‹ Histoire du SonderbundChapitre 12 sur 20 · FIN DU SECOND VOLUME · texte numérisé non relu

FIN DU SECOND VOLUME

AFFEHDICE.

Note à la page 22 et 23, tome pr.

" L'historien du Sonderbund, M. Crétineau-Joly, écrivain d'ailleurs si judicieux, a commis une grave erreur lorsque, dans le premier volume, pages 22 et 23, il a dit que l'organisation de la Suisse conclue au congrès de Vienne a établi un juste équilibre entre les confessions , et qu'elle devait puissamment contribuer à maintenir la paix dans ce pays. On a plus de raisons d'assurer que le congrès ne s'est nullement occupé des intérêts religieux, ou, s'il l'a fait, ce n'a été qu'au désavantage des catholiques , ce qui se démontre mathématiquement. Les protestants forment en Suisse une majorité de 1,200,000 âmes, les catholiques une minorité de 900,000. Les premiers avaient, outre la supériorité du nombre, les avantages de la richesse et de la position géographique. Les faits historiques constataient que , depuis 300 ans, ils s'étaient efforcés de faire valoir leur supériorité au préjudice des catholiques, et qu'en 1798, de même que trois siècles auparavant, ils avaient levé en Suisse l'étendard de la révolte. Ils offraient, par conséquent, moins de garanties que les catholiques cour le maintien de la paix en Suisse. Si l'on voulait donc faire de la Suisse une confédération composée d'Etats également reconnus , que devait faire une politique qui se base siir l'histoire ? Premièrement, il fallait de toute nécessité que les catholiques eussent à la Diète autant de suffrages que les protestants , afin de contre-balancer, par un équilibre de cfroit , la supériorité que ceux-ci avaient de fait; secondement, il fallait que les catholiques fussent concentrés , et rendus indépendants des protestants. Or, on ne prit aucun de ces moyens d'une nécessité indispensable, et même, quant au dernier article, non-seulement 00 n'y eut aucun égard, mais on prit des mesures positivement contraires. On partagea la Suisse en 22 Etats, dont 9 étaient catholiques, savoir: Un, Schwytz, Unterwald, Lucerne, Zug, Fribourg, Soleure, le Tessin, et le Valais, et

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10 protestants; ce sont Zurich, Berne, Glaris, Bâie, SchaflThouse^ Thurgovie, les Grisons, Yautl, Neuchfltel et Genève. Dans le canton de Saint-Gall, le nombre des catholiques l'emportait d'un cinquième sur celui des protestants ; dans FArgovie , les protestants étaient au nombre de 100,000, et les catholiques^ de 80,000. Appenzell était divisé en deux républiques, Tiine protestante, de 40,000 âmes, l'autre cathoUque, de 9,000; mais à la Diète, il n'avait qii'une voix. Si l'on compte Saint-Gall parmi les cantons catholiques, Argovie et Appenzell parmi les protestants en les rangeant parmi les confessions que proiesse la majorité, on aura douze cantons protestants et dix cantons catholiques et de part et d'autre un nombre égal de voix à la Diète.

jf II ne fallait pas une grande perspicacité pour voir que les Etats catholiques étaient inférieurs en tout, même sous le rapport confessionnel. Et cependant il eût été si facile en 1815 d'opposer à onze cantons protestants onze cantons catholiques. L'Argovie catholique, depuis qu'elle avait été enlevée à l'archiduc Sigismond, était une des sommités catholiques. Les cantons catholiques voisins étaient les protecteurs de ses couvents et les gouverneurs de son peuple. Par un coup d'autorité. Napoléon la réunit, en 1803, à TArgovie protestante, qu'il avait détachée de Berne. Qu'y avait-il de

Ïilus naturel et de plus juste que d'ériger en canton ce pays, e plus beau, le pkis riche, le plus fertile de la Suisse, qui avait ses limites naturelles et une population de 80,000 habitants ? Si les puissances alliées voulaient agrandir la Suisse conrme elles Font réellement fait en y ajoutant le Jura ou lé Porrentruy, qu'est-ce qui les empêchait de faire un canton du Porrentruy, qui compte ôO,(XX) catholiques, comme ils l'avaient fait pour Genève ? Il y a des cantons de 14,000, de 20,000 âmes (Uri et Zug); ceux qu'on aurait formés de la partie catholique de l'Argovie (Baden) et du Porrentruy, at qui auraient eu l'un 80,000 habitants, l'autre 50,000, n'auraient pas été de peu de poids dans la balance, du côté des catholiques.

