‹ Histoire du Théâtre-lyrique 1851-1870Chapitre 2 sur 4 · U SALLE DU BOULEVARD DU TEMPLE · texte numérisé non relu

U SALLE DU BOULEVARD DU TEMPLE

Alexandre Dumas avait, en 1847, fondé, au boulevard du Temple, le Tliéâtre-Hîslorîque. Cette salle devint celle du Théâtre-Lyrique, inauguré le 27 septembre 1851. Remarquons, tout d*abord, que le nom de a Tliéâtre-Lyrique » ne fut adopti*, iM)ur cette entn^prise, que le 12 avril de Tannée suivante. A Touverture, rap|>eIlation choisie fut celle d^Opéra-National, qui avait déjà servi, en 1847, \ïo\\t la tentative dWdam au Cirque Olympique. « 0{>«*ra-National », d*ailleurs, ne Talait fias « Théâtn^Lyriquo », dénomination si heureuse qu'elle a

prédominé depuis pour la plupart des essais analogues, et qu'elle peut être utilisée pour Thistoire de toutes les restaurations, accomplies ou projetées, d'une troisième -grande scène musicale parisienne.

Il avait été un moment question d'installer le théâtre naissant à la Porte-Saint-Martio.Le Théâtre-Historique, définitivementpréféré, présentait à Textérieur un aspect caractéristique, en ce que sa hauteur était considérable, alors que sa largeur ne dépassait pas huit mètres. On l'avait complètement remis à neuf. A cette occasion, les statues de Corneille et de Molière, qui auparavant ornaient les deux avant-scènes, avaient été remplacées par celles de LuUi et de Gluck. Au-dessus du rideau, à la place du cartouche central traditionnel, figurait une horloge autour de laquelle, par une association assez bizarre, se lisaient les noms singulièrement inégaux de Dalayrac, de Cherubini, de Grétry, de Mozart.

Pour la direction l'on s'était trouvé en présence de plusieurs candidatures, en particulier celle de M. Basset, ancien directeur de l'Opéra- Comique. Celui qui l'emporta fut Edmond Seveste, administrateur depuis quelques années des petits théâtres de la banlieue. Il eut parmi ses collaborateurs M. Croharé, accompagnateur, {depuis l'un des chefs de chant de l'Opéra), et M. Varney, le père du compositeur des Petits Mousquetaires y auteur lui-même du Chmt des Girondins^ un instant populaire.

c< Les premiers pas », s'il est permis d'adapter à la circonstance le titre du prologue joué en 1847- à l'ouverture de l'Opéra-National^ les premiers pas donc furent assez heureux. Dès le début M. Edmond Seveste

avmii compris la principale diffioulto de sa tache, celle de ooDcilior le goùA du public, de sa nature aasez méfîant, prompt à s^cffaronclier de ce qui est hardi, et les aspirations, généralement contraires, des jeunes compositeurs, il importail d*abord de créer un répertoire capable d'alimenter le théâtre d'une façon lucrative, de remplir airtntagense* ment Tintcrstice entre deux ouvrages inédits ; ensuite, dans le des pièces nouvelles, il fallait, tout en ménageant une place aux débutants, ne pas négliger les artistes arrivés^ dont la n'putation, propre à attirer les auditeurs, fût un gage de sucri'*s.

C'est ainsi que, d<^s rorigioe, Seveste s'occupa de se constituer un n>pcrtoire français avec des reprises du Maître de ehapelle^ des ilmilcseoitf Inmrgeois^ (ils ne se maintinrent pas longtemps i ce théâtre et revinrent bientôt à rO{)éra-Comique, leur vrai cadre), de Ma Twfie Aurore^ avec son fameux air de trente-six mesures sur trois notes, de Maimm à vendre^ d\4mfrroûe et des Tratettmemmls.

En ce qui concerne l'étranger, c'est alors que fut crét?e la tradition d'après laquelle le Théâtre- Lyrique devait faire une part importante aux traductions, négligées en principe â rOpi»ra-Comique, et travailler â rendre populaires certains clicfs-d'oravre plus malaisément accessibles pour la foule â l'Opéra ou aux Italiens. Se coniormant à ce plan, Seveste avait, pour second spectacle, pn'^paré une reprise du Barbier 4iui, dans une double carrière poursuivie d'abord au boulevard du Temple puis â la place du Châtelet, était destiné à fournir, au Tliéâtre-Lyrique, cent vingt-six représentations.

La veille de la mise â la scène du Barbier^ on avait donné Moêquita la

Sùrcihre, opéra-comique de Boisselot, en ce temps-là encore presque un

débutant; un autre ouvrage de lui Ne touchez pas à la Reine j avait, à la

salle Favart, obtenu un accueil très favorable. L'œuvre nouvelle ne se

maintint pas longtemps sur l'affiche. A Mosquita^ à un mois d'intervalle succéda Murdock le Bandit, un acte d'Eugène Gautier, depuis professeur

d'histoire de la musique au Conservatoire, et qui donna de nombreux petits ouvrages durant les premières années d'existence du Théâtre- Lyrique. Vers la même date, enfin, on joua une œuvre plus saillante, la Perle du Brésil. L'auteur était Félîcien David, rendu célèbre par ses odes-symphonies, principalement par le Désert^ — ce Désert que, par parenthèse, quelques années après, il fut question de jouer avec décors et costumes, comme on l'a fait récemment à Monte-Carlo pour la Damnation de Faust.

Ainsi, dans un court espace de temps, s'étaient à peu près réalisées toutes les conditions du programme qu'avait conçu Seveste, programme qui, il faut l'ajouter, s'impose à tout directeur d'un Théâtre- Lyrique en état de durer. Sans être étourdissant, le succès suffisamment brillant de la Perle du Brésil s'affirma, de 1851 à 1853 et de 1858 à 1864, par deux séries de soixante-huit et de soixante-seize représentations. L'interprète du principal rôle était M"« Duez, déjà fort appréciée dans Rosine . On y vit paraître par la suite M°^ Carvalho et Marimon. La Perle du Brésil, mentionnons-le en passant, est la première en date, entre les pièces jouées d'origine au Théâtre-Lyrique, qui ont enrichi plus tard le fonds d'une autre scène.

Un début de gestion présente des difficultés presque insurmontables.

quand on n*a pas de vastes ressources et une n^sene siTieufemeni

assurée. Pour les commencements, {yen sensationnels, de Tannée 185*2^

nous ne trouvons que la reprise des YiiiUnidines^ liizarremenl réinti-

tuléeSy par un scrupule i>eu explicable, le Pensionnat de jeunes demain

uUeSj et trois pièces nouvelles, dont deux en un acte. L'une de ces

dernières, la Poupée de Nuremberg^ se joue encore. Mais les meilleurs

levers de rideau influent peu sur la recette. Le 28 février la mort

enleva Edmond Sevest4', à la mémoire de qui le l>aron Taylor devait,

deux ans plus tard, consacrer ces lignes émues :

« Il mourut à la tâche, on peut le dire, emportant la réputation d'un

administrateur intègre, mais en laissant sa veuve et ses enfants sans

ressources et sans aucun moven de satisfaire à des dettes consid/^-

râbles, inévitable résultat des calamités (ce mot seul était un peu trop

fort) de sa gestion. Aucun moyen, disons-nous? Nous nous trompons.

Il en était un, un seul, mais qu'un noble cœur pouvait seul réalisi'r.

