, d'une France, d'une Allemagne, d'une Hongrie aussi une, aussi indivisible qu'elle et formant ensemble l'harmonie mazzinienne des peuples, la grande République européenne.

Aujourd'hui tous lés Radicaux du monde protègent la Suisse, demain ils seront protégés par elle. Cette assurance mutuelle dans le crime social offrait aux Radicaux une chance inespérée de succès. Leurs obligés, leurs complices de la veille les encourageaient par leur exemple. Ils les suivaient, ils les devançaient dans la voie des spoliations et des meurtres. L'impunité n'était plus seulement acquise aux forfaits, ejle devenait un droit, une consécration. Les clubs dont, selon l'expression de sir Strafford-Canning, les magistrats radicaux ne sont que le bras exécutif, les clubs , qui alimentaient, qui fêtaient, qui couvraient de leurs caresses les troupeaux de réfugiés , se mirent à leur donner un avantgoût des persécutions contre les hommes fidèles aux principes de morale et d'équité. Les réfugiés, chassés de leur fmys par l'indignation du peuple, ne pouvaient plus violer e domicile des citoyens , ruiner TEtat en même temps que les familles, confisquer les libertés au nom d'un chimérique unilarisme, appeler au gouvernement les échappés de tous les mauvais lieux et tarir du même coup les sources de la fortune publique et dé la fortune privée. Le désordre ne leur était permis qu'en idée; les Radicaux suisses voulurent leur en offrir le spectacle comme pour tenir en haleine ces embrigadements d'ouvriers de désordre.

A la chute du Sonderbund, le club de l'Ours et la Diète avaient résolu d'être impitoyables. Il fallait faire passer le niveau radical sur les cantons primitifs où la liberté civile et la liberté religieuse n'ont jamais été un mot vide de sens. La révolution se mit à l'œuvre avec une de ces fiévreuses impatiences que la société ébranlée maudit chaque jour.

Les sept cantons catholiques avaient capitulé , les uns sans résistance, les autres après quelques combats partiels. Ces capitulations furent méconnues. La force imposa partout des gouvernements provisoires. Ces gouvernements se recrutèrent de tous les corps francs qui avaient été battus et qui brûlaient de faire expier à leurs vainqueurs une dé- •faite méritée. Cette défaite n'avait entraîné pour^eux ni

confiscation des biens , ni sévices , ni tortures , ni exécotions capitales. Le peuple les avait abandonnés à leur honte; ils condamnèrent ce peuple à payer sa mansuétude par la perte de tous ses droits. Les corps francs allaient régner; ils commencèrent par s*atkibuer les primes d'encouragement qu'ils se devaient à eux-mêmes. On en avait vu un grand nombre ni^ sous le coup de la loi leur participation à ces envahissements sai^vages; d'autres s'étaient faits les délateurs de leurs complices : ils «e réconcilièrent tous dans un premier épanchement de félicité radicale. Ils s'escomptèrent mutuellement leurs services démagogiques, et en ajournant leur vengeance, ils vinrent à Fribourg brûler dans un autoda-fé les dénonciations qu'ils s'étaient permises les uns contre les autres , pour la plus grande gloire de la fraternité.

Au moment de lever 1 étendard de la révolte contre le droit, la Diète des douze cantons annonçait, le 4 novembre 1847 , dans une proclamation à son armée : ^ Les ennemis de la patrie cherchent à faire accroire que c'est pour anéantir la souveraineté cantonale des Etats de l'Alliance séparée que vous êtres appelés à marcher , que c'est pour détruire leur liberté politique et religieuse , les asserVir au joug des majorités tyranniques, renverser les institutions fédérales, constitua un gouvernement unitaire sur leurs ruines et saper les bases de l'ordre social Ce sont là d'o* dieuses calomnies. „

Cette même Diète s'adressant aux Catholiques du Sonderbund, le 30 octobre, leur disait :

" Vous craignez un danger pour les droits et les libertés que vous avez hérités de vos pères , pour votre position future dans la Confédération, pour votre foi, votre religion. Mais nous vous donnons l'assurance solennelle que toute intention de porter atteinte à ces biens les plus précieux est fort éloignée de nous. Comment l'autorité fédérale pourrait-elle nourrir le dessein d'exercer une injustice envers des Confédérés, une injustice envers des co-Etats qui pour la plupart appartiennent aux pks anciens membres de notre AlUance I — La Diète fédérale ne veut point l'oppression des Confédérés, point l'anéantissement des souverainetés cantonales , point le renversement violent des institutions fédérales, point de gouvernement unitaire, point de violation de vosi droits et de vos libertés, point de danger pour votre religion, j^ •

En signant ces aetes officiels, la Dièle des douze mentait à son armée, elle mentait à ses généraux, elle mentait à la Suisse, elle mentait à l'Europe, car toutes les pensées criminelles qu'on lui imputait alors , toutes ces pensées qu'elle taxe d'odieuses calomnies sont devenues de tristes, d'éclatantes vérités. Les faits sont là pour le démontrer.

Le premier soin des généraux et des commissaires de la Diète fut de dissoudre ou de laissa proscrire les gouvernements réguliers que chaque canton s'était volontairement, librement donnés. On les remplaçait par des gouvernements de réfugiés 9 ou, lorsqu'on voulait prêter à ces pouvoirs démagogiques une apparence de sanction populaire, on décrétait un simulacre d'élection, puis on taisait voter en présence des baïonnettes étrangères , ayant le droit de veto. Ces gouvernements étaient le produit de la force brutale; la force brutale eut seule la puissance de les maintenir. Les cantons fidèles étaient en proie à l'occupation militaire. Cette occupation dura quatre mois, jusqu'au jour où, après avoir désarmé complètement les Catholiques , on crut que l'usurpation radicale s'affermirait sur ssl base.

Uri, Sehwytz, Lucerne, Unterwald, Fribourg, Zug et le Vallais s'étaient voté des Constitutions libérales et démocratiques. Ces Constitutions furent frappées de nullité par le club de l'Ours, qui en imposa de nouvelles. Ils les manufactura dans ses ateliers communistes. Le peuple exerçait sa souveraineté dans ses lansgemeindes. Là , il approuvait, il blâmait, il régnait. C'était la seule, la vraie liberté populaire. Cette liberté menaçait de tourner contre le Radicalisme; Berne ordonne de la supprimer. Elle s'anéantit sous le despotisme des corps francs. Dans quelques can-r tons il faut, comme à Fribourg, obtenir un certificat de civisme socialiste , afin d'exercer son droit électoral. On y craint la voix du peuple qui veut ses anciens magistrats. Des décrets, hérissés d'entraves, limitent le nombre des électeurs et des élus. Les corps francs désirent s'éterniser aux affaires; ils ,se proclament pour neuf ans membres du gouvernement; ils déclarent que cette disposition est immuable. Un édit en prépare une nouvelle qui w le sera pas moins. Le peuple a des retours de justice; on doit les lui épargner. Un ostracisme de dix ans prive donc de leurs droits de citoyens tous les membres de l'ancien gouvernement, tous ceux qui pourraient devenir les magM^rats de

la confiance du peuple. Cette liste d'exclusion reste toujours ouverte afin d'inscrire sur ses tablettes la génération qui grandit.

Berne a rédigé ces Constitutions; elle promet de les appuyer. Ses troupes et celles de la Diète sont mises à la dis- Eosition des Radicaux, ses subordonnés. Uri, Schwytz et hterwald n'avaient pas dans leur sein des traîtres ou des mercenaires à la solde d'une Société secrète. Ils laissèrent passer sur leurs têtes la première tourmente; mais dès que ces Etats se virent délivrés des troupes d'occupation , ils répudièrent toutes les félicités que Ochsenbein et le club de rOurs avaient décrétées pour eux. Us revinrent à leurs vieilles Constitutions, à leurs landsgemeindes, à leurs magistrats anciens.