9 Cependant, bien loin de le faire, le congrès divisa et morcela tellement les catholiques que leur poids ne put jamais équilibrer celui des protestants. Le congrès livra comme un butin à l'Argovie protestante , pauvre en biens d'Etat el de corporations , l'Argovie catholique , dont les couvents étaient riches de 7 millions. Il incorpora au canton dp Berne,

delà assez puissant et qui avait une population de 350,000 âmes , le Porrentruy , qui en différait de langage, de législation, de caractère et d'intérêts. Genève, ce foyer du calvinisme, dont la nature est un esprit de persécution, ne fut pas oubliée ; on en agrandit le territoire d'une partie de la Savoie, mais de manière que les catholiques ne fissent qu'une faible minorité. Telles ou pire encore furent les proportions qu'on établit pour les catholiques des Grisons , de Thur-

govie et de Glaris. A l'exception de Thurgovie, où les cathoques sont mêlés parmi les protestants, partout ailleurs le partage aurait pu être plus favorable aux catholiques, ou du moins on await pu assurer leur indépendance reUgieuse ; on n'en fit rien.

„ M. Crétineau-Joly est encore dans l'erreur [lorsqu'il pense que par le congrès de 1815 la liberté confessionnelle des catholiques a obtenu des garanties; les couvents seuls en obtinrent; mais combien furent-elles observées? On se déchargea assez adroitement de ce soin en renvoyant aux Constitutions cantonales la séparation confessionnelle que Ton demandait en 1815. Mais partout où le protestantisme est en majorité ce ne furent que des mots , ainsi que l'expérience la prouvé. Un politique prudent ne s'en tiendra jamais pour satisfait et ne se déclarera jamais rassuré. La parole des puissances mêmes n'est rien, parce que jamais elles ne s'entendront dans l'application, et elles laisseront faire la Suisse plutôt que de se désunir à son sujet, lorsque leur propre existence ne sera pas compromise. C'est pourquoi, aussi longtemps que les divisions cantonales n'établiront pas un équilibre parfait entre les cultes, il manquera toujours une condition nécessaire au maintien de la paix en Suisse. Si les puissances se croyaient appelées , ce qui n'est

Îruère possible à présent, à intervenir dans les affaires de a Suisse, et à le réorganiser en Etats souverains fédératifs, elles doivent changer les divisions territoriales de 1815 , et contre-balancer les forces confessionnelles, de manière que les catholiques , les vrais amis de l'ordre et de la paix, ne subissent plus la prépondérance des protestants , dont les principes religieux sont un ferment de révolution. Dans ce cas, elles ne doivent point prendre conseil de ceux qui n'ont que des vues bornées et qui manifestent trop leur partialité; mais il faut étudier la nature des relations et l'histoire de la Suisse depuis trois cents ans , ou même seulement depuis

la révolalion helvétique, et suivre la voie qu'elles indiqueront d'une manière non équivoque. ,,

Note àlafin du chapUre 13 y tome 2.

Nous savons que le Pape n'est pas infaillible dans ses actes administratifs; mais nous savons aussi que le Pape est le chef vénéré de la chrétienté, et nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer un profond regret, en voyant un catholique écrire des paroles amères sur un prêtre trois fois sacré, et que sa dignité, ses bienfaits et son malhenr rendent inviolable.

M. Crétineau-Joly fait le même reproche à toute l'Eglise. ^ Personne dans l'épiscopat, dit-il, n'ose retenir le Souverain- • „ Pontife sur le bord de l'abîme. Le sacerdoce abdique sa res- „ pectueuse franchise, il se tait. „ Et après cette parole, Tauteur dit à Pie IX qu'il était le Loms XVI de la papauté. U le désigne comme la copie d'un Clément XIV, et il cherche à nous le faire entrevoir comme ambitieux de popularité! Ecoutons encore. ^ Le Pontife était homme, même sous la „ tiare; homme soumis aux faibksses d'un bon cœur.„

Cependant nous le pouvons affirmer, les ovations permanentes étaient comme un poids immense qui oppressait sa grande âme, et le jour où elles cessèrent pour faire place à l'ingratitude (Pie IX l'a confié à un illustre évéquej, il sentit comme une montagne qui disparaissait de dessus son cœur. Pourquoi donc M. Crétineau ose-t-il articuler un pareil blâme?