Jules Seveste sollicita et obtint la direction vacante, eU au premier

succès, son premier acte administratif fut d'acquitter les dettes qu*avait contractées son frère. »

Ce premier succès ne se produisit qu'au début de la saison musicale

suivante. La fin de celle qu'avait attristée la mort d'Edmond Sevestt^

n'avait été remplie que par une traduction de ta Gazza tadra (la Pie toteuee)^

insuflisamment interpn*U'*e, et la mise i la scène, i Paris, d*une pitVe

en trois actes antérieurement montée à liruxelles, Joaniia ; pour cet

ouvrage, par une particularité digne de remarque, le nom de Duprez

figurait trois fois sur l'afliche ; en effet, tandis que la musique était

de Gilbert Duprez, le célèbre chanteur^ les paroles avaient poiir auteur Edouard Duprez, son frère, et M"® Caroline Doprez pOTsemrifiait l%éroïoe de la pièce.

Les premières semaines de la saison 1852-1853 furent signalées par une réussite éclatante et durable^ celle de Si j'étaù Roi! d'Àdoipbe Adam; Nous n^avons eu jusqu'ici à citer son nom qu'à propos du gentil petit acte de la Poupée de Nuremberg. Disons tout de suite qu'à lui était réservé d'être le compositeur le plus souvent joué au Théâtre- Lyrique, 011 il arriva à un total de huit cent soixante-dix-neuf refila sentations, avec cinq partitions empruntées à l'Opéra-Gomique : le PostUUm et le Roi d' Yvetoty reprises où l'on entendit le créateur de œs deux personnages, ChoUet, la Reine d'un jour^ le Brodeur de Preslon^ le Sùurd^ — et huit nouveautés, la Poupée et Si fêtais Roil mentionnés ci-dessus, puis le Roi des halles, le Bijou perdu, le Muletier de Tolède, A Clichy, Faktaff et Mam^zelle Geneviève.

Dans un volume, devenu très rare, des frères de Goncourt, les Mystères des théâtres, on trouve de Si j'étais roi ! un compte rendu qui est un excellent spécimen d'un genre alors très à la mode, celui d'une sorte de fantaisie à la fois spirituelle et laborieuse, où une érudition un peu factice se rehausse d'un badinage non exempt de préciosité. La réussite très vive de cet opéra-comique s'est renouvelée à Paris, lors de la reconstitution éphémère du Théâtre-Lyrique à lu Gaîté et au Château-d'Eau. En province, le succès se soutient encore. A l'origine ce fut de l'engouement, et, pour ménager les interprètes, en prévision d'une série de représentations dont on n'apercevait pas

fat fin, on fit jouer louvrage par une double troupe, alternant d'une soirée à raotra.

La vogue de Si f étais Roi! uVroi^kha pas Jules Seveste d^eiïectaer a^ant la fin de Tannëtï deux reprises, celles du PosUUon et des Deux Yokurij de Girard. En mémo temps il mettait à la scène cim) petites pièces nouvelles en un ou deux aotes. L'une dépassa la centième. C'était Flore et Zéph^^ musique d*Eug^ne Gautier, sorte d'imitation des Vieux Péchés^ où nous nous souvenons d'avoir tu Bouffé et M"* Pierson. Un autre de ces petits ouvrages, Tabarin^ avait pour auteur Georges Bousquet, qui mourut jeune • A Rome il avait été le camarade de Gounody auquel FannyMendebsohn,qni n'avait du reste entendu de lui qu'un eeheno sans im[)ortance, n'était pas trt*s éloignée de préférer 90O compagnon; une cantate de ce dernier lui plaisait beaucoup.

Outre le$ Amours du Diable^ de Grisar. très favorablement accueillis, et qu'on a revus plus tard à l'Opéra-Comiquc, au Cbâtolet et au GliitaaiHd'Eau, l'année 1853, comme pendant à Si fêtais Roi! nous présenter le triomphe populaire du Rijou perdu que l'on répéta sous le titre di^ la Jardinière. Tout Paris courut applaudir h's couplets des a fraises »

citantes par M"'' Mario Cabel, que le directeur venait d*avoir la bonne inspiration d'engager.

Gomme particularité de oette nit^me annét\ il convient de citer divers essais tentés pour acclimater au Théâtre-Lyritiue un genre auquel on renonça promptomont, l'opéra-ballet . Malgn» b'S talents cbonfgraphiques déployés par M"* Guy-Steplian dans le Luiin de la tallre et jjar M'*^ Nathalie Fitz-Jumes dans le Danseur du Roij malgn» la

virtuosité fantaisiste dont Saint-Léon fit preuve, sur le violon, dans ces deux pièces, elles n'eurent qu'une courte existence. Il en fut de même, i'annéê suivante, pour les Étoiles, de Pilati,

Nous renvoyons à notre tableau pour le détail des autres pièces données ou reprises en 1853. Une seule s'imposa de façon durable, l'amusant petit acte de Bonsoir Voisin, dont le sujet avait été suggéré aux auteurs, Brunswick, Arthur de Beauplan et Poise, par un dessin de Gavarni, et au service duquel Meillet et sa femme avaient mis leur verve, leur sûr et souple talent. Relevons au passage l'apparition sur l'affiche de noms nouveaux et intéressants, celui de Jules Verne, auteur avec Michel Carré du livret de Colin-Maillard y dont la musique était d'Aristide Hignard, celui de Wekerlin (l'Organiste dans rembarras), celui de Gevaert (Georgetle). Dans une reprise du Diable à quatre, de Solié, mentionnons le début de M°** Girard, la mère de l'accorte et piquante divette si souvent applaudie sur nos scènes de genre • Notons enfin la représentation, avec une fortune médiocre, d'un opéra posthume de Donizetti, Elisabeth.

En 1854, du i^ janvier à la clôture annuelle d'été, il convient de signaler la continuation des productives représentations du Bijou perdu, puis trois reprises : le Panier fleuri, la seule pièce d'Ambroise Thomas qui ait figuré au répertoire du Théâtre-Lyrique, la Reine d'un jour et le Tableau parlant. Deux nouveautés méritent de n'être pas laissées de côté: d'abord la Promise, la, deuxième création deM°*' Cabel. C'était le début au Théâtre-Lyrique de Clapisson, dont un critique autorisé, G. Héquet, louait «rorcheslration très recherchée». La seconde des deux

œuvres auxquelles nous venons de faire alludion est Mattre Watfram^ le premier essai dramatique de M. ReyeryConnu seulement jusque-là i>ar la partition colorÀî du Sélam. Nous avons raconté ailleurs l'iiistotre de Mûtlre Wolframj que crûènnit Liurent, Talon, Grignon et M"* Meillet. Encouragé par le sucnV, le compositeur se remit au travail. Deux ans apK's, on annonçait au Tliéâlre-Lyrîque la repn*sentation d'une autre œuvre de lui, Ero$iraie. Mais il était écrit que les Parisiens n'entendraient £ro«/ra/f qu'en 1871, à TOjMîra^et, — coïncidence étrange, étant donné le dénouement delapi^ce,^embrîl*^?ment du temple d'KpIièsi»,-^ quelques mois apri*s Tincendie des Tuileries et de THôtel de Ville.