Après avoir été ruinés en impôts de guerre, ils ne con-

sentirent pas à demeurer esclaves dans l'opprobre du Radicalisme. Ils avaient secoué le joug; Berne laissa ces trois cantons réparer leurs calamités. Il n'en fut pas ainsi pour

Lucerne, Zug, Fribourg et Yallais.

Les Sociétés secrètes avaient enfanté les corps francs dans les ténèbres; les corps francs s'installaient au pouvoir. La Jeune Suisse de Mazzini releva la tête. Elle organisa ses clubs et ses moyens de despotisme. S6us le nom d'association patriotique, elle enveloppa l'Helvétie dans un vaste réseau de corruption et de misère* Chaque district, chaque ville, chaque bourgade fut doté d'un comité. Les comités formés d'après le plan de Mazzini eurent ordre de se mettre en rapports quotidiens avec les clubs centraux qui correspondaient eux-mêmes avec le club directeur de Berne. Les membres de ces dubs se trouvèrent seuls et de droit aptes à tous les emplois publics; seuls, ils furent armés; seuls, ils composèrent la garde prétorienne des Gessler bernois. Le dévouement des troupes cantonales était suspect; on prolongea l'occupation militaire jusqu'au moment où ces corps mmcs d'une nouvelle espèce furent organisés.

Afin de perpétuer leur domination, les radicaux de Lucerne, de Fribourg et du Yallais recrutaient des janissaires prêts à obéir à tout signe qui pouvait se traduire en exactions. Us étaient soutenus par les forces dont Berne avait le commandement suprême; ils se mirent sans crainte à travailler à la décomposition morale.

Dans cette tyrannie qui se prive de l'échafiiud parce que

te sansf versé serait une semence de chrétiens et de soldats, rien n a été épargné pour dégrader Thomme et l'assouplir à la servitude. Le nom de la liberté est bien prononcé par-ci par-là dans les constitutions radicales comme un souvenir des vieux temps; mais les Révcdutionnaires absorbent tous les pouvoirs. Ils sont législateurs, magistrats et autorités administratives. Tout ressort d'eux, tout revient à eux. La loi n'est plus protectrice; elle se contente d'être afQictive. Le corps franc se met au-dessus d'elle. C'est lui qui l'a faite, lui qui la manipule selon ses besoins ou ses caprices du moment, lui qui la commente ,' qui l'applique, lui qui veut que toujours et partout elle donne gain de cause aux iniquités commises ou aux forfaitures en projet. En face d'une semblable liberté, le Catholique fidèle i son culte et à ses principes, devient un serf appartenant corps et biens, âme et conscience au Radical qui l'a conquis. Le Radical se proclame son maître; il l'emprisonne, le dépouille, le torture, l'exâe à volonté. Pour éterniser les douleurs de ses victimes , le Radical fait l'économie du bourreau.

Les constitutions dé Lucerne et du Yallais sont établies sur ces bases; celle de Fribourg pousse l'idéal du mépris de l'homme jusqu'au sublime.

Son article premier déclare que ^ le canton est une démocratie. „ Or, dans cette démocratie arrangée aux convenances des professeurs du Radicalisme, le peuple est tenu à l'écart de toute participation aux affaires. Il ne doit choisir aucun de ses magistrats. Au moment des élections , on imprisonne préventivement ceux qui sont soupçonnés d'une influence quelconque, ceux surtout que l'on redoute devoir acclamés par les scrutins. Les corps francs président aux élections, ils les valident eu les annulent. La terreur plane sur l'ensemble des opérations.

L'article. 3 de cette constitution dit: *La liberté individuelle est garantie, et nul ne peut être arrêté que dans les cas prévus et selon les formes prescrites. „ Cet article est positif et rassurant; néanmoins il n'existe pas à Fribourg un honnête homme qui ne soit à toute heure du jour ou de la nuit menacé dans sa tranquillité par le premier venu, pour peu que ce premier venu soit un affidé du Radicalisme. La garantie offerte à la liberté individuelle n'a produit à Fribourg comme ailleurs qu'une décevante illusion. Elle n'a servi qu'à créer des pnsons nouvelles et plus spacieuses.

En deux ans , on compte dans ce canton plus d'arrestations sans aucune forme, sans aucun prétexte comme sans aucun jugement, qu'on n'en compta durant les vingt précédentes années.

Selon l'art. 4, ^le domicile est inviolable,» et il ne se passe point de jour sans que le Radicalisme ne se livre à la violation du domicile des citoyens. Absents ou présents , ils doivent avoir dans la démagogie un confident de leurs pensées et de leurs affaires. Us sont probes et religieux, ils sont donc suspects; leurs papiers et leurs correspondances restent à la merci de leurs maîtres. Cette inquisition s'étend jusque sur les voyageurs; elle frappe incessamment sur le Fribourgeois; elle s'octroie droit d aubaine sur l'étranger qui n'a pas le malheur d!étre un réfugié politique.

L'art. 7 décrète : ^ Toute rigueur est inutile et tous moyens de violence sont interdits. „ L'art. 8, corroborant ce sentiment d'humanité, abolit la peine de mort Mais à Fribour^, il y a des hyènes philanthropiques qui savent supprimer u^ nom et conserver la chose. On abolit l'échafaud pour les as^ sassins, on tue en détail les honnêtes gens. Des bandes d'assorameurs enrégimentés parcourent le canton; ils se jettent sur les citoyens inoffensifs; ils les chargent de coups; ilr versent leur saïig, puis ils continuent leur expédition. Ils ont frappé, meurtri, étouffé des femmes ou des enfants. Le ^ir ils dorment et ils font bien, car la justice veille sur leur sommeil; elle les protège dans leur repos.

Selon l'art. 9^, "la liberté de la presse est garantie. „ A cet axiome fondamental de toute constitution démagogique, il n'y a qu'un léger correctif. Il est impossible, à Fribourg, de trouver un typographe assez audacieux pour braver les foudres des Radicaux. Les presses de ce canton ne sont faites que pour gémir sur le bonheur dont ils attfistent le pays. Rien ne peut s'imprimer que par ordre; la terreur plane sur tous les casiers , la terreur s'incruste au fond de toutes les écritoires. On ne trouve pas d'imprimeurs, disons mieux, cm ne rencontrerait pas un homme qui osât confier au papier encore moins à la poste les pensées dont il est obsédé. En famille même, on recule devant une franchise sans péril, car la prison ou le bannissement devient le commentaire obligé de la liberté.

Dans les Etats constitutionnels, le droit de pétition a les mêmes privilèges que la presse. A Fribourg^il iest soumis

aux mêmes entraves. L'art. 10 le garanti! et le consacre. Si un citoyen a conçu l'idée de s'adresser au gouvernement par cette voie de publicité , il est à l'instant même saisi et incarcéré comme fauteur de troubles. Par le seul fait, il se constitue en état de révolte contre la révolution, et la révolution est implacable. La loi sévit contre les pamphlets ; aux yeux du gouvernement chaque pétition se transforme en pamphlet.

Si l'on ajoutait foi à l'art. 13, la propriété serait inviolable ; mais les corps francs ont mis la confiscation indéterminée à l'ordre du jour. Les corps francs administrent la fortune des

fmrticuliers; ils en jouissent, et dans ce canton, comme dans es autres soumis au Radicalisme, personne ne peut s'avouer qu'il travaille pour ses enfants. Les décrets provoquant des arrêtés d'exécution, les édits d'amnistie corrigés par le séquestre ou par d'exorbitants imjpôts sont suspendus sur toutes les têtes. Des familles entières passent tout d'un coup de l'aisance à la plus profonde misère.

