V. — ENCORE DES GUERRES, ENCORE DES RUINES
Le xvie siècle, un des plus vivants de l'histoire, n'est pas seulement le siècle de l'or et des épices, celui de la Renaissance et de la maison d'Autriche, c'est encore le siècle de la Réforme et des guerres religieuses. Sa robe d'or, a dit Voltaire, fut ensanglantée.
Vers la fin, des ruines jonchèrent le sol comme au temps de la guerre de Cent ans; l'œuvre d'un siècle fut presque détruite en quelques années.
Les campagnes, comme toujours, furent les plus éprouvées, rançonnées sans cesse par les Espagnols, les reîtres, les chefs de bande, les descendants des écorcheurs et des grandes compagnies.
En 1569, un ambassadeur vénitien constate déjà la misère universelle; peut-être exagère-t-il, comme ses prédécesseurs avaient exagéré, au temps de François Ier et de Henri II, la grandeur et la richesse de la France. Il écrit : « Le clergé est ruiné, la noblesse aux abois; le peuple de la campagne a été tellement pillé et rongé par les gens d'armes, dont la licence n'a pas de frein, qu'à peine a-t-il de quoi couvrir sa nudité. Les bourgeois seuls et les hommes de robe longue ont de l'or à foison. »
Vingt ans plus tard, pas une province n'a .échappé aux gens d'armes, à la peste et à la famine. En 1581, d'après un contemporain, on pouvait établir ainsi le bilan des guerres civiles : nombre d'occis : ecclésiastiques, 8,760; gentilshommes, 32,950; soldats et habitants tués : Français, 656,000 (?); étrangers, 32,600; massacrés, 36,500; villes brûlées et rasées, 91; maisons brûlées, 4,256; détruites, 180,300.