La politique de Pie IX est parfaitement justifiable aux yeux du bon sens et de la diplomatie? Quand le conclave, libre de toute influence extérieure , fit apparaître si soudainement ce Pontife généreux, où en était l'Europe? En haut, de frêles échafaudages, au lieu de gouvernements solides; en bas, des idées souterraines préparant une tempête. Et M. Crétineau aurait voulu que Pie IX se confiât à d'aussi faibles appuis , au risque de tomber non moins bas que Louis Philippe ou Bf. de Mettemich! La résistance ni l'habileté n'ont pas manqué à ces deux hommes, et leur chute a deux fois prouvé ce que vaut la force et l'astuce devant une idée.

Pie IX entra résolument dans la voie des réformes : il savait par avance que c'est une route périlleuse; il eut le

courage de l'initiative, se fiant à Dieu, dont il est le vicaire et l'envoyé. Quel était le péril des sociétés modernes? L'oubli complet de la religion , qu'on avait bannie de leur sein. Quelle était la tactique de l'impiété? C'était de représenter la religion comme l'adversaire de la société, d'établir un divorce funeste entre elle et le double progrès matériel et intellectuel de la civilisation. Le Christianisme a sauvé une fois le monde d'une ruine complète; seul il peut le sauver de nouveau des maux qui le menacent. Le monde attendra-t-il son salut des diplomates, qui ne parviennent pas même à préserver leur propre pays? L'attendra-t-il des rois, que les révolutions emportent comme une paille légère ? L'attendra-t-il des démagogues, qui couvrent partout le sol des ruines? Non; le salut se trouvera dans l'accord de l'esprit de progrès avec le Catholicisme, et l'entreprise ne réussira que si ell& est conduite par un Pontife. En doutez-vous? ^ Voyez ce qui arrive à toutes les époques critiques : pour „ satisfaire chaque besoin nouveau, il surgit une inspiration „ sublime et un homme qui la réalise. „ Ces paroles sont de Balmès, le panégyriste éloquent de Pie IX. ''Du reste, „ ajoutait-il , assistons avec calme et confiance au grand „ spectacle qui nous est donné. Ne perdons point courage „pour quelques contrariétés passagères; n arrêtons pas „ notre vue sur l'heure présente; rappelons-nous l'histoire, „ songeons à l'avenir. L'humanité n accomplit chaque pro- „ffrès qu'au prix d'une lutte; elle ne s'améliore point sans „ douleur. Unis de cœur avec l'Eglise, qui, dans toute l'é- „ tendue du monde prie pour le Pontife, ayons la confiance „que Dieu lui donnera lumière et force, et que les diffi- „ cultéjs, les périls, les revers seront compensés par une su- „ rabondance de bien dans l'œuvre entreprise par Pie IX. „ Quand des esprits d'élite comme Balmès, quand la grande majorité des Catholiques, quand l'épiscopat presque tout entier ont salué avec enthousiasme ce mouvement du saint Pontife, il n'est pas permis d'accuser le Pape, surtout quand il subit l'épreuve réservée à son courage. Le Calvaire n'a jamais manqué aux grands Papes, et Pie IX, ouvrant la voie des réformes , connaissait les douleurs et la mort de saint Grégoire VII. Sa politique d'ailleurs eut l'appui des hommes expérimentés de la diplomatie, et M. le duc de Valmy, dans un remarquable travail publié par VObservateur de Uenève, démontre jusqu'à l'évidence la sagesse de l'œuvre(è|^el^.

^ II est aisé de dire après coup : Le Pape a eu tort de donner ^ Tamnistie et d'accorder des réformes qu'on devait tourner „ contre lui. Mais persister dans le système précédent, c'était „ vouloir arrêter l'Italie au milieu du mouvement général „ des peuples, c'était dire que le pouvoir temporel des papes jf était inconciliable avec la liberté, et que la religion catho- „ lique repoussait toute idée d'amélioration. Si l'esprit éclairé y, et généreux de Pie IX n'a pas prévu, les catastrophes qui ^ ont bouleversé l'Europe , il lui a été donné d'en conjurer ^les résultats. Il a été donné à Pie IX, et c'est la récompense , providentielle la plus chère à son cœur , il a été donné à „ Pie IX de renouer les antiques liens de la catholicité avec „ son chef, et de rendre à l'Église son ascendant moral sur „ tous les fidèles. „