A Lucerne, ainsi qu à Fribourg, les vengeances politiques ou personnelles viennent en aide au Radicalisme. Tous ceux qu'il juge hostiles à ses vues, tous ceux dont il sait que la conscience restera inflexible, tous ceux qu'il accuse du crime d'aimer la patrie, sont d'avance condamnés à son tribunal.

Afin de stimuler la rapacité de ses aides, Ochsenbein avait,

f^our ainsi dire, accordé une prime à la spoliation. II mit à a charge des cantons catholiques les frais de guerre^ qu'il plairait aux corps francs d'indiquer. Ces corps francs pou-

^ Les frais de guerre imposés au Sonderbund furent aiftsi répartis par les spoliateurs :

Lucerue eut à .payer 2,132,000 fr.

Schwytz 246,820

Vri 96,760

Unterwald (Obwald) 90,610

Unterwald (Nidwald) 66,010

Zug 102,500

Fribourg 1,525,200

VaHais 787,200

£fi outre les évoques , les chapitres , les abbayes , les couvents , les simples ecclésiastiques ayant quelque fortune matrimoniale , Thospice même du Saint-Bernard , tout fut taxé à des sommes arbitraires, tout dut payer au delà de ses ressources. Les Radicaux supprimèrent de leur chef l'abbaye de Saiot-Urbain et le couvent de Ratnausen , dont Us richesses tentaient la cupidité communiste.

voient choisir les pei^onnes sur lesquelles devaient retomber le Doids de leur vengeance pécuniaire, et le décret du 20 mai 1848 établit la solidarité entre les imposés. Ce décret, qui porte jusqu'à Tinfini la minutie des détails tyranniques , essaie même de jeter la désunion parmi les victimes. Il autorise les citoyens frappés de confiscations ou d'impôts de guerre à user de recours contre les instigateurs qu'il leur plaira de désigner comme les ayant entraînés dans des actes hostiles aux Sociétés secrètes.

En Suisse, on a vu des gouvernements juger et porter là sentence sans avoir de prévenus à leur barre. On laissait au pouvoir exécutif le soin de les chercher et de leur appliquer la peine. Julien Schaller se fit pourvoyeur d'inquisition. Il choisit parmi les notables de Frihourg les six hommes qui avaient le mieux mérité de la patrie. Louis Foûrnier, le doyen Aeby, Ammann, préfet de Fribourg, Françws Weds, président du tribunal d'appel, Vaillant, conseiller d'Etat, et Gardian , préfet d'Estavayer , eurent les premiers honneurs de cet ostracisme. Plus de deux cents citoyens le partagèrent. Un décret du 20 mai 1848 notifia cet inconvenable abus de la violence. On y lisait:

Art. 1®^ Il est prononcé une amnistie pour tous les crimes et délits politiques commis jusqu'à ce jour, sous les réserves et conditions exprimées dans les articles suivants.

Art. 2. Une contribution de seize cent mille francs est imposée à titre d'indemnité, pour frais de guerre et d'occupation , aux principaux auteurs et fauteurs de l'Alliance séparée et de la résistance armée envers la Confédération, aux individus et personnes morales qui, volontairement et librement, ont travaillé et concouru, dune manière directe ou indirecte, à soutenir le Sonderbund.

Ce décret, dont les interminables articles forment tout un code de procédure à l'usage des prescripteurs , se termine par quelques phrases de sentimentalité révolutionnaire. Julien Schaller et le docteur Berchtold s'adressent à leurs chers concitoyens et ils leur disent: ^Ce n'est point sans éprouver une immense douleur que nous mettons aujourd'hui à exécution le présent décret; car nous le déclarons encore une fois et hautement: nous répudions toute idée de représailles , tout sentiment de haine et de vengeance. Ce que nous cherchons, ce que nous demandons, c'est l'oubli du passé , la paix et la prospérité du pays. „

L'oubli du passé, la paix et la prospérité du pays ne vien* nent guère à la suite des spoliations. Julien Schaller et Berchtold , les deux corps francs favoris du colonel Rilliet, voulaient oublier le passé. C'eût été pour leur conscience un pénible fardeau de moins. Ils se sont bien gardés de le faire, ^t dans leur soif de pillage et de ruine, ils auraient dû se souvenir des paroles que le colonel Rilliet leur adresse: ^ Ce n'est pas par des proscriptions législatives, dit le commandant militaire de Fribourg^,par des jugements sans débats, par des listes arbitraires de condamnés, que Ton fonde l'avenir d'un peuple, et c'est faire une cruelle injure à la démocratie que de lier son avènement au pouvoir à de$ spoliations individuelles, système dont la conséquence sera de mettre le gouvernement entre les mains des plus misérables, puisque ceux-là seulement qui n'auront rien à risquer pourront en courir la chance. „ #

Schaller savait cela aussi bien que le colonel Rilliet de Constant; mais cet homme, qui demande vingt années seulement pour corrompre les habitants de Fribourg jusqu'à la moelle , et se venger ainsi de la honte qu'il répand sur sa patrie, s'inquiétait peu d'une pareille leçon. 11 fallait des victimes à son inextinguible soif de vengeance; il en prit partout où il en rencontra. Il s'adressait aux familles puissantes du canton; il ne dédaigna pas de tomber sur la probité ignorée du plus obscur soldat.

Ce que Schaller faisait à Fribourg, Steiger et Barman l'imitaient à Lucerne et dans le Yallais. Les soldats avaient voulu défendre jusqu'à la mort les gouvernements de leur choix et de celui du peuple. On les avait vus après la capitulation briser leurs armes en pleurant, et s'écrier que l'ooprobre était maintenant le seul héritage de leur patrie. On ne pouvait pas rançonne^r ces dévouements qui pour toute ' fortune n'avaient que leur courage et leur conscience; on tenta de les humilier. On les appela sous le drapeau du Racalisme, on leur donna pour chefs les corps francs qu'ils avaient vaincus; on les contraignit à obéir à des pouvoirs usurpés, on les accabla d'outrages. Ceux doiH la résistance fut plus forte que ces tortures morales se virent condamnés aux galères. A l'heure qu'il est, on en voit encore qui frémissent sous la chaîne et sous le bâton d'un corps franc.

. } Fribourg, VaiUêis et la première division, p. 57.

Les prisons radicales sont pleines de ces soldats, généreux confesseurs, qui préférèrent la livrée du bagne aux louanges d'Ochsenbein.

