Histoire du Théâtre-lyrique 1851-1870
Nos précédentes éludes sur les grandes scènes parisiennes ont été consacrées à l'Opéra, à l'Opéra-Comique et à la Comédie-Française, théâtres bien vivants et en pleine possession de la faveur publique. On s'étonnera peut-être que dans cette série de monographies d'un nouveau genre nous donnions place aujourd'hui au Théâtre-Lyrique qui, ouvert le 27 Septembre t85l, a été définitivement fermé le Si Mai i870. C'est quun tel sujet, pour rétrospectif qu'il paraisse, n'en est pas moins « actuel ». // ne se passe guère en effet de saison oîi ne surgisse quelque projet de Théâtre-Lyrique, conçu presque toujours d'après un plan exclusif et incomplet, mais intéressant à plus d'un titre et correspondant à une préoccupation constante et générale. D'ailleurs, en dehors de la période dont nous nous occupons spécialement ici, le Théâtre-Lyrique, sous des formes variées, dans des emplacements divers, a souvent essayé de vivre ; on pourrait presque dire, tant ces essais ont été nombreux, qu'il n'a jamais cessé d'exister.
'Antérieurement à 1851, on le trouve à l'état rudimentaire, au Gymnase en 1820, à l'Odéon en i82i, aux Nouveautés en 1827, à l'Ambigu en 1830, à la Renaissance en 1838, à Beaumarchais en 18â8, au Cirque Olympique en 18â7. Cette dernière tentative, la plus digne
d'attention, fut précaire. Par une espèce d'ironie du sort, ce qui l'interrompit ce furent justement les rvènements révolutionnaires qu'on avait fêlés tout d'abord sur celte scène avec un à -propos intitulé les barricades. Cf/Ze entreprise, où Adam perdit sa fortune, a été confonduepar certains auteurs (par Albert de LasaUe, notamment, dans son utile et souvent amusant iMk.morial). avec le «■ vrai » Tliéûtre- Lyrique qui fut ouvert peu de temps après.
Depuis la gueiTe, on a vu, dans le même sens, nombre d'autres ébauches à la Salle Voitadour et à la Galté, au Chdt"let et à la Renaissance, au Théâtre des Nations et à la Porle-Saint-Martin, aux Menus-Plaisirs, à Beaumarchais, à l'Eden, au Nouveau-Théâtre, à l'ancien Athénée, aux Variétés, à la Salle Taitbout, et même au minuscule établissement de la Galerie-Vivien ne oii, en dépit de r exiguïté de la scène, on n'a pas craint de monter de grands opéras tels que Norma et Lucie, enfin et surtout au Chdteau-d'Eau, domicile d'élection pour ce quel' on pourrait appeler aie Théâtre- Lyrique intermittent » .
Sur tout cela il y aurait un livre (i faire, livre jadis esquissé par M. Pougin dans une suite d'intéressants articles. Si nous nous bornons, quant à nous, à la période comprise entre i85i et 4870, c'est parce que c'est la seule où la troisième scène lyrique parisienne ait fonctionné sans aucune interruption ; avec l'appui, pendant quelques tti\nées du moins, de l'État, ce qui 7ie veut pas dire que la subvention reçue fût suffîsa?ite ; sous la direction enfin d'hommes exercés, capables, qui successivement ont fait, dans leur gestion, prévaloir les différents systèmes mis en avant
toutes les fois qu'il s'est a(ji de constituer cet organe essentiel de la vie artistique. Ajoutons que si ces directeurs ont recueilli moins de profit que d'honneur, si même quelques-uns furent malheureux, ils ont été tous animés d'un zèle esthétique véritablement élevé, ils ont consciencieusement servi la cause de Fart, et ont laissé, à cet égard, une trace profonde. L'histoire du Théâtre- Lyrique de iS^l à i870 est incontestablement le plus intéressant de tous les chapitres que l'on puisse consacrer au mouvement et à l'évolution du théâtre musical à Paris, sous le Second Empire.
d8ol-1870