Matire Wolfram avait été joué le 20 mai. Six semaines plus tard, le 30 juin, Jules Seveste mourait subitement à Meudon. Cette fin prématurée le $ur|)renait au moment où la fortune commençait i lui sourire. Sa dernière annexe de g(*^tion avait été, mat4*riellement, heureuse. Quinze jours avant de succomber il avait renouvelé son bail pour dix ans, et il avait reçu la promesse formelle d'une subvention officielle, subvention toujours si ardemment sollicitée, mais, disons-le, plus dangereuse que n^ellement utile quand elle n'e>t {tas largement calculée, et qui d'ailleurs ne fut touchée qu'en 18Ci, par M. Carvalho.

Nous avons rap{>orté plus haut les éloges {tar lesquels le baron Taylor avait, chez Jules Seveste, vanté les qualités de l'homme. L'administrateur, en lui, n'était pas moins mérit;int. 5^ans doute, si l'on excepte quelques artistes pour la plupart nommés déjà dans les f)age> qu'on vient de lire. M"** Uibel en It^te, et auxquels on pourrait j<Mndn*Junca,

Leroy, Dulaurens, Philippe, Bouché, Coulon, M"'^ Colson, Petit-Brièrey la troupe qu'avaient formée les frères Seveste se recommandait plutôt par l'homogénéité que par l'éclat et le nombre des « étoiles ». Sans doute aussi, en dépit des louanges un peu libéralement accordées par les Concourt, dans le trop scintillant article cité plus haut, à la mise en scène de Si j'étais Bai ! qui les avait facilement éblouis, les pièces étaient en général montées d'une façon simiple, parfois même rudimentaire; à la première de la Butte des Moulins^ d'Adrien Boieldieu, on s'était étonné à bon droit, par exemple, de voir un superbe palmier s'étaler au milieu d'une place parisienne.

Il faut d'ailleurs, pour porter sur tout cola une appréciation juste, se rappeler la situation du Théâtre-Lyrique d'alors, un théâtre de boulevard; le prix des places (le taux des plus coûteuses ne dépassait pas cinq francs) ; les exigences d'un public passablement vorace, avec lequel la qualité, sans qu'il en fût insoucieux, ne pouvait dispenser de la quantité. Certain soir, à une représentation commençant à cinq heures trois quarts et composée de six actes, parmi lesquels comptaient les trois longs actes de Si fêtais Bot! le directeur ayant cru pouvoir, pour économiser le temps, supprimer l'ouverture de la pièce d'Adam, l'auditoire protesta avec tant d'insistance qu'il fallut, le rideau déjà levé, se décider à jouer cette ouverture.

Après tout, grâce à la réelle habileté dont la direction avait fait preuve, le théâtre avait vécu. En moins de trois ans les deux frères Seveste avaient joué, ou plus exactement monté, puisque le théâtre était leur création, quatre-vingt-douze actes et quarante-six pièces^

dont vingt-neuf nouvelles, ces dernières dues, dans une très forte proportion, à des débutants. En somme ils avaient compris la double obligation, en apparence contradictoire, qui incombe a»u chef d'un tliéâtre de ce genre : servir Tart tout en le mettant à la portée de tous, plaire au public tout en assurant un large débouché aux jeunes compositeurs.

Le Théâtre-Lyrique avait clos ses portes le 2 juin : il les rouvrit, le 30 septembre, avec la suite des représentations de la Promise. Le directeur nouveau était M. Perrin. Il réalisait ainsi le projet que, toute sa vie, il ne cessa de caresser : celui de réunir, sous une même administration, deux théâtres, littéraires ou musicaux. Les choses, d'ailleurs, pour arriver à ce but, n'avaient point, comme Ton dit, marché toutes seules. La Société des Auteurs présentait des objections. Un instant, M. Perrin avait été démissionnaire; toutefois on aboutit à une entente.

La véritable «entrée de jeu» fut, le 7 octobre, le Billet de Marguerite ^ de M. Gevaert, où un joli duo, en particulier, fixa l'attention des connaisseurs. 11 avait pour interprètes deux artistes jeunes dont les noms étaient destinés à acquérir au théâtre une grande notoriété. C'étaient Léon Achard, chanteur fort distingué, excellent comédien, dont la carrière a été si remplie, et M°*« Deligne-Lauters (plus tard M™® Gueymard), dont on se rappelle encore la voix chaude et colorée, les

dons accusés de tragédienne, et la supérieure habileté de cantatrice. Avec de telles recrues le Théâtre-Lyrique changeait un peu de nature ; au reste, du moment où M™® Cabel avait été engagée, la métamorphose avait commencé ; il ne s'agissait plus, dès lors, de la simple scène «du boulevard», peu mondaine, peu parisienne ^ à propos de laquelle un critique, parlant des heureux débuts de Junca, cité plus haut, avait pu dire : « 11 voulait venir à Paris ; il n'est arrivé qu'au boulevard du Temple». Ce mouvement ascendant allait s'accentuer. Graduellement, le Théâtre-Lyrique tendait à devenir l'un des organes principaux de la vie artistique. En même temps que la troupe s'augmentait, s'enrichissait d'éléments précieux, on déployait une activité soutenue: outre le Billet de Marguerite on monta, avant le 31 décembre, cinq pièces, dont une en trois actes, le Muletier de Tolède, d'Adam, ouvrage faible, mais auquel le talent de M*"* Cabel prêta assez de vie pour lui assurer cinquante-quatre représentations. Une autre de ces pièces, A CUchy, due au même compositeur, fut jouée quatre-vingtneuf fois. C'était une sorte de pochade d'atelier, une esquisse amusante à trois personnages d'hommes.

Deux grands succès devaient signaler tout ensemble la direction Perrin et Tannée 1854, la reprise de Robin des Bois et la création de Jaguarita Vlndienne^ qui, dans les journaux à caricatures de l'époque, devint un moment « l'Indienne mauvais teint ».

Robin des Bois avait jadis été le plus vif succès musical de l'Odéon, dans la période où la musique y alternait avec la littérature. Il était évidemment bizarre, de la part de Castil-Biaze, d'avoir imposé ce titre

angIo*éco8sais à une œuvrt* si foncièrement germanique. De pln% Robin des Boi$ didiVait du Freisehûlx original non stmlement par h*§ fantaisies introduites dans le livret, mais encore par les coupables liliertrs prises aux dépens de la partition de Weber. Consentant néanmoins une bonne (tari de s«*s attractions magistrales, fort bien chimtée, surtout par les femmes, M""^* Del igné- Lauters et (lirard, mise en scène avec le goût et Tart p;ir les/|ueU se distinguait Emile Perrin, Tœuvre, sous ce pseudonyme injustiGé de Robin drs Rois^ arriva, tout compte fait, à cent vingt-huit repré>entations. Rcnlonnée plus tard, en 18GC, sous son titre authentique: te FreisehûtZj et cette fois conformément au texte vrai, avec M** Carvalho, comme protagoniste, elle fut encore jouée soixante-treize fois. Rappelons que le nom de a Robin des Rois i>, héros de chasses légendaires, avait étt* un S4)bri* quet donné i Charles X, passionné, on le sait, pour ce plaisir, auquel il se livrait souvent, en grand api>arat, escorté de ganles du corps et d*autres détachements de sa maison militaire.