En parlant des braves qui eurent l'honneur de vaincre les corps francs, Schaller avait dit le 19 juillet dans l'orgie des carabiniers fédéraux à Fribourg: ^ Ceux-là sont bien connus; avec eux point de trêve, point de relâche. Il faut qu'ils soient terrassés, il faut qu'ils disparaissent. A un mal radical, il faut des remèdes radicaux. Il faut les expulser, en finir avec eux. S'ils s'approchent, il faut les repousser; s'ils se lèvent, les abattre; s'ils s'abaissent, les écraser comme on écrase le serpent. Le gouvernement ne faiblira point à l'œuvre. Il compte sur ses employés , et en particulier sur la société des carabiniers. „

Jusqu'à ce jour la spoliation ne s'était adressée qu'aux châteaux; elle avait fait grâce de son oubli aux chaumières. Schaller, qui le 20 mai 1848 ^ répudie toute idée de représailles , tout sentiment de haine et de vengeance „ , et qui, le 19 juillet de la même année, fait entendre le cri de chacal que nous venons de reproduire, Schaller étend sur tous son système de persécutions. Il veut comme Steiger que tous souffrent dans leurs biens, dans leur liberté, dans leur conscience; tous ne sont-ils pas coupables de probité, d'honneur et de foi? Tous ne le méprisent-ils pas, ne l'abhorrentils pas? On jette sur les communes rurales les hommes les plus impurs ou les plus dégradés. On leur accorde tous les droits, ils usent de toute espèce de violences. On frappe des impôts extraordinaires sur ces paisibles populations ; on les ruine après avoir tenté de les déshonorer. Dans la Suisse catholique, il n'y eut pas une famille qui ne pût sur les débris de son bonheur répéter avec Jérémie: ''Notre héritage a passé à ceux d'un autre pays, et nos maisons à des étrangers. Nous sommes devenus comme des orphelins qui n'ont S lus de père. Nos mères sont comme des femmes veuves, [ous avons acheté à prix d'argent l'eau que nous avons bue. On nous a entraînés, les chaînes au cou, sans donner aucun repos à ceux qui étaient fatigués. Des esclaves nous ont dominés, sans qu'il se trouvât personne pour nous racheter d'entre leurs mains. Nous allions chercher du pain dans le désert au travers de^ épées nues et au péril de notre vie. II n'y a plus de vieillards dans les assemblées de Ju^es, ni de jeunes hommes dans les concerts de musique. La joie de

noire cœur est .éteinte , nos concerts sont changés en lamentations. „

Ce système inquisitorial est poussé jusqu'à ses dernières limites. On espère que le peuple, qui n'est pas habitué à la servitude, se lassera un jour de souffrir. Ce jour, le Radicalisme l'attend avec impatience pour écraser sous les bataillons de Berne une révolte légitime , mais partielle. Le clergé seul comprime par la prière et par l'exemple ces colères prêtes à déborder. L'occupation étrangère est le seul appui des dominateurs de Fribourg. Schaller le sait si bien qu il appelle les troupes bernoises, même lorsque le pays ne murmure pas dans l'esclavage. Pour montrer que les Sociétés seerètes sont à ses ordres et qu'il en peut disposer à volonté, on le voit le 24 mars 1848 ouvrir les frontières de son pays aux Bernois et aux Vaudois.

Ce fut un nouveau pillage et de nouvelles vexations; maïs Schaller avait donné une idée de sa puissance, Schaller régnait par la terreur. Ces occupations jadis si souvent, si éloquemment flétries par le Libéralisme , se renouvelèrent trois fois. A trois reprises différentes, le canton de Fribourg fut livré à ses radicaux indigènes, dont les Communistes de Berne et de Yaud stimulaient les instincts de brutalité.

£n novembre 1848, Barman et ses associés de la Jeune Suisse ont besoin, comme Schaller, de faire à leur manière le bonheur du Haut-Yallais. Ce peuple méprise avec une désolante unanimité les hommes qui escaladent le pouvoir à l'aide des baïonnettes radicales. Il a horreur de l'insurrecti(fli triomphante, de l'insurrection régnant par le despotisme. Le Haut-Yallais est militairement envahi. Berne menace le canton dlJri du même sort, si les papiers du Sonderbund ne sont pas livrés par cet Etat au club de l'Ours. Ces documents, confiés à l'honneur, doivent contenir des pièces accusatrices contre les chefs du Sonderbund. Le club de l'Ours annonce des révélations de la plus haute importance. Il arrache au canton d'Uri le dépôt de ces archives; Îuis, malgré les instances de Siegwart-Muller, de Bernard [eyeret de Fournier, il garde le silence, car publier les documents, ce serait condamner la Diète et le Radicalisme. Dans tous les cantons que les Sociétés secrètes ont entre-

Îiris de régénérer, la misère pénètre avant la régénération. I se trouve des corps francs pour administrer les finances. Ainsi qu'à Berne, à Soleure et dans le canton d'Argovie, les

caisses 'de TEtat deviennent bientôt un goufifre où disparaît la fortune publique , où s'engloutissent toutes les fortunes particulières. Fribourg ne connaissait pas les impôts. En quelques mois le Radicalisme lui en fît atteindre le maximum. Tout y fut matière taillâble et corvéable à merci. L'Etat

Eossédait des revenus. Les communes jouissaient de leurs iens ainsi que les paroisses. Dans chaque localité, ces biens , administrés par des hommes intègres , servaient à l'entretien du culte, à l'assistance des pauvres, au développement de l'instruction publique. Schalleç et ses corps francs absorbent tout. La philantrophie légale remplace la charité chrétienne , c'est le Radicalisme qui se charge de l'appliquer. Un révolutionnaire bien connu à Fribourg, M. Ruffieux, a publié dans le mois de janvier 1849 une pétition où se trouvent énumérés quelques griefs du peuple contre les tyrans qui le dominent. ^Ces plaintes les voici, dit M. Ruffieux nous éviterons autant que possible d'indiquer les noms propres.

^'Le cumul, le népotisme et l'esprit de coterie sont à l'ordre du jour; presque tous les emplois sont réservés pour le soi-disant Radicalisme qui, sans ses rigueurs et sans la terreur qu'il inspire, serait presque inaperçu dans le canton. Quand un gouvernement n'étend le choix de ses employés que sur un petit nombre d'individus , il sort toujours des limites de la justice, de la morale et de la saine politique : il se suicide lui-même en immolant le pays.

„ Le concours pour les places publiques est généralement éludé par l'esprit de famille et de faction: n'a-t-on pas vu jusqu'à de pauvres ouvriers rejetés des travaux publics, parce qu'ils n'appartiennent pas à une opinion que l'immense majorité ne partage pas?

„ Plusieurs de nos gouvernants qui prétendent à tort être dans la démocratie, sont d'une hauteur et d'une dureté insupportables; leurs subalternes les imitent naturellement et nos campagnards en sont presque réduits à regretter les allures de l'ancien patriciati

„ Loin de consulter les vœux du pays pour les nominations des employés publics, on a souvent agi dans un sens diamétralement opposé.

„Le gouvernement manque de confiance dans le pays; il s'entoure de troupes, souvent étrangères, et a plutôt recours

à la force qu'à la justice, et qu'aux mesures de prudence et d'humanité.

„ Le peuple aimerait voir le directeur et les employés de la police moins occupés à surveiller les opinions politiques et plus attentifs à la recherche et à la poursuite des malfaiteurs réels ; il y aurait ainsi plus de sûreté pour le public et moins d'espionnage et de terreur pour les honnêtes gens. Un pays libre suppose des opinions libres.

,, Notre peuple a ses préjugés et en grand nombre: nous sommes loin de les préconiser; mais ne pourrait-on pas les ménager davantage là où ils ne nuisent pas ? — La force seule est impuissante contre les idées.

5, Nos autorités, pour colorer les mesures violentes qu'elles prennent à notre égard, nous représentent toujours au dehors, même dans des actes officiels, comme des fanatiques; mais croyez-nous , nous sommes plutôt des mécontents et nous ne savons que trop bien pourquoi....

„Le clergé est une portion respectable de la population; or, 'on l'outrage indistinctement et sans nécessité dans les actes officiels et dans les assemblées publiques et dans un journal quasi-officiel. „

Ce qui se passe à Fribourg a son contre-coup inévitable à Lucerne et dans le Vallais. La liberté civile n'y existe même plus pouf mémoire.

