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F. de Saint-Genis, la Propriété rurale en France

Mais le paysan, ou propriétaire dont le « bien » est assez grand pour le faire vivre et n'est pas grevé de dettes, est le plus indépendant des travailleurs ruraux. Il en est le plus heureux. Il aime sa terre. Il la travaille avec passion. « Donnez à un homme la sûre possession d'un rocher, a dit Arthur Young, il le transformera en jardin. » C'est ce que fait le petit propriétaire-cultivateur. Sa terre, « il ne s'éloigne d'elle que quand on la lui prend; alors il gémit, il se plaint de la fatalité qui le poursuit, et la fatalité, c'est presque toujours un huissier qui l'expulse, parce qu'il s'est endetté, dans une mauvaise année, ou qu'il a imprudemment hypothéqué son bien1 ».

Et le fermier-cultivateur est presque aussi indépendant que le petit propriétaire, quoiqu'il ne possède pas~la terre qu'il travaille. Il en est le maître, sous réserve d'observer les conditions de son bail. Il est moins malheureux que le métayer, mais seulement lorsqu'il a affermé un grand « domaine », au lieu d'une parcelle toujours trop chère. Le fermier-cultivateur réalise la suppression du fermier général tant réclamée dans les campagnes où il existe.

Métayers.

Le métayer ou colon est celui qui exploite une ferme dont il partage les produits avec le propriétaire ou le fermier. Le partage se fait généralement par moitié; dans certaines régions, pourtant, dans les Landes, par exemple, le métayer garde les deux tiers du produit : le propriétaire ou le fermier n'a qu'un tiers. Ordinairement la part du colon est diminuée par une redevance colonique, en argent, prix du métayage, et par des redevances en nature, curieuse survivance des droits féodaux.

Examinons le budget du métayer. En voici un, pour ainsi dire moyen, relevé dans le centre de la France : année moyenne, domaine moyen (50 à 60 hectares).

1. J. Méline, le Retour à la Terre. — Les saisies immobilières s'élevaient en 1865 au nombre de 5,538; en 1895, leur nombre, presque quadruplé, atteignait 20,390.

TRAVAILLEURS DE LA TERRE AU XIXe SIÈCLE 411

Récolte de blé : 1,000 doubles décalitres. A déduire pour semence : 100 doubles. Reste à partager : 900 doubles. Part du métayer : 450 doubles. Quantité nécessaire pour la nourriture annuelle de la maisonnée : 150 doubles. Reste à vendre : 300 doubles, qui à 3 fr. l'un donnent 900 francs. Récolte d'avoine (les récoltes secondaires d'orge et de seigle sont utilisées entièrement pour la nourriture des animaux) : 1,000 doubles. A déduire : pour semence, 100 doubles; pour la nourriture des animaux, 200 doubles. Reste à partager : 700 doubles. Part du métayage : 350 doubles, qui, à 1 fr. 50 l'un, donnent 525 francs. Part de bénéfices sur le bétail à toucher au compte de la Saint-Martin, 600-francs. Total des recettes : 2,025 francs. Je suppose ce métayer seul avec sa femme. 11 lui faut : Un fort domestique à 500 francs, un moyen à 350, un pâtre à 150, une servante à 300, en tout 1.300 francs. Il convient d'ajouter, pour ouvriers supplémentaires pendant les grands travaux, 200 francs ; donc, pour le personnel, une dépense totale de 1,500 francs '.

Comment sortir de la médiocrité ou de la misère avec les 525 francs qui restent et sur lesquels doivent être pris les frais de ménage, d'outillage, d'assurances, etc. ? Ils étaient, en 1892, 344,000, en France, à se poser cette question grave.

Domestiques de ferme.

Les domestiques employés par le métayer ont souvent plus de « bénéfices » que lui à la fin de l'année. Leur situation s'est améliorée depuis les progrès de l'agriculture et l'accroissement des populations urbaines au détriment des campagnes : la main-d'œuvre, devenant plus rare, devint plus chère. Avant 1850, dans les pays du Centre, un bon valet de charrue gagnait de 130 à 150 fr. par an; une bonne servante, de 35 à 45 francs par an, plus une toison lorsqu'elle était bergère. Aujourd'hui où les gages ont tendance à monter sans cesse, le bon domestique gagne 500 ou 600 francs, et la bonne servante 300 ou 400 francs. Ils sont nourris et logés. Ils sont engagés au mois, comme dans le Nord; à l'année ou à la saison, comme dans le Centre. Ils sont pour ainsi dire de la famille, et leur vie est à peu près celle du maître et

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