Une réussite également tn*s vive, nous Pavons dit, fut celle de Jaguariiaj pnVédée pendant ((uelque temps, en gui>e de lever de rideau, d'un acte, F Inconsolable^ signé Alberti (li^'z : Halévy\ Dans Jaguarita M*^ Cal)el, qui devait reprendre ce rôle quatorze ans plus lard à rOjH'M a-Comique, avait pour [artenaire un ex-jeune premier de rOdéon, Monjauze, ténor à la voix métallique, dont la rarri^re a lortgtemps été brillante.

11 faut indiquer aussi comme ayant, vers cette date, plu au public, uneptîtite pièce, les Charmeurs^ dePoise, remonlt*s, en 187tî, à la(iaîti».

Mentionnons pareillement la reprise de la Sirène^ le 19 juin, avec AchardjDulaurens, Colson, Prilleux, et une débutante, M"*' Pannetrat- On remarquera que la Sirène est, entre les œuvres d'Auber, la seule qui ait été jouée sur cette scène, où le répertoire d'Adam fut si largement représenté. Cela s'explique peut être par le caractère plus franchement populaire de ce dernier, tandis qu'Auber, plus élégant, plus aristocratique, était davantage chez lui sur une scène voisine de ces quartiers que Balzac désigne sous le nom approximatif et générique de oc la Chaussée d'Antin. »

Nous ferons observ^er en passant que, parmi les musiciens de valeur qui durant la période comprise entre 1851 et 1870 ont eu une ou plusieurs œuvres représentées à l'Opéra-Comique, six seulement n'ont jamais paru sur l'affiche du Théâtre-Lyrique : avec Meyerbeer, le plus illustre de tous, ce sont Bazin, Reber, Duprato, Offenbach et M. Massenet.

Il est à certains égards surprenant que, malgré le succès *de Robin des Bois et de Jaguarita, malgré l'ouverture de l'Exposition Universelle, les portes du Théâtre-Lyrique se soient, en 1855, fermées le 30 juin pour ne se rouvrir que le 1®' septembre. Moins de deux mois après, Perrin se retirait, après une reprise de Marie^ le joli ouvrage d'Hérold, chanté par M"« Bourgeois, MM. Achard et Leroy.

M. Perrin d'ailleurs n'avait pas eu, autant qu'il l'espérait, à se féli* citer des résultats de sa double entreprise. L'Opéra-Comiqiie souffrait de ce cumul. Instruit par Texpérience, le directeur passa la main à Pellegrin, organisateur des représentations théâtrales au camp de Châlons.

Celui-ci ne fut pas chanceux avec sa première nouveauté importante, les Lavandières de Santarem^ de M. Gevaert. Le mémorial, pour la fin de l'année 1855, se complète par une reprise infructueuse du Solitaire^ de Carafa, et trois petits actes ; l'un d'eux, le Secret de tOncle Yincentj de Lajarte, a passé par la suite au répertoire de l'Athénée.

L'année 1856 débuta, pour Pellegrîn. par deux pièces d'Adam, le Sourd, emprunté à l'Opéra-Comique, et Falsiaff^ avec Hermann-Léon, qui, à la salle Favart, avait déjà, dans le Songe d'une nuit d'été^ incarné le héros de Shakespeare.

En remplacement de W^^ Cabel qu'Emile Perrin avait emmenée avec lui, le directeur du Théâtre-Lyrique venait de contracter un engagement « sensationnel », celui de M"^ Carvalho, — originairement M"^ Miolan, — si applaudie à la salle Favart, la créatrice de Giralda et des Noces de Jeannette. Mais Pellegrin n'eut pas le temps de recueillh^ le bénéfice de cette initiative heureuse. Comme Anténor Joly à la Renaissance, faisant faillite au moment où il se disposait à monter VAnge de Nisida, qui devint la Favorite, Pellegrin fut contraint de déposer son bilan à la veille du jour où la fortune allait lui sourire. Les artistes du théâtre essayèrent de se constituer en société; ils n'y arrivèrent pas. C'est alors que les auteurs de la Fanchonnette résolurent de s'adresser au mari de la diva récemment engagée, en lui demandant de se charger de la direction. M. Carvalho accepta, et le 1*' mai 1856 eut lieu la première représentation de cette Fanchonnette^ par laquelle devait s'ouvrir une série de grands succès.

En se reportant par la pensée à l'époque où fut donnée la Fan chonnetlej en tenant compte du goût alors régnant, on s'explique sans peine Téclatante réussite qu'obtint l'ouvrage de Clapîsson. L'œuvre, au reste, du moins pour la foule, conserve de la saveur et figure presque constamment au programme des entreprises plus ou moins lyriques que l'on voit se produire au Château-d'Eau. Il faut songer qu'en 1855, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, on félicitait couramment Clapisson pour l'élégance, la recherche savante de son orchestration. On se souciait peu de Wagner; si par hasard on s'occupait de lui dans un journal, c'était sur un ton cavalier, irrévérencieusement ironique, comme en cette note, découpée dans la Gazette musicale^ vers cette date : « M. Richard Wagner a quitté Londres au lendemain même du dernier concert de la Société Philharmonique, enchanté sans doute de s'éloigner précipitamment d'une ville si enfoncée dans les impénétrables ténèbres du présent, et si sourde à la voix prophétique de l'avenir. »

De plus, indépendamment de son relatif mérite musical, la Fan-chonnetle offrait l'attrait d'un livret agréable ; le tableau populaire du premier acte avait paru amusant, pittoresque ; ces scènes où il y a de l'entrain, une couleur franche, se trouvaient bien à leur place au boulevard du Temple. C'était là, toute proportion gardée, une sorte de Fille de Madame Angot. Enfin et surtout la pièce bénéficiait de la

présence do M"^ Canallio, alors dans loute la fleur de son jeune

talent ; de celle qui, apn^s avoir chanto délirieusenient les rôles légers

de roi)éra-coniiquey allait hionlôti dans son effort ascensionnel, réaliser

de façon supérieure le Chérubin de Mozart, puis incarner Marguerite

et Baucis, Mireille et JuIi<Hto; de celle qui représente peut-être le

plus compIMeroent Tart vcx^al français dans cette partie du sic'cle;

de celle, en un mot, qui devait être dorénavant, en quelque sorte, rame du Théâtre-Lyrique, puisque son absence, de 1860 à 1862, et

son défuirt di'finilif pour rO|>éra, en 1868, furent le signal de jM^riodes

né^a^tes dans riiidloire du théâtre qu'elle abandonnait.

A la Fanehonnette^ â quelques semaines d*inten'alle, succédait, en échouant dVilIeurs devant le public, Manizelk Geneviève^ d'Adam, sa dernière œuvre, — la dernière du moins au Théâtre-Lyrique, car il devait encore donner, aux Bouffes*Parisiens, les Paniins de Violette, gentille bagatelle qu'il avait originairement composée pour amust^r si fille. Producteur infatigable, Adam succomtia, on peut le dire, à la {n'ine. Ruiné et endetté par suite de la fermeture de rOiK^ra-National, il ne goûta un {teu de repos qu*aprî*s avoir dédommagé tous ses créanciers. Il convient de saluer au passage ce parfait honnête homme, cet artiste doué d'une imagination si fén^onde, qui fut en outre un critique ins* truit, accessible aux idées de progri's. impartial, indulgent et spirituel.