Les puissances avaient déclaré en 1815 et la Suisse avait accepté qu'un nouveau traité d'alliance ne pourrait être discuté et valable que lorsque les vingt-deux Etats souverains y auraient spontanément consenti. Berne voyait accomplir son rêve de République unitaire; le club de TOurs fabrique une Constitution. Il la propose aux suffrages de ses esclaves catholiques. Cette Constitution est provisoire, transitoire comme tout ce que fait la démagogie ; mais , dans son essence ainsi que dans son but, elle brise le passé de l'Helvétie;elle est en désaccord avec les mœurs du pays, avec le caractère des habitants , et surtout avec cette idée de souveraineté cantonale qui sera toujours le dernier palladium de Findépendance des démocrates suisses. Elle rompt l'égalité entre les cantons qui nomment des représentants, non plus pour les représenter , mais pour obéir aux injonctions de Berne. Ces députés ne sont plus la conscience parlée de leurs électeurs ; ils votent selon leurs inspirations , c'est-àdire ils ont office de prendre le contrepied de tout ce que

leurs mandats veulent. La Constitution a crée deux chambres, le Conseil des Etats et le Conseil national. Le premier , espèce de sénat sans dignité, est composé de quarante-quatre membres au choix des gouvernements radicaux. Le second doit être élu par la population elle-même, qui pourrait ainsi exposer ses plaintes et faire prévaloir ses vœux. Mais ce Conseil, formé de cent onze membres, dont cinquante- huit appartiennent à cinq cantons seulement et les cinquantetrois autres aux dis-sept moins favorisés , n'a pas encore vu une fois le peuple les choisir dans la plénitude de sa liberté.

Berne a établi son monopole centralisateur sur la Suisse. L'oUgarchie du Radicalisme dirige les élections; elle obéit au cfiib de FOurs pour avoir le droit de dominer chez elle, et Berne , devenu capitale , a su s'attribuer une véritable part du lion. Â lui seul, ce canton s'est donné autant de députés qu'à dix cantons souverains au même titre que lui. Une assurance mutuelle de tyrannie exisle entre le gouvernement central et les gouvernements cantonaux. L'un règne; il administre l'enseignement, il monopolise les postes, les monnaies , les douanes, la poudre; il établit les impôts dont ses cupidités ont besoin; les autres, fiefs du Radicalisme européen, n'ont pour dédommagement que les persécutions locales et les vengeances particulières.

Cette Constitution anormale fut pour la forme soumise à la sanction du peuple. Les quatre petits cantons , Schwytz, Uri , Unterwald et Zug, la rejetèrent à de foudroyantes majorités. A Fribourg, le nouveau pacte devait étreT frappé du même anathème populaire. Le Radicalisme s'épargna cet affront. Il prétenait que Moïse, choisi par Dieu pour être le guide et le législateur des Israélites , s'était bien gardé de proposer à la sanction d'un peuple rude et imbécile les lois, salutaires dictées sur le Sinaï. Fort de cette comparaison, le Radicalisme s'imagine que les Fribourgeois , après avoir longtemps gémi sous le joug des Jésuites, sont inca-

tables de comprendre les félicités qu'il leur tient en réserve. ,e Grand-Conseil, appuyé par Schaller, se décide donc à interpréter le vœu muet des populations et à se passer de leur avis pour leur infliger la Constitution qu'elles s'apprêtaient à rejeter.

Plus loyal en apparence, le gouvernement de Lucerne se montre plus fourbe en réalité. Il ne détermine pas le mode

de votatian. Avec une élasticité vraiment radicale, on le voit arranger k son gré et en famille tous ces suffrages , divers par la forme, mais identiques dans le fond. C'était un refus, par conséquent un outrage aux affiliés des Sociétés secrètes. Elles le firent disparaître dans une acceptation légalisée par elles.

Le Vallais s'était prononcé comme Lucerne; le Vallais repousse par ses suffrages cette loi que des oppresseurs lui imposent. Les Barman ont des intérêts de famille exigeant que le Vallais ne fasse pas scission dans cette unanimité que Berne s'octroie. Le Vallais n'a pas écouté l'ordre de ses maîtres; ils soumettent à leurs complaisants du Grand-Conseil à décider si la majorité des voix doit vraiment être regardée comme la majorité. La question était épineuse. Le Gi'and-Conseil se scinde en deux fractions égales ; puis de guerre lasse, le 2 septembre 1848, on tourne la difficulté. Les avocats vallaisans sont les protecteurs patentés de ce peuple qui échappe à leur tutelle. Le peuple déclare par ses suffrages qu'il ne veut pas de la Constitution. Mais les avocats , installés au gouvernement , ont trouvé un moyen ingénieux de concilier la volonté populaire avec leurs petites ambitions. Ils font, par le Conseil d'Etat et le Grand-Conseil, donner à leurs députés en Diète les instructions contradictoires suivantes:

i^ La députation déclarera que le Valais a rejeté la Constitution fédérale;

2o Si une majorité de douze Etats représentant la majorité du peuple suisse déclare la Constitution acceptée, la députation y adhérera au nom du Valais.

Dans les mains du Radicalisme , la liberté civile et politique était devenue un de ces jouets que les enfants aiment ou brisent selon le caprice du moment. La liberté religieuse se vit en même temps opprimée et anéantie.

Une lutte, commencée en 1832, s'était prolongée jusqu'en 1847, Cette lutte, tantôt avouée, tantôt niée, s'acharnait sur la Religion catholique; elle tendait même à effacer le Christianisme. Quand la force matérielle permit à ces vœux néfastes de déborder sur l'Helvétie, la proscription ne laissa

filus aucun doute aux esprits même les plus candides. Elld rappa d'abord les Jésuites — c'est leur privilège — mais le Radicalisme avait de plus vastes projets. L'exil des Jésuite, ne suffisait plus à sa soif de démoralisation. Il fallait enve-

lopper dans la même loi de bannissement et ceux qui distribuaient Tinstruction dans les campagnes, et ceux qui, par la charité , faisaient honorer l'Eglise de Dieu. A Lucerne , à Fribourg et dans le Yallais, on confondit sous le même anathème des Sociétés secrètes les Jésuites et les Sœurs de Saint- Vincent-de-Paul, les Frères de la doctrine chrétienne et les Religieux du mont Saint-Bernard. Gardes avancées de la civilisation ou de l'humanité, tout tomba le même jour.

Ce peuple catholique se trouvait à la merci de ses ennemis, sans guide, sans consolateur au dçdans, sans espérance même au dehors. On l'abandonnait à ses douleurs physiques, à ses tortures morales; mais, dans l'union de ses prêtres, il pouvait, il devait rencontrer plus tard un élément de constance, qui à la longue saurait vaincre sa torpeur. Par une de ces fatalités qui accompagnent toujours les grands désastres, cette union fut compromise. Monseigneur Luquet, évêque d'Hesebon , arrivait en Suisse avec une mission de Rome, dont le caractère était assez mal défini par lui-même K Comme les quelques prêtres qui, avant de se consacrer au sacerdoce, se sont vus jetés dans les folles théories du Saint- Simonisme , ce prélat gardait presque à son insu une tache indélébile de ses anciennes erreurs. Avec les qualités de l'esprit et une incontestable vertu , il se laissait toujour emporter vers l'idéal; il était sans cesse prêt à sacrifier le droit à des chimères de perfectionnement, à des mirages de conciliation où l'Eglise et la foi devaient tout accorder pour conquérir un sourire méprisant de l'indifférence ou du Radicalisme. Monseigneur Luquet se présentait en médiateur. Sa médiation n'aboutit qu'à donner tort aux spoliés en honorant les spoliateurs.