L'historien blâme le Souverain-Pontife d'avoir été forcé de recevoir l'ambassadeur du sultan. IPie IX n'a pas été contraint de recevoir cette visite , et ce sera une belle page dans l'histoire ecclésiastique, que ce jour où un Pape a vu les flots de l'Océan lui apporter les acclamations protestantes de l'Amérique, les vagues de la Méditerranée amener le fils de Mahomet au pied du vicaire de Jésus-Christ. N'y a-t-il pas, dans cet hommage universel rendu au Pape, comme un sentiment instinctif de sa noble et sainte mission, de sa puissance qui relève de Dieu seul? Peut-être la Providence a-t-elle voulu ainsi préparer les voies à une prochaine réconciliation des peuples égarés, à l'union de tous les hommes dans un seul bercail et sous un seul pasteur. Il est permis de le croire; mais toujours est-il que jamais il ne nous a été plus facile d'obtenir des incroyants une soumission au Saint-Siège.

M. Crétineau exalte à bien juste titre le Sonderbund. Mais pourquoi faut-il que l'histoire de nos souffrances et de nos

floires soit troublée par des appréciations, qui. ternissent auréole de Pie IX, notre père vénéré. A côté de ses fils ingrats qui ont trahi ses bienfaits , les catholiques vaincus et opprimés de la Suisse seront heureux de se présenter comme des enfants soumis, respectueux, fiers de lui offrir un tribut d'admiration, de dévouement et d'amour.

Note à la page 405, tome 2.

L'escarmouche du fort Saint- Jacques, la seule action qui mérite quelque mention dans l'expédition contre ftibourg,

fat différemment racontée par les rapports et journaax ra-* dicaux. Les Fribourgeois criaient à la trahison , les Confédérés ne voulaient pas avouer Todieux de cette attaque contre le droit des gens durant l'armistice; on eut recours à l'exagération et au mensonge , en tronqant indignement les faits, et en les dénaturant à son avantage; on avait même fait accréditer le bruit que la redoute avait été prise par les assaillants. — Pour faire justice de pareilles absurdités et rétablir les faits , faisons raconter l'action par un témoin oculaire , qui faisait partie de la garnison du fort, et dont nous garantissons la véracité :

*^ Dans la journée du samedi, 13 novembre, l'ennemi s'était avancé assez près de la redoute pour que nous puissions l'observer à l'œil nu. On venait de nous informer qu'on avait conclu une armistice, avec le général Dufour qui devait durer jusqu'au lendemain 14, à 7 heures du matin. Nous étions décidés de l'observer religieusement. La bonne foi, la curiosité et des affaires particulières firent que sur plusieurs points beajicoup d'hommes se dispersèrent dans ce moment de trêve; une partie du Landsturm était entré en ville pour prendre de la nourriture. Nous étions toujours à nos postes, canons chargés, mèches allumées, en observation. Vers quatre heures de l'après-midi nous vîmes, à notre grande surprise, toujours croyant à l'armistice, une bonne partie des troupes de la division Rilliet s'avancer,

E rendre position, et quelques uns former la chatne ou la gne de bataille, et cela nonobstant les parlementaires, qu'on envoyât à deux ou trois reprises , soit pour annoncer à l'état-major de la division Rilliet l'armistice qui avait é.té conclu avec le général Dufour, soit pour demander raison de ces mouvements. Tout à coup deux compagnies de carabiniers vaudois, suivies d'un bataillon d'infanterie, firent feu contre le bois des Daillettes, où une partie de nos troupes fut

f crises à Timproviste, manquant d'ailleurs do plusieurs de eurs officiers et d'un bon nombre de leurs soldats , qui, s'étant trop fiés à l'armistice, étaient entrés en ville. Aussitôt que le feu des troupes vaudoises eût commencé , pas avant y l'artillerie du fort Saint-Jacques, composée de deux pièces de canons de quatre et d'un obusier de douze y répondit en dirigeant son feu d'abord contre les troupes qui attaquaient les Daillettes, ensuite contre la batterie Haubenreiser, qui venait de se mettre en batterie en face du fort