Adam était mort subitt^ment le 3 mai. Va* n'est point le quitter tout â fait que parler de la reprise, eiîectuée le ^3 mai, de Bichard. intiTpnUé par Meillet, Michutet M*'' ttiranl. IVrsoime en effet n'ignon* que

Torchestration retouchée de Richard était due à Tauteur de Si fêtais Roi! Notons que le chef-d'œuvre de Grétry, par ses trois cent deux représentations, a été, au Théâtre-Lyri([ue, la pièce la plus souvent exécutée après Faust qui arrive au total de trois cent six.

Mais la Fanchonnette et la brillante reprise de Richard ne furent pas les seuls événements dignes de mémoire en cette année exceptionnelle. Il nous faut citer encore deux pièces nouvelles, les Dragons de Yillars avec une débutante à la voix agile et au jeu plein de verve, M"^ Borghèse qui ne fit que passer, et la Reine Topaze avec M°® Carvalho .

Ces ouvrages, Tun et l'autre en trois actes, et dont le premier se joue encore à l'Opéra-Comique, émanaient de compositeurs jeunes et dans toute la force de leur talent . La musique des Dragons de Yillars est plus saillante que celle delà Fanchonnette. Mais ce que nous avons dit de l'une s'applique en partie à l'autre. Peut-être a-t-on quelque tendance à juger aujourd'hui avec trop de sévérité la partition de Maillart. Sans rappeler tant de morceaux devenus promptement célèbres, tels que la romance fameuse « Ne parle pas » et le grand air de la fin, le « Moi jolie » du deuxième acte, si délicat, si candidement ingénu, avec son rayon de poésie douce et vraie, suffirait seul pour désigner l'auteur comme un musicien de mérite. Détail plaisant : Maillart, installé à Bougival, et pressé par M. Carvalho d'envoyer son orchestration qu'il ne se hâtait pas de finir, en confiait les fragments à un de ses amis, chasseur d'Afrique, dont l'arrivée à cheval au théâtre faisait régulièrement sensation. On sait, d'autre part, que la pièce

avait été n^fusée à rOiH'ra-Comique parce que le sujet avait i^aru « trop noir ».

Le succ(*s de la Reine Topaze^ moins durable que celui des Dragons de YillarSf fut tout d*alK)rd encore plus éclatant : cent treize représentations en 1857! Tout Paris fredonna la a chanson de Tabeille », dont les vers étaient d'IIép'sipi)e Morceau. Il n'était iK)int d'ailleurs nommé sur radiclie. La collaboration de MM. Philippe Gille et Camille du Locle demeura également anonyme.

Ce n'était pas seulement par M"" Carvalho que Pinterprétation de Pœuvre de Victor Massé pouvait attirer Pattention. A coté d'elle on applaudit Monjauze, Meillet, et, dans des rôles épisodiques et divertissants de a tire-laine », doux débutants appelés, le second surtout, i se faire une grande place à ce théâtre : le ténorino Fromaut, et le créateur de Méphistophéles, Balanqué.

Aux pîiVes énumérées ci-dossus comme mont^'es par M. Carvalho depuis sa nomination de direrteur, il faut joindre un petit acte, le Chapeau du Aot, remarquable uniquement par le nom du librettiste, Pérudit Edouard Foumier, qui avait fait par hasard cette incursion dans un genre qui n'était pas le sien. Ces cinq œuvres appartenaient foncièrement au genre de Popéra-comique, c'est-à-dire, avec une analogie i)Ous?»i»e jusqu'à l'identité, au genre qui florissaità la salle Pavart.

La rivalité entre les deux théâtres pouvait deventr fune^-te à l'un et à l'autre : à tout le moins il y avait double emploi. Emile Perrin, malgré sa rare habileté, en avait, dans une certaine mi'sure, eu à souffrir. Quant aux frrn^s Sevesle, pn^^sentant, nous Pavons dit, le

danger, ils s'étaient orientés, d'une part vers les traductions d'œuvres étrangères qu'ils voulaient populariser, de l'autre vers les ouvrages comme la Perle du Brésily Elisabeth, la Moissonneuse de Vogel, confinant au genre de l'opéra, au moins sous la forme de ce que l'on devait nommer plus tard l'opéra de demi-caractère.

A son tour M. Carvalho s'imposa ce double objectif. Pour commencer il se tourna du côté des traductions, et, en s'arrêtant au choix à'Obéron, il débuta par un coup de maître. Le succès égala presque celui qu'avait remporté Robin des Bois. L'interprétation rassemblait les noms de Michot, Guillon, Fromant, de M™® Rossi- Cassia, la créatrice des Diamants de la Couronne^ de M"^ Borghèse et Girard.

Soixante-huit représentations n'épuisèrent pas, en l'année 1857, la curiosité du public. A Obéron, un peu trop précipitamment peut-être, M. Carvalho voulut donner un pendant avec un autre joyau du répertoire de Weber, Euryanthe. Mais ici les destinées de la musique furent compromises par le livret, maladroitement arrangé, ou plutôt défiguré, additionné d'un fâcheux élément comique qui fut peu goûté. Nous touchons là du doigt un des inconvénients qui se présentent avec les traductions : l'insuffisance ou la bizarrerie du livret primitif, défauts auxquels on croît remédier par des combinaisons parfois plus malencontreuses encore. 11 est vrai que, dans la suite, on vit triompher la Flûte enchantée, nonobstant la transformation du poème original. En re\ anche, l'exquis Cosi fan tutte, adapté tant bien que mal à un scénario emprunté à Shakespeare, celui de Peines d^amour perdues, ne put résister à cette épreuve.

Citons pour mémoire, toujours en 1857, deux opéras de Semet, les Nuits (T Espagne et la Demoiselle d'honneur; (0 forlunatos nimium.. . Heureux les jeunes compositeurs qui, en ce temps de préhistoire, pouvaient, dans la même année, faire jouer deux œuvres développées !) ; — puis l'aimable Maître Griffard, de Léo Delibes, son début sur une scène importante; — puis un ouvrage de Clapisson, Margot j dont l'ouverture campagnarde reproduisait les cris des animaux. Cette Margot, aussi médiocre que rustique, séduisit peu l'auditoire ; c'était, au Théâtre- Lyrique, l'avant-dernière production du compositeur ; la dernière. Madame Grégoire ^ quatre ans après, n'eut pas un meilleur destin.

Six cent quatre- vingt mille neuf cents soixante-deux francs soixantequinze centimes, voilà la somme à laquelle s'étaient, en 1856, élevées les recettes du théâtre, supérieures de plus de cent mille francs aux plus fortes que jusqu'alors on eut annuellement encaissées. En 1857 onmontaà831.211 fr. 95c.Onallait, en 1858, atteindre 849.214 fr.60c., grâce d'abord au répertoire courant, puis à la vogue si justifiée des Noces de Figaro.