Dans son numéro du 8 février 1848^ le Confédéré de Fribourg, feuille ultra-radicale, analysait en ces termes la lettre

* De Lyon , monseigneur Lnquet avail écrit à Paris. Il demandait au ministre des aifaires étrançères une lettre pour prévenir l'ambassadeur de France en Suisse de son arrivée et lui faire trouver aide et appui dans sa mission. M. Guizot crut devoir en référer à qui de droit. Il chercha à savoir si la mission de monseigneur Luquet était diplomatique, car, disait-il, Fambassadeur français à Rome m*a écrit que le Saint-Fère envoie en Suisse un ecclésiastique comme simple missionnaire , afin de réconcilier les esprits. C'était la vérité , et le Pape n'avait pas eu d'autre but. Monseigneur Luquet, n'ayant aucun titre pour l'accréditer auprès du Vorort, réclama des lettres de créance qui lui furent accordées dans les limites de sa «lission primitive, en laissant à la nonciature la direction de toutes les affaires.

Îtte M. Lu(}uet venait d'adresser au Vororl : ^ Il s'exprime e la manière la plus bienveillante envers la Suisse au nom du Saint-Père, et déclare qu'appartenant à la génération actuelle et ami du progrès^ il comprend que le temps est venu où l'Eglise doit accueillir toutes les améliorations compatibles avec Tes prit de la religion, et qu'ayant lété envoyé en Suisse pour concilier les Catholiques , il recevra tous les renseignements et les demandes que les autorités voudront lui transmettre. „ Le 9 avril 1848 , en écrivant d'une manière officielle au président et aux membres de la Diète qu'il salue comme ^ des esprits éclairés , des esprits habitués aux Elus hautes considérations de la philosophie, „ Monseigneur lUquet disait :

^ Si donc parfois , et principalement dans les temps mor dernes, l'Eglise eut à lutter contre certains mouvements intellectuelles qui entraînent les peuples, on le doit à des causes pénibles, qui, nous l'espérons, deviendront désormais de plus en plus rares, qui finiront, Dieu le veuille! par complètement disparaître.

„Ces causes, en effet, sont venues de malentendus bien souvent, de passions, de violences et d'obstinations partie culières, qui d'un seul bond entraînèrent les esprits au delà des justes bornes. Elles venaient surtout d'intérêts divers, d'intérêts trop souvent humains, si l'on veut, mais que les uns défendaient comme un droit , que d'autres attaquaient comme une usurpation abusive. En un mot, c'était une société ancienne qui s'écroulait pour faire place à celle qui

se constitue aujourd'hui

„ Soyez-en bien convaincus, Messieurs, certaine comme elle l'est de la perpétuité de ses destinées , l'Eglise ne rattache exclusivement ses espérances à aucune institution humaine. Elle a longtemps accepté avec reconnaissance les bienfaits des puissances de la terre; elle le fait encore là où cet appui passager lui reste. Elle ne se refusera pas davantage, quand le moment en sera venu, à reconnaître le grand principe de séparation complète entre elle et les États. Elle n'hésitera point, si les circonstances l'y portent, à inscrire elle-même sur sa bannière cette expression éminente et suprême de tolérance et de liberté. „

Dans la bouche d'un évoque, envoyé du Saint-Siège, de pareilles flatteries adressées à Ochsenbein et à son peuple de corps francs y de semblables maximes prôchées en face

de bourreaux athées , sans même avoir un regret ou une consolation à offrir aux martyrs catholiques , produisirent

fiartout une impression déplorable. L'épiscopat français s'aarma de ces doctrines; mais en Suisse elles eurent un long retentissement. Le Radicalisme persécutait le clergé; il dépouillait l'Eglise; il faisait passer son niveau de dépravation sur l'aristocratie de moralité et de foi; il enseignait le mal; il légalisait le désordre; il portait la perturbation jusqu'au fond des consciences, et un prêtre venait, au nom du vicaire de Jésus-Christ, sanctionner toutes ces monstruosités. Les Suisses qui pleuraient sur les ruines de la patrie n'étaient rien pour ce prêtre. Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés , avait dit le Sauveur. L'évêque d'Hesebon tenait un autre langage. Au lieu de jeter un peu de baume chrétien sur mille plaies saignantes, on le voyait fraterniser avec les tortionnaires radicaux. 11 se laissait fêter par Julien Schaller surnommé l'Apostat; il en recevait un mémoire où l'Eglise catholique et toutes ses institutions étaient flétries. Cette mission avait commencé sous de tristes auspices^ elle eut des conséquences funestes. Elle enhardit les persécuteurs en leur offrant presque l'assentiment de Rome; elle découragea les Catholiques en leur faisant douter même de l'affection paflernelle du Saint-Siège.

Le 25 septembre 1848, Schaller écrivait à l'évêque de Lausanne et Genève: **Ne croyez pas que la justice, qui s'exercera, vous vaille la palme des martyrs. „ Ce prélat connaissait assez les Radicaux suisses pour savoir qu'ils ne faisaient mourir qu'en détail. Dans le principe, ils avaient voulu le crucifier par leurs ovations. On les avait vus lui prodiguer comme à Pie IX ces respects hypocrites ,' ces témoignages de tendresse qui éblouirent le Pape. Monseigneur Marilley ne se laissa point prendre à de semblables manifestations. Il sentait quil était évêque pour les Catholiques; il ne voulut jouir que du droit de souffrir avec eux et pour eux. Il repoussa toutes ces fêtes qu'on lui préparait sur les mines de l'Eglise. Il n'avait pas voulu être la dupe du Radicalisme , il en sera la victime.

Les corps francs s'étaient emparés des propriétés ecclésiastiques; ils détruisaient les couvents, ils dépouillaient les religieijtses; on en vint bientôt à l'immolation du clergé séculier. Les prêtres, les curés furent dévolus aux haines radicales. ALucerne, à Fribourg et dans le-VaUais on les

emprisonna, on les bannit sous l'accusation qualifiée de vertu, de talent ou de charité. Ils vénéraient Tautorilé du Saint-Siège, elle ne fut plus pour le Radicalisme ''qu'une puissance exotique non reconnue par le gouvernement.,, Schaller avait honcjré dl sa fraternité monseigneur l'évêque d'Hesebon; il s'estima assez hétérodoxe pour se déclarer le pape de l'Eglise de Fribourg. On' le vit s'adjuger la nomination à toutes les fonctions curîales. Il fut interdit à tout prêtre étranger d'exercer le ministère ecclésiastique sans . l'autorisation de Schaller; il fallut son celebret pour dire la messe. Dans la pratique, cette loi faite pour les étrang^ers s'appliqua bientôt aux prêtres indigènes. L'évêque croit de son devoir de protester; l'évêque est saisi pendant la nuit, traîné dans un cachot hors du territoire fribourgeois, livré aux satellites de Druey, puis enfin après toute une odyssée de misère et de prison, monseigneur Marilley entend les députés du Protestantisme, ou plutôt de Findifi'érentisme, le déclarer privé de ses droits de père et d'évêque.

Le clergé et le peuple se montrent dignes de l'exemple que leur offre le premier pasteur. On n'avait pu les dompter, on se flatta de les anéantir. Les prêtres les plus respectables sont mis hors la loi comme le culte. A Lucerne, à Fribourg, dans le Yallais , on confisque toutes les fondations pieuses. Les caisses de providence, destinées à fournir un morceau de pain à la vieillesse des curés, sont séquestrées. On les a privés du nécessaire; on va déchirer leurs cœurs en les arrachant au troupeau dont la garde est confiée à leur vigilance.

