LA RÉVOLUTION ÉCONOMIQUE DU XVI° SIECLE
Malgré ces désastres, la marée de l'impôt continue à monter. Aussi, à la fin du siècle, en 1596, Henri IV pouvait écrire au prévôt des marchands de Paris : « Dès le temps qu'il a plu à Dieu de nous appeler à la succession de ce royaume, nous y avons trouvé un tel désordre en toutes nos provinces, que la mort nous sera moins dure que n'est de vivre et souffrir plus longtemps les misères dont ce royaume est accablé. » Et le roi accusait surtout les gens de guerre, professionnels du pillage, plus dangereux que les brigands et que les loups, qui se remirent à pulluler comme à l'époque des misères de la guerre de Cent ans.
Faut-il s'étonner que le paysan ait été pris par ces accès de fureur aveugle qui sont, depuis le fond du moyen âge, comme la maladie chronique des Jacques mourant de faim sur leurs champs épuisés?
Les villes, comme toujours, avaient moins souffert que les campagnes, sans avoir échappé aux horreurs de la guerre. Les métiers chômaient, le commerce était a^îiêté; . les ponts étaient détruits, les routes défoncées; les rivières, qui n'étaient plus surveillées, avaient cessé d'être navigables, les péages arbitraires s'étaient multipliés.
Le commerce extérieur souffrait de la piraterie, de la concurrence anglaise et hollandaise, de l'abandon du territoire français comme transit entre l'Europe méditerranéenne et les pays du Nord-Ouest.
Ainsi finit, sous les ruines de la guerre'civile, ce siècle de travail et de renaissance, précurseur de la Révolution par la puissance qu'il communiqua à la bourgeoisie, et qui restera marqué lui-même par une des plus profondes révolutions économiques que l'histoire ait trouvées à la source des transformations sociales, intellectuelles et religieuses.