L'année 1858, en effet, pourrait, dans Thistoire du Théâtre-Lyrique, s'appeler Tannée des Noces. Notons, en ce qui concerne le texte français de l'ouvrage, versifié par Michel Carré et M. Jules Barbier, que, par un incompréhensible scrupule, les héritiers de Beaumarchais, moins intraitables pour le Barbier, prétendirent empêcher tout emprunt à la prose originale du maître. La première, le 8 mai, fut un triomphe. Meillet était un Figaro accompli; Balanqué, un peu vulgaire pour représenter Almaviva, se montrait du moins, dans ce rôle, excellent

chanteur. Satisfaisante à Tégard des hommes, Tinterprétation, du côté féminin, était tout à fait supérieure. Personne peut-être n'a, dans Chérubin, égalé M"*® Carvalho, et n'a rendu avec plus de grâce et de style la célèbre romance a Mon cœur soupire ». La distinction rare de M"*® Vandenheuvel-Duprez Tavait désignée pour le personnage élégant de la comtesse. La Suzanne « toujours riante, verdissante, pleine de gaîté, d'esprit, d'amour et de délices » qu'avait rêvée Beaumarchais, se trouvait incarnée à souhait par M"^® Ugalde; la créatrice du Caïd et de Galaihée^ l'artiste nomade et fantaisiste qui, entre temps, allait jouer les Trois Sultanes aux Variétés. On dut, en cette année, donner quatre-vingl>-neuf fois les Noces qui, l'an d'après, furent chantées quarante-sept fois, pour aboutir, avec la reprise de 1863, à un total de deux cents soirées.

Peu de mois avant l'apparition du nom prestigieux de Mozart sur le programme du Théâtre-Lyrique, cette scène s'était ouverte pour un des plus fervents admirateurs du maître, pour Gounod, destiné à y laisser, lui aussi, une trace lumineuse. Il s'y présentait d'ailleurs d'une façon assez modeste, avec le Médecin malgré lui donné le 15 janvier, pour l'anniversaire de la naissance de Molière, dont le nom, comme auteur, sans désignation d'aucun .adaptateur ou librettiste, figurait seul en regard de celui du musici(m. Créé par Meillet — il devait être plus tard repris par Sainte-Foy durant son court passage au Lyrique, puis par Ismaël, — le Médecin malgré lui fut accueilli favorablement, mais sans réaliser de grosses recettes ; ses proportions réduites ne l'eussent, du reste, guère permis. L'année théâtrale, en

1858, se complète par la mise à la scène du charmant acte de Weber, Preciosa ; par deux reprises, la Perle du Brésil, avec M*"® Carvalho, et Gasiilbelza, l'œuvre de Maillait qui avait inauguré l'Opéra-National en 1847 ; enfin par quatre petites pièces nouvelles dont une en deux actes, BroskowanOj de M. Deffès. Ce sujet a été repris et remis en musique par l'auteur, populaire en Allemagne, de la Croix (Tor, Ignace Brîill.

Cette année 1858 marque le point culminant de la première direction Carvalho. En 1859, les recettes allaient baisser de 160.000 francs- Ce fat pourtant durant cet exercice que l'on vit se produire le Faust de Gounod, l'œuvre qui, par la suite, nous l'avons déjà fait remarquer, devait être la plus jouée au Théâtre-Lyrique, l'œuvre dont le succès, parmi les succès français de cette deuxième partie du siècle, a été le plus brillant, le plus durable, le plus soutenu.

Il n'est pas exact, hâtons-nous de le dire, que Faust ait eu tout d'abord la chute qu'on lui a si souvent attribuée. Représenté pour la première fois le 19 mars, l'opéra de Gounod obtint dans l'année cinquante-sept représentations, non sans une moyenne très satisfaisante de recettes. L'histoire de cet ouvrage est encore à écrire. Celui qui entreprendra cette tâche aura à détruire bien des légendes trop complaisamment accréditées et dont quelques-unes sont imputables à l'auteur lui-même, mal servi par ses souvenirs. Aussi bien, comme nous l'écrivait un jour un spirituel compositeur d'opérettes, pris en flagrant délit d'inadvertance ou d'oubli relativement à l'une de ses œuvres : « Les musiciens tracent tant de notes qu'ils omettent d'en prendre ». On devra faire justice également d'anecdotes plaisantes et

devenues en quelque sorte classiques, mais d'une authenticité des plus douteuses: celle, par exemple, de M. Ghoudens, éditeur de la partition, menaçant ses enfants^ s'ils étaient turbulents, de les mener revoir Faust ; terrifiés, à cette perspective, ils s'apaisaient, prétendait-on, aussitôt. Il est également inexact que Faust ait été sacrifié à la Fée Carabosscy de Massé, représentée quelques semaines auparavant, et qui échoua. Le voisinage dont Faust put avoir à souffrir, ce fut celui de Mozart, en pleine réussite par les Noces et bientôt après par VEnlèvement au sérail^ et celui de Gluck dont V Orphée, le 10 novembre suivant, devait, en partie grâce à M"*® Viardot, remporter un éclatant succès,

A propos de Faust indiquons encore quelques particularités. L'un des librettistes, Michel Carré, avait donné antéi'ieurement un drame en trois actes, Fau$t et Marguerite, dont il se servit pour son nouveau travail. Parmi les opéras reçus à l'Académie de Musique, l'Almanach Barba signale, en 1827, sans désignation du nom de l'auteur (qui était Béancourt)^ un Faust qu'on renonça à monter sur notre première scène. Enfin, lorsque Faust apparut, le sujet était, pour ainsi dire, « dans l'air ». Dès le mois d'avril 1858 on l'annonçait au Théâtre-Lyrique avec M""® Ugalde comme protagoniste, et, au mois d'octobre suivant, d'Ennery, toujours habile à sentir d'où venait le vent, et désireux d'arriver bon premier, faisait jouer à la Porte-Saint-Martin un Faust luxueusement mis en scène et remarquablement interprété par Rouvière, Dumaine et M"® Luther.

Rappelons aussi que le rôle de Faust, distribué à Guardi, créé en définitive par Barbot, eut bientôt pour interprète Michot; que la créa-

trice du «IravosU» do Si(;l)el fut M*'*^ Faivro, qui, plus tard, devait éi)Ouser le suivesseur di» Qm'alho, Charl«*s R«Uy, ot quo ce fut S4MiU»ment on 1807 que le rôle de Marguerite ct's^a d'avoir pour unhpie titulaire M^ Carvalho. 11 fut succ<»ssivern(Mit confié, au Tliéâtre- Lyrique, i M"*" Dupn^z, S<hniHler et Sallard. ('-«irtains biographes de Gounod ont donc dit à tort qu'avant M"' Nilsson, qui reprit le rtMe à rOj)éra, le 3 mars 18G9, on n*avait entendu à Paris aucune autre Marguerite que M®' Carvalho.

L'œu\Te elie-Dûôrae est trop universellement t*onnue pour que nous ayons sur elle aucune appréciation à émettn', M. Car\'alho Tavait entourée de tout le soin, de tout le luxe désirables. En la montant, il réalisait un rêve {lersistant, celui de jouer ro}N>ra, car, en dépit du dialogue « jMtrlé », Touvra^e de (iouno<l était un op<'ra véritable. ]/i résultat, somme toute, ne fut i)oint tel que, jwur l>eaucoup de raisons, on l'avait espéré. La réussite attendue s'était plutôt produite avec une traduction de VAlnpu^ttassanj de WebtT, ou chantait M'^ Marimon, et une autre traduction, déjà mentionnée, ci*lle de F Enlève^ ment au sérail délicieusement rendu par Battaille (pour >es débuts au Lyrique', Michot, Fromant, M"*^ Ugahle et Meillet, Mai>, de l>ri*ves dimensions, ce charmant ouvrage ne iK>uvail compter que comme ap{K)int au si^ectacle. Ia^ sujet* Ton s'en souvient, est extrait d'un drame de Bretzner, Belmont et Constance. L'auteur n'avait iH»int acc4»rdé 8(»n autorisation, et très mérontent, il déclara dans le Journal de Uipziy avoir dépisé une plainte contre a un certain Mo/art qui s'élait jM^r* mis de tirer un jMxrme pour mu^^ique de S4ui drame ».