Tout se fait au nom de la liberté et pour la liberté, comme en vertu du décret d'amnistie. Mais le Radicalisme , devenu l'Etat , forge des lois pour infiltrer le poison de ses immoralités au cœur de l'enfance. Il veut enseigner, il s'attribue le devoir de propager et de favoriser l'instruction publique. Ce devoir sera pour lui un droit; il déclare que son enseignement est gratuit et obligatoire. Il fait la conscription en masse de la jeunesse, et par l'article 57 de sa loi, il arrête : ''L'officier chargé des registres de l'état. civil transmet chaque année au conseil communal respectif l'état des enfants des deux ^exes astreints par leur âge à la fréquentation des écoles.,,

La liberté force les pères de famille , qui ne veulent pas voir leurs enfants se corrompre dès l'âge le plus tendre, à confier leur éducation.à des Justes du prolétariat-voleur ou

à des femmes perdues. La liberté ne laisse à aucune mère le soin d'élever sa fille. Celte fille est condamnée, de par la loi radicale, à grandir dans l'atmosphère de dégradation humaine au milieu de laquelle la liberté lui ordonne de vivre. Il faut subir les impurs stigmates (fts professeurs de l'athéisme , les leçons obscènes des viragos de club , ou se laisser appliquer indéfiniment l'article 67 ainsi conçu: ''Les parents et tuteurs envers lesquels toutes exhortations ou (punitions demeurent infructueuses , sont dénoncés par les •autorités locales au tribunal d'arrondissenrent, qui les condamne, suivant la gravité du cas et les circonstances, à une amende de douze à quarante francs ou à l'emprisonnement ^correspondant. „

Le mépris de la dignité humaine ne fut jamais poussé plus loin. Jamais il ne s'était encore trouvé d'hommes assez audacieux pour river à la chaîne d'une précoce démoralisation tout un peuple qu'on ruine, qu'on emprisonne ou qui doit se laisser abrutir depuis la vieillesse jusqu'à l'enfance. Ce miracle de perversité communiste n'a d'égal peut-être que le concordat du 15 aoOt 1848. Ce concordat, passé au nom des Catholiques de Fribourg par les gouvernants antichrétiens de Berne, de Genève, de Vaud et de Neuchàtel, stipule à chaque page l'asservissement du pasteur et du troupeau. Ces quatre cantons, issus du Protestantisme, que les Catholiques eurent le tort de ne pas étouffer à son origine, selon le conseil de Jean- Jacques Rousseau^, ces quatre cantons,

S race à leurs gouvernements, n'appartiennent à aucun culte. s ne professent aucune religion; ils les combattent toutes par l'exemple, par la parole et par la tyrannie; mais réunis au Radicalisme fribourgeois, ils déclarent qu'ils agissent •'sur le point de vtie de l'intérêt public et de celui de la religion catholique. „

Il est interdit à l'évêque comme aux fidèles d'élever la voix pour faire entendre une plainte. Cependant monseigneur Marilley ne consent point à se résigner aux outrages dont Schaller et les corps francs abreuvent ce peuple. Une ombrageuse tyrannie pèse sur Fribourg. Cette tyrannie est un stimulant pour tous les Radicaux; le 22 octobre 1848, l'é-

* Oq lit dans les Œuvres de J.^J. Rousseau, t xiv, p. 118 (édition de 1792) : " Je conviens sans détour qu'à sa naissance la reli- , gion réformée n'avait pas droit de s'établir en France m algré le lois. „

Têqnç la flagelle avec Fautorité de sa vertu et de la justice. " Nous reconnaissons avec vous, messieurs, écrit-il au président et aux membres du Cortseil d'Etat, qu'il y a une trèsgrande irritation dans le canton de Fribourg, et nous en sommes profondément affligé. Qu'il nous soit permis à cet égard de vous faire entendre encore une fois le langage de la vérité en vous signalant les vraies causes de cette irritation et en vous déclarant qu'elle est la conséquence des mesures législatives ou administratives que vous ave^r adoptées.

„ Après les commotions violentes dont ce canton a été le théâtre, commotions dont l'histoire appréciera les causes réelles, la tâche du gouvernement était difficile; tout le monde en convient. Mais ces difficultés n'étaient pas insurmontables; nos malheurs pouvaient être réparés avec l'aide de Dieu, le temps et le concours d'un peuple bon et généreux comme le peuple fribourgeois. 11 fallait donc, pour arriver au but désiré , ne pas froisser inutilement ce peuple par des mesures qu'il nous paraît impossible de concilier avec les vraies notions de la religion catholique, de la justice et de la liberté bien entendue.

„Qr, vous ne pouvez pas l'ignorer, Messieurs, le peuple fribourgeois a été froissé profondément par vos actes. Nous laissons à d'autres le soin de vous dire comment vous l'avez froissé sous le point de vue civil et matériel par la manière dont le gouvernement provisoire, à la formation duquel une minime fraction de citoyens a concouru, s'est imposé à tout le canton contrairement aux principes de la démocratie qu'il proclamait; par les mesures qui ont gêné le libre et consciencieux exercice du droit électoral à l'époqtte des élections pour le Grand-Conseil , sous l'empire et en présjence des troupes fédérales ; par le refus de soumettre à la votation du peuple (dont cependant vous aviez reconnu le droit de souveraineté), la constitution cantonale et le nouveau pacte fédéral; par le décret qui, sous le titre spécieux de décret d'amnistie, révolte en ce moment l'Europe entière.

„Mais, s'il ne nous convient pas de nous arrêter aux causes de l'irritation du peuple sous le point de vue civil et matériel , nous devons vous signaler aussi brièvement que possible ce qui a froissé et alarmé les Catholiques, c'est-àdire la presque totalité de la population de ce canton , sous le rapport des sentiments et des intérêts religieux.

9 Vous avez froissé et alarmé la population catholique, et en même temps méconnu la constitution, les droits et les lois de TEfflise catholique, d'abord par les décrets de suppression de tous nos établissements religieux et par la réunion de leurs biens au domaine de l'Etat.

^Vous l'avez froissée et alarmée par la destitution et l'expulsion illégale de plusieurs curés, sans jugement préalable, sans avoir entendu les accusés, sans tenir compte des réclamations de l'immense majorité de leurs paroissiens qui ont protesté contre les accusations calomnieuses dont leurs pasteurs étaient victimes.

„Vous l'avez froissée et alarmée par la mise sous administration civile (contrairement à la volonté formelle des pieux fondateurs ou bienfaiteurs) de tous les biens ecclésiastiques , de toutes les fondations de piété ou de charité, et cela , malgré l'offre que nous vous avions faite de régler cette administration au moyen d'une entente amiable entre les deux autorités.

^ Vous l'avez froissée et alarmée , en permettant que le clergé catholique fût impunément calomnié, outragé dans les journaux, dans les réunions publiques, dans vos proclamations, dans les considérants de vos décrets et dans presque tous les débats de l'assemblée législative.

„Vous l'avez froissée et alarmée, en autorisant la profanation des jours consacrés au service de Dieu, par les nouvelles lois sur la danse et la fréquentation des auberges.

„Vous l'avez froissée et alarmée, en ne bornant pas l'exercice du droit de souveraineté de l'Etat aux matières civiles, mais en prétendant l'étendre aux matières re%tetise« et ecclésictsHques; prétention qui, vous ne devriez pas l'ignorer, Messieurs, a été souvent condamnée par l^glise, et toujours repoussée avec horreur par le Saint-Siège apostolique, dont le jugement pour la discipline ecclésiastique comme pour les questions dogmatiques et morales, doit être la règle de tous les Catholiques dignes de ce nom, à plus forte raison des évéques et des prêtres.