au bas de la hauteur du Champ*rion, en*deça de Cormanôn, puis, un instant après, contre les bataillons Bolens et Grand- Jean , qu'on vit venir au pas de charge sur le champ de Bertigny, directement contre notre redoute pour 1 attaquer. Ces bataillons (surtout celui de Bolens , celui de Grandjean n'ayant donné que pendant une partie de l'affaire} et la compagnie de carabiniers Eytel, qu'il avait à sa gauche, furent reçu en partie par la mitraille du fort, en partie par le feu vif et soutenu de 18 carabiniers de Landwehr et de ib fantassins volontaires, qui alors étaient dans la redoute et par celui non moins vif de la chaîne de tirailleurs allant du fort au château de Bertigny, composée d'une partie du 2^ bataillon de Landwehr , d environ 200 carabiniers du Landsturm et d'une demie compagnie de carabiniers du contingent, qui vint pendant l'action en renfort depuis le Guintzet; vers la fin arrivèrent deux compagnies du 1®' bataillon, qui était alors près la potence, mais elles ne purent prendre part à l'action. Pendant environ une heure le feu fut trèsvif et soutenu des deux côtés; quelques mousquetaires du bataillon Bollens , qui lui-même resta toujours à portée de mitraille , vinrent en tirailleurs jusqu'au bord du fossé de la redoute, pensant peut-être que ce n'était qu'un ^paulement ouvert ou ignorant qu'il y avait un fossé. Ils y laissèrent plusieurs des leurs percés de balles , lorsqu'ils furent forcés de fuir sous le feu de nos carabiniers. Vers la fin de l'action le 2<i bataillon de Landwehr , dont la plus grande partie était restée jusque là près de l'entrée du fort du côté de la route l'arme au bras sous les ordres de son major, entra dans le fort et une partie se mit sur les parapets pour tirailler avec les carabiniers. Enfin, après une heure de combat, les troupes vaudoises , qui avaient pris part à l'action, battirent en retraite en désordre, leur feu cessa, tandis que le fort continua encore à tirer un quart d'heure après. Il ne cessa que lorsque la nuit empêcha complètement de pointer. — Aussitôt que le calme fût rétabli, on eût soin de ramasser les quelques blessés vaudois qui étaient tombés près du fort et qui ne pouvaient être recueillis par leurs camarades. On ferma la barrière du fort et prit les dispositions pour ne pas élre surpris pendant la nuit et pour être prêts poui* le lendemain. La nuit se passa sans autre événement; le lendemain, au lieu de nous apporter l'ordre du combat, nous apportât la triste nouvelle de la capitulation. Il x eût alors un

moment impossible à d'écrire. Enfin la surprise et là consternation firent place à la raison et à la résignation. Nous avions fait notre devoir et nous étions prêts à le faire encore; nous posèrent les armes avec honneur. Vers 1 heure après midi, 14 novembre, sur Tordre exprès du chef de brkade nous évacuâmes le fort.

Les assaillants avaient eu un moment l'idée de s'attribuer rhonneur du combat du fort Saint-Jacques, quoiqu'ils eussent nullement à s'en vanter. Ils ont en général tr.ès-mal tiré, la batterie Haubenreiser ne tira que 7 ou 8 coups, beaucoup trop haut, et fini par abandonner ses pièces, après

Ju'un de nos obus lui eût abattu quatre hommes et un cheval u même coup à une -distance de 1,150 pas. La batterie genevoise ne tira pas, quoiqu'elle fût à portée et que les vaudois nous ont dit plus tard, qu'elle en avait reçu l'ordre. Nos troupes ont montré beaucoup de courage et de sangfroid, et ont tiré avec beaucoup de justesse, ce qu'on ne pourra pas contester. En très-petit nombre comparative* ment aux assaillants et attaqués par surprise, ils les ont obligé de se retirer avec grandes pertes, tant tués que blessés, quoiqu'on disent les rapports officiels et non-officiels, fmrus depuis , tandis qu'ils ne nous ont tué pendant toute 'affaire que trois hommes; dans la redoute même il n'y eût ni tués ni blessés par les vaudois; toutefois deux hommes y, furent blessés par accident à leurs pièces.

Il n'y a pas de doute que, si immédiatement après l'afiaire le général Maillardoz eût envoyé sur ce point deux bataillons et un certain nombre de Landsturm , pour y faire une sortie vigoureuse , ils eussent achevé de mettre en déroute toute la division Rilliet (c'est ce que beaucoup d'officiers vaudois ont avoué eux-mêmes.} Alors les événements auraient pu prendre uuq autre tournure. Cela n'a pas tenu à la bravoure à la discipline et aux excellentes dispositions des troupes fribourgeoises , qui auraient mérité d avoir un meilleur chef avec un meilleur système de défense.