Pas plus que Famt nous n'avons à juger Orphée y sur lequel tout est dit. En ce qui concerne M°*® Viardot, on sait quelle émotion fut alors causée par cette interprétation si personnelle, si noble, si saisissante. On ne parlait que des trois façons dont la cantatrice faisait alternativement valoir la phrase célèbre: « J'ai perdu mon Eurydice». Peut-être aujourd'hui ne serait-il plus permis d'introduire au premier acte les vocalises qui figurent dans la partition a conforme à la représentation » que nous avons sous les yeux. C'était une concession au goût de l'époque. En somme, l'ensemble était de premier ordre. Une belle Eurydice, M"® Moreau, secondait de façon satisfaisante M°*® Viardot. La pièce était encadrée dans des décors d'un style et d'un coloris tout vîrgiliens. Le succès fut très grand. En cinq années (c'est dans ce rôle que M™* Viardot fit ses adieux aux habitués du Théâtre- Lyrique), en cinq années Orphée atteignit un total de cent quarantecinq représentations.

Toutefois l'on comprend qu'un spectacle aussi sévère ne pouvait exercer sur la foule une attraction comparable à celle d'Obéron^ du Freischûtz ou des Noces. Ajoutons que les frais étaient considérables. Bien que fort loin d'égaler le taux d'aujourd'hui, — M"^ Viardot ellemême ne touchait que trois mille francs par mois, — les appointements des artistes, additionnés les uns aux autres, ne laissaient pas de former un chiffre élevé. En outre, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, M. Garvalho avait habitué le public à la richesse de la mise en scène,, au développement de la figuration, nécessités d'ailleurs par les pièces de large envergure vers lesquelles le portaient ses préférences.

Actif, énergique, toujours intrépide daiis la lutte rentre les chances adverses, M. Carvalho voulut, une fois encore, frapper un grand coup. Après 3/a Tante dort^ spirituel petit acte de Créroieux et Caspers où M"* Ugalde fît, i son ordinaire, admirer son talent d'adroite et ingf'nieuse comtVlienne, il donna PhiUmon et BauciSy sujet qu*Haydn avait autrefois traité pour marionnettes. L*échec fut complet. Malgn^ Tatlrait d'une interpn?tation supérieure groupant les noms de M** Carvalho, de Battaille, Balanqué et Fromant« on goûta médiocrement le premier et le troisième actes; on trouva monotone le deuxième, supprimé depuis, qui représentait une scène d'orgie antique. Cet ouvrage destiné, sous sa forme ré<luite en deux actes, à être joué si fréquemment à rOp^'ra-Comique, ne compta alors que treize repn''sentations.

Nous ne devons pas oublier, au commencement de 1860, Gil BUu^ agréable ouvrage de Semet, le meilleur quMl ait signé : personnellement, ^I"* Ugalde y réussit beaucoup, surtout dans certaine sérénade, objet de l'engouement général, et rapidement devenue popu<laire. Dans le genre de Topéra-comique, GU Bla$ est la seule œuvre ^'n cinq actes que Ton ait jouée au Théâtre-Lyrique: i la salle Favart, ta Figurante de Clapisson représente la même exception.

Découragé, guettant peut-être d'autre part la succession, qui semblait devoir être ouverte à bref délai, de Roqueplan i TOpéra- Comique, M. Carvalho se retira. Le 1* avril 1860 il cinlait la place à Charles Réty, qui, depuis quatre ans, remplissait aupK»s de lui les fonctions de serrétaire-gt^néral . Ce dernier poste allait être doréna\'tnt occup<^ par M. Philippe Gille.

Dans l'exercice des fonctions, pour ainsi dire préparatoires, auxquelles, afin de prendre la direction, il venait de renoncer, Charles Réty , dont la réputation de compétence, de goût, de courtoisie, était légitimement établie, avait appris à connaître le fort et le faible du théâtre. C'était là pour lui, dans la nouvelle tâche qu'il assumait, une aide puissante. Mais les difficultés et les dahgers étaient mul* tiples. Sans témoigner autant d'empressement que l'eût vraisemblablement souhaité le préposé à la caisse, le public, nous l'avons dit, très a gâté », sous la gestion précédente, s'était habitué aux interprétations hors ligne, aux mises en scène relativement coûteuses. Or, il semblait dorénavant indispensable de réduire les frais de l'exploitation. D'ailleurs M°"^ Carvalho partait. Comment la remplacer? Elle avait, en 1856, succédé à M*"* Cabel; celle-ci, à son tour, lui succéda. On reprit pour elle le Bijou perdu et Jaguarita. Mais le temps avait marché. Si la cantatrice avait conservé sa voix d'une agilité surprenante, le public, lui, s'était accoutumé à un style plus pur, plus sévère, et la présence de cette habile chanteuse ne constituait plus pour les auditeurs une attraction irrésistible.

En vue de triompher des divers obstacles que lui iîréaient les circonstances, M, Réty s'arrêta, en somme, au système le plus rationnel : reprendre quelques œuvres classées, dont la réussite ne pouvait faire question, et surtout en produire un très grand nombre d'iné-

dites. Parmi ces demièros, ne i)ouvait-on renœntrer rouvrage privilégié qui amènerait à sa suite Topulence ? Par malheur, comme nous le verrons ct-apres, la fortune ne se montra que médiocrement

bienveillante.

M. Carvalho avait, on s'en souvient, réservé une place très importante aux traductions. A cet égard un seul ouvrage — un chefd'œuvre, il est vrai, — Fidelio^ figure au mémorial de la direction Réty. Encore convient-il d'ajouter que celte reprise, si nous ne nous trompons, avait éUî étudiée par Carvalho, qui s*était occupt» de la distribution des rôles. Ainsi quTuryan/Atf, la pii>ce eut à souffrir de la gaucherie des adaptateurs. M*"* Yiardot, malgré le talent dramatique qu'elle déploya dans le rôle principal, ne retn)uva point l'extraordinaire succès d'Orphéej et Tou^Tage ne {parcourut qu'une très courte carrière. La revanche, sur une autre scène parisienne, fut éclatante lorsque, dix années plus tard, Fidelio fut interpr(*t4^ à la Salle Ventadour par Fraschini et M"^ Krauss, en de mémorabh^s soirées qui marquèrent une date dans les souvenirs de tiuis le> amateurs du grand art. Quant à l'artistique reprise du chef-dœuvre de Beethoven effwtuée i POpt»ra-Comique, par les soins de M. AlU^rt Carré, avec une version franc;aise nouvelle de M. Antheunis et Tadjonction de récitatifs dus à M. Gevaert, elle est ln>p nVente pour «pit» nous puissions faire plus que la mentionner.