„Vous avez froissé et alarmé la population catholique, en bouleversant les rapports établis entre l'Eglise et l'État dans ce canton , par l'insertion dans la Constitution de plusieurs articles à la rédaction desquels l'autorité ecclésiastique n'a eu aucune part; articles par conséquent auxquels le clergé catholique ne peut se soumettre qu'après un accord

préalable avec le Saînt-Siége. L''article 2 en particulier ne garantit l'exercice de la religion catholique que dans les limites de Fordre public et des lois, ce qui permettrait aux agents de la police , ou bien à une majorité dans le Granddonseil, suivant la nature de leurs dispositions religieuses, de mutiler d'abord, puis de proscrire tout à fait l'exercice du culte catholique. Si vous trouviez ces craintes exagérées, il nous suffirait pour les justifier de rappeler ici ce qui s'est passé au seizième siècle en Angleterre , en Allemagne et dans plusieurs cantons de la Suisse, autrefois catholiques, aujourd'hui protestants.

„ Vous avez froissé et alarmé la population catholique, en faisant intervenir dans ses affaires religieuses cantonales les gouvernements des Etats de Berne, Neuchâtel, Vaud et Genève, qui n'avaient aucune mission pour s'en occuper. Nos relations d'ailleurs avec ces gouvernements pour les intérêts religieux des catholiques qui leur sont soumis n'avaient pas cessé , comme elles ne cesseront pas , nous l'espérons , d'être pleines de bieuveillance et de confiance réciproque. Dans cette circonstance, disons-nous, vous avez froissé la population catholique, non-seulement en appelant à Fribourg des délégués laïques des autres cantons du diocèse pour s'occuper de nos intérêts religieux, mais encore et surtout en proposant à ces délégués comme base des rapports entre l'Eglise et l'Etat des principes inouïs dans l'histoire ecclésiastique avant la prétendue réforme du XVI® siècle; des principes dont plusieurs sont diamétralement opposés à la constitution de 1 Eglise, aux décisions des conçues, aux premières notions delà liberté religieuse garantie par le pacte fédéral comme par le droit naturel; principes qui n'ont été invoqués et défendus que par des gouvernements hostiles à l'Eglise oatholique comme celui de Joseph II; principes enfin contre lesquels, après une douloureuse expérience, l'Allemagne entière se lève aujourd'hui en les flétrissant comme contraires à la liberté religieuse et civile.

^ Vous avez froissé et alarmé la population catholique par les instructions données aux députés fribourgeois à la dernière Diète. La députation était chargée de demander entre autres choses : '' Une plus grande centralisation en matière „ de culte ^ notamment par le droit donné à la Confédération „ de suspendre de leurs fonctions et de traduire devant les „ tribunaux tels dignitaires ecclésiastiques dont les fonctions

9 s*éteadeiit à plusieurs cantons , sans préjudice du même y, pouvoir exercé par chaque canton pour les abus commis jf dans son ressort ; V abolition de la nonciature comme telle; „ la défense d'établissement de nouveaux ordres ou sociétés -religieuses en Suisse; garantie des mariages mixtes. * (Voyez Bulletin des séances 1848, page 143, litt. FJ

,, Enfin, Messieurs, car il faut abréger ces tristes détails, vous avez froissé et alarmé la population catholique, en manifestant l'intention d'imposer au clergé de ce' canton, par l'intimidation et la violence , une soumission absolue et illimitée à tout ce qu'il a plu au Grand-Conseil d'insérer dans le texte de la constitution et des lois , sans égard pour les droits de Dieu sur ses créatures intelligentes et libres, pour ceux de l'Ëglîse sur ses ministres et ses enfants, pour ceux de la conscience sur toute âme honnête.

„ Telles sont, Messieurs, les causes réelles de l'irritation et des alarmes du peuple fribourgeois. Plus équitable envers vous que vous ne l'avez été à notre égard, nous n'avons pas incriminé vos intentions ,, car il n'appartient qu'à Dieu de les juger; nous avons laissé parler les faits présentés par une raison calme et impartiale. En pesant sans passion nos paroles, vous comprendrez combien il vous serait difficile de faire prendre le change à l'opinion publique dans ce canton. Vous signalez mal à propos le peuple fribourgeois comme ayant été conservé dans un état d ignorance y des-claoage et d abrutissement. Avec une intelligence éclairée par la foi, foyer des vraies lumières, avec un cœur droit et sincère, ce peuple connaît vos actes, il en comprend toute la portée, et il vous juge d'après cette maxime de l'Evangile : On cannait farbre à ses fruits. „

A ces accusations, dont chaque parole porte sa preuve dans un fait, le Radicalisme ne repondit que par de nouvelles injustices. Il avait amené THelvétie au point où il l'attendait. L'Hekétie était livrée à ceux qui avaient sucé le lait de la dépravation dans les lupanars des Sociétés secrètes. Les docteurs de l'athéisme les avaient enivrés de toutes les théories antisociales; ils leur avaient appris pendant dix-huit années à regarder les hommes comme des bêtes de charge qu'on conduit à la servitude par le licou de la liberté. Ils avaient étouffé dans ces cœurs , nés pour le désordre, tous les sentiments de patrie et de famille; ils leur avaient fait fouler aux pieds les droits du Peuple; ils

leur avaient enseigné qa'un jour le crime colossal devait régner sur la terre. Par la spoliation, par la guerre civile, par l*anéantissement de toutes les facultés intellectuelles et morales , ils crurent que l'aurore de ce jour était proche. Us cherchèrent à la devancer.

, On les vit , on les voit encore sous l'aile des réfugiés , leurs maîtres, étendre une main rapace sur tout Etat, sur toute famille, sur tout citoyen qui se sent au cœur un reste de dignité humaine. Le Radicalisme , enfant bâtard des Sociétés secrètes, triomphe sur des débris sanglants; il faut donc que la servitude et la douleur soient le partage de tout homme qui aime sincèrement la liberté.

La loi, la conscience publique, l'honneur privé, les devoirs , la religion du foyer domestique , la famille , le culte, tout a été attacfué; tout a été englouti dans le naufrage. Il ne reste debout sur les ruines qu'une ruine encore menaçante : c'est la souveraineté du bonnet rouge.

L'Europe qui, depuis les laborieuses années de 1848 et 1849, se débat sous tant de bouleversement; l'Europe, qui se sent encore ébranlée par les secousses des Samsons du communisme essayant d'entraîner le temple social dans leur chute, l'Europe sait maintenant sur quelles têtes il faut frapper, et sur quels fronts elle doit faire descendre un rayon d'espérance.

La Suisse a été le martyr des lâchetés de la diplomatie et des erreurs de quelques princes. Abandonnée par tous, mais vivante au fond du cercueil de son indépendance, elle peut se relever, car le sang de Guillaume Tell et de Winkelried coule toujours en ses veines. L'Europe, qui l'a perdue , lui doit une réparation. Cette réparation serait aussi profitable aux puissances qu'à la Suisse. Elle soufire du mal que tous ont contribué à faire germer dans ses vallées et sur ses montagnes. Que tous,, expiant une faute immense, viennent donc avec le prophète *, dire au Sonderbund, cette grande victime des pontifes , des rois , des gouvernements et des peuples :

^ Une double.affliction est venue fondre sur toi; qui com-

f)atira à ta douleur ? le ravage et la désolation ^ la faim et 'épée; qui te consolera? tes enfants sont tombés parterre, ils sont demeurés abattus le long des rues , comme un bœuf

* Isaïe, ch. li.

sauvage pris dans les rels; ils ont été rassassiés de Vindi gnation du Seigneur et de la vengeance de loti Dieu. Ecouti donc, maintenant, pauvre Jésuralem, enivrée de maux e non pas de vin. Voici ce que dit ton dominateur, ton Seigneur et ton Dieu, qui combattra |)our son peuple : Je van t'enlever de la main cette coupe d'assoupissement; cette coupe où tu as bu de mon indignation jusqu'à la lie, tu n'en boiras plus à l'avenir, mais je la mettrai dans la main de ceux qui t'ont humiliée, qui ont dit à Ion âme : Prosternetoi , afm que nous passions. „

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