(Note de VédUewrO

Note concernant les contribuables de Fribourg,

Les personnes frappées par les décrets, dits d^ amnistie des 20 mai 1848 et 7 septembre suivant s*étaient en vain

adressées à Tautorité fédérale pour obtenir justice, c'est«-à— dire, pour que ces décrets monstrueux fussent mis au néaDi par la Confédération, ou que du moins il fut donné aux prétendus coupables de se défendre devant les tribunaux.

Us réitérèrent leur demande en 1850. Cette fois le conseil fédéral, quelques fussent ses sympathies pour le gouvernement fribourgeois, ne crut pas pouvoir écarter trop brusquement les plaintes des victimes, il dut céder à l'opinion publique qui réprouvait énergiquement les décrets, et dans un long rapport présenté à rassemblée fédérale, il proposa d'inviter le gouvernement 4e Fribourg à modifier ses décrets en ce sens qu'il soit fixé aux personnes intéressées un déhli pour faire valoir leurs moyens de droit.

Le gouvernement alarmé fit agir ses amis pour organiser une agitation contre ce préavis du conseil fédéral; des assemblées populaires furent convoquées à cet efi^et , des pétitions mises en jcirculation , des mémoires imprimés et ré- Sandus à profusion etc.; ces mesures appelèrent des contreémonstra tiens; des pétitions nombreuses furent adressées à l'assemblée fédérale pour demander l'adoption du préavis, et une grande agitation se répandit dans tout le canton. Le gouvernement fit de grands efforts pour obtenir des signatures à sa pétition; toutefois, malgré l'intimidation, il ne put atteindre le chiffre des pétitions opposées couvertes de plus de 10,000 signatures.

Le conseil national , après plusieurs séances orageuses, décida le 6 mai 1850, sur la proposition de M. le D' Kern, député de Thurgovie , de renvoyer cette affaire au conseil fédéral , afin qu'il tente un arrangement amiable entre les imposés et le gouvernement de Fribourg. Cette décision ne fut prise toutefois qu'à la majorité d'unejseulevoix, celle du président M. le D*^ Escher, qui dut trancher la question, le scrutin ayant donné 44 voix pour et 44 voix contre. Le lendemain 7, le conseil des Etats adopta la même proposition.^

En exécution de ce décret le conseil fédéral envoya à ' Fribourg, en qualité de commissaires médiateurs MM. le D^ Kern, auteur de la proposition, et le colonel Pioda, député tessinois, radical, qui l'avait vivement combattue. Ces messieurs arrivèrent à Fribourg le 13 mai ; après de longues et pénibles négociations, ils parvinrent à poser les bases d'un arrangement entre le conseil d'Etat et la commission nommée par les imposés. Cet acte de médiation fut adopté

dans rassemblée générale de ces derniers les 22 et 23 mai, et dès ce jour la plupart le signèrent. II fut soumis ensuite à la ratification du Grand-Conseil qui s'en occupa dans les séances des 25, 28 et 29 mai; enfin après de vifs et amers débats un décret renfermant les bases de l'acte de médiation fut adopté dans la dernière à une forte majorité.

Voici les principales conditions de cet arrangement: Les imposés payent 1,500,000 fr. la moitié trois mois après la ratification de l'assemblée fédérale et l'autre moitié 6 mois après; cette somme leur sera remboursée par dixième à partir de la 15© année; l'Etat leur paye 1 Vo d'intérêt les 5 premières années, le 1 Va Vo les années ensuite, et le 2 % depuis la dixième; l'Etat leur fournit aussi une hypothèque sur ses forêts; tous les contribuables signataires seront rétablis dans leurs droits politiques; les exilés sont rappelés, sauf deux M. Fournier, ancien avoyer , et M. Aeby , doyen; cette exception due à la haine invincible des gouvernants contre ces deux honorables personnes faillit faire manquer tout l'arrangement. Les imposés ne voulaient pas sacrifier ainsi deux collègues malheureux, mais ils cédèrent à la prières des parents et amis de ces messieurs eux-mêmes, et surtout à la certitude qu'ils ne pourraient rien obtenir pour eux.

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