M. Réty devait être mieux traité par le sort en consacrant ses soins i des reprises d'œuvres de coniiK)siteurs nationaux pnMV(h*niment jouées en France sur d'autres théâtres. Nous n«» ferons qui^

signaler, sans y insister autrement, une petite pièce de M. Debillemont antérieurement montée à Dijon; mais le joli opéra-comique d'Hérold, les Rosières^ obtint trente représentations. Joseph dépassa ua peu ce chiffre. Le principal interprète était un amateur, Ma Buzin, inscrit sur Taffiche sous le pseudonyme de Giovanni ; il avait pour partenaires M. Petit (Jacob) et M"® Faivre (Benjamin). La reprise la plus fructueuse fut celle du Val d' Andorre qui trouva un sérieux regain de succès avec Battaille dans le rôle du vieux chevrier, sa plus brillante création à la salle Favart, Meillet, Monjauze, Fromant, M"* Meillet, et, dans le personnage de Georgette, M"* Roziès ; cette dernière, dont on avait récemment remarqué les débuts dans les Dragons de Villars, était originaire d'une petite ville du Midi, Beaumont de Lomagne, à laquelle un souvenir est bien dû par celui qui a signé « B. de Lomagne » tant d'articles de critique.

Nous arrivons aux nouveautés. Leur nombre n'est pas médiocre, puisqu'il s'agit de trente-cinq actes répartis entre vingt-deux pièces dont quinze appartenaient à des auteurs non admis jusqu'alors au Théâtre-Lyrique. Nous signalerons parmi ceux-là Louis Lacombe et sa Madone^ dont la valeur musicale était réelle ; suivant une disposition renouvelée plus tard par Hignard dans Hamlet et par M. Massenet dans Manon, le dialogue parlé y était soutenu par un dessin instrumental continu. Nous citerons aussi le prince Poniatowski, représenté par Au travers du mur que reprit, quelques mois après, l'Opéra- Comique ; — Ymbert et ses Deux Cadis, dont l'amusant livret était dû à M. Philippe Gille qui s'essayait ainsi comme librettiste d'opéra-

comique ; — Sellenick, chef accompli d'orchestres militaires ; — M. Gastinel et son Buisson verl ; — M. G. Douay qui, depuis, a écrit de nombreux levers de rideaux pour les théâtres d'opérettes ; — le neveu de Meyerbeer, Jules Béer, et sa Fille d'Egypte ; — Dautresme, destiné à devenir ministre du Commerce sous la troisième République ; — enfin deux femmes. M"®' Rivay et Pauline Thys. Leurs ouvrages, joints à ceux de M"^ de Grandval et Pilté constituent le « quadrilatère j> d'œuvres féminines chantées au Théâtre-Lyrique.

Mais, en réalité, deux productions nouvelles, fort différentes, devaient seules marquer durant cette direction : la seconde en date, la Chatte merveilleusey de Grisar, avec M"*® Cabel comme principale interprète, obtint un succès prolongé, assez lucratif, mais disparut sans laisser, par la suite, aucune trace.

Sur la première de ces deux œuvres, la Statuey il convient de s'arrêter un peu plus, ne serait-ce que pour rectifier quelques erreurs, trop généralement répandues, sur l'histoire du lemarquable opéra de M. Rêver.

Et d'abord, la Statue n'eut pas la minime quantité de représentations à laquelle paraissait faire allusion le compositeur lui-même dans une lettre écrite à ce sujet. Elle ne fut pas jouée moins de cinquanteneuf fois, chiffre considérable pour l'époque; elle l'eût même été davantage sans l'intervention de l'auteur; en effet, pour éviter qu'elle ne fût donnée dans des conditions, selon lui, insuffisaotes, M. Reyer, en 1863, fit judiciairement défendre à M* Carvalho, redevenu directeur, de maintenir son ouvrage sur l'affiche. A M. Carvalho, du reste.

revenait l'honneur d'avoir reçu la Statue; Charles Réty, disposé à la renvoyer à une date indéterminée, ne se décida à la monter qu'après injonction de la Société des Auteurs, dont l'arbitrage avait été sollicité. Il s'exécuta alors de fort bonne grâce et n'épargna rien pour le succès. Répétée sous le titre provisoire des Ruines de Balbek, la pièce était encadrée dans des décors très pittoresques, d'après des photographies 6t d'autres documents rapportés d'Orient par un grand ami du compositeur, Maxime du Camp. La principale interprète était M"* Baretti, artiste distinguée bien qu'un peu froide, qu'on a, depuis, revue à rOpéra-Comique; elle avait récemment débuté dans les Pécheurs de Catane, de Maillart, ouvrage qui n'avait guère réussi. Pour le surplus, la Statue était chantée par Monjauze, Balanqué, Wartel et Girardot. Le soir de la première, M. Deloffre, le vaillant « conducteur » de la « phalange instrumentale », trouva sur son pupitre un bâton de chef d'orchestre portant cette inscription : c< Les auteurs de la Statue à M. Deloffre. » A dater de cette soirée, M. Rêver fut définitivement classé parmi les artistes les plus en vue de la jeune école musicale française.

Rappelons qu'en 1865 il fut question de reprendre la Statue; on confiait le personnage de Margyane à une chanteuse, M™« Saint-Urbain, que l'on avait applaudie aux Italiens. Ce projet n'aboutit point.

Cependant les recettes avaient sensiblement baissé. En 1860 elles étaient de cent mille francs inférieures à celles de 1859, déjà en diminution sur l'année précédente. En 1861, elles subirent encore une dépression de cent vingt mille francs. M. Réty, néanmoins, déployait

- asdans la lutte uoe téuacitc que rien ne pouvait décourager, La liste serait curieuse i établir de toutes les œuvres dont il mr*<litait la repn*- Si'ntation. Indiquons d'abord le dessein que, dans son désir d'encourager les jeunes, il avait formé : celui de confier un li\Tet d'opéracomique en cinq actes à cinq compositeurs qui euss^^nt écrit cliacun la musique d*un decesact^^s. De plus il voulait donner AW, œuvre posthume d'IIalévy, inachevét», et qu'aurait, dans cette byiK)thèse, terminée Ambroise Thomas; ce travail, on le sait, échut plus tard au gendre du musicien de la Jtiire, Bizet; mais l'ouvrage ainsi mis au point n'a jamais été joué qu'en Allemagne. M. Réty songeait aussi i monter le BolamI à Honcevaux de Mermet; si l'on en juge par la brillante fortune de l'œuvre à l'Op^'ra, il eût peut-^tre trouvé là l'occasion de la revanche si anlemment souhait«*e. Il imfiortaitde pgnerdu temps, de tenir jusqu'à l'ouverture de la nouvelle salle. En effet, le bâtiment où allait slnstaller le Théâtre-Lyrique était pn^scpie pri^t. Son imminente ouverture présentait au directeur en exercice une perspective des plus séduisantes. Stimulé par IVspoir d*un aussi avantageux « déménagement », M. Réty, en s'ad^»s^ant à S4»s collaborati'urs divers, composit^'urs, instrumentistt^s, dtVoratenrs, aurait pu, dans son théâtre vermoulu que désertait la foule, s*appn)prier en quelque manière la harangue do Masaniello au peuple* dans le vit^il opéra de (^«anifa :

II*'Uft! quanti je d«nnit« haii» U terro promuo No |M-»i»irer jamais, Jo iiurdio à \otro li'*lti».

Jo Ut i'i|'iM> |>our \out aux ciMpt ila la t^m(»'''(c.

Il n'abandonna pas son poste : jusqu'au dernier moment il résista « aux coups de la tempête » ; mais il était, paraît-il, écrit qu'il ne pénétrerait pas dans la c< terre promise », qu'il ne dépasserait pas le mont Nébo. C'est M. Carvalho qui, réintégré dans ses fonctions de directeur, devait, le 4 octobre 1862, étrenner la nouvelle salle.

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