DUREE
(comptés à ra
de 5 fr. au M
20 fr.
Ces chiffres révèlent, non seulement que les journées
1. Aujourd'hui, il n'est pas rare de rencontrer des maçons qui gagnent 25 et 30 francs par* jour. V. le récent livre de M. Jules Huret, De New-York à la Nouvelle-Orléans. C'est, dit-il, le « pays singulier où des femmes sont reçues pilotes, où d'autres exercent la profession d'architecte, où des jeunes filles jouent du trombone dans les orchestres, pendant que leurs sœurs conquièrent un brevet d'architecture navale ! Pays béni des maçons, qu'on paye jusqu'à 25 et 30 francs par jour; des domestiques, où aucun d'eux ne gagne moins de 125 francs par mois; des instituteurs et des institutrices, dont les moindres ont 300 francs de salaire mensuel; des marins de l'Etat, dont la paye est de 5 francs par jour; des enseignes de vaisseau, qui touchent des appointements de sénateur; des médecins, dont la première visite vaut 50 francs, et le plus léger coup de bistouri dans un abcès 250 francs ! »
américaines de 9 heures sont payées plus cher que celles de 10 heures, mais encore qu'en Amérique les journées de travail sont beaucoup moins longues et les salaires beaucoup plus élevés qu'en France et en Europe.
Gela doit-il nous étonner beaucoup? Non, car, Adam Smith l'a dit :
Un haut salaire excite le zèle des masses. Le salaire est l'excitant de l'ardeur au travail... Une meilleure alimentation augmente la force du corps... C'est pourquoi nous voyons que partout où le salaire est élevé les ouvriers sont plus actifs, plus zélés et plus habiles que là où il est bas.
Contrairement à ce que pensent la plupart des industriels de l'Europe continentale, pays des bas salaires et des longues journées, où la classe ouvrière visiblement s'atrophie dans les grands centres, en général toute augmentation de salaire augmente la productivité. Et c'est là un des secrets de la richesse anglaise et de la richesse américaine. Une enquête officielle sur la situation de l'industrie du fer en Allemagne constate que l'ouvrier anglais, mieux payé, travaillant moins longtemps, produit davantage que l'ouvrier allemand.
En France, dit M. Gide, le salaire « est tout à fait insuffisant1, non seulement pour donner à la vie un peu de charme, mais encore pour pourvoir à une assurance quelconque contre les risques de la vie ». Et il cite avec ironie le « morceau savoureux » où une société industrielle, au sujet d'une monographie de famille ouvrière qu'elle avait exposée en 1900, se félicitait des résultats
1. Il y a une douzaine d'années, M. Jules Huret, du Figaro, publiait dans son excellente Enquête sur la question sociale en Europe (réunie en volume) un article pittoresque et poignant sur Roubaix : de la misère et encore de la misère, des taudis, des larmes de pauvres femmes, des cris de révolte, des hommes qui gagnent 15 francs par semaine, une jeune fille de dix-huit ans qui gagne 3 francs par semaine comme rattacheuse dans une filature. 3 francs par semaine, 50 centimes par jour !
Les grèves du Nord (1903-1904) ont révélé des salaires de fileuse de 4 et 5 francs par semaine. Avant la grève d'Armentières (1903), la moyenne des salaires de l'industrie textile atteignait à peine 14 francs par semaine. Voir pour les misérables salaires féminins le chapitre sur le travail des femmes.
acquis (budget de 1,200 fr.) : « Les dépenses pour plaisirs, jeux, amusements, voyages, lectures, associations, sont absolument nulles. Cette famille échappe donc à toute propagande par le journal, la brochure, le livre, et conserve ses traditions d'ordre, de simplicité et de régularité de mœurs. »
Il y a plus. Non seulement l'ouvrier d'aujourd'hui a des besoins que n'avait point l'ouvrier d'il y a cent ans, mais le manque d'élasticité du salaire, la vie en famille, le condamnent à la misère, pendant son âge mûr et aux approches de la vieillesse, quand les forces diminuent et qu'elles n'ont plus de valeur sur le marché du travail. C'est quand il est jeune et qu'il a le moins de besoins que l'ouvrier gagne le plus, et c'est quand il avance en âge, c'est quand la famille et la maladie grèvent lourdement son pauvre budget, que l'ouvrier gagne le moins.
Dans le rapport sur l'économie sociale pour la Belgique, M. Variez a signalé ces oscillations brutales de la vie ouvrière et les a illustrées par des chiffres éloqtients. Il suppose un ouvrier se mariant, puis ayant successivement six enfants ; il suppose chacun de ces enfants se mettant à son tour au travail dès qu'il aura atteint l'âge légal, travaillant un certain temps dans sa famille, puis la quittant pour en fonder une lui-même ou s'établir ailleurs. Ceci posé, il multiplie le salaire par le nombre des membres de la famille qui travaillent et le divise par le nombre des membres de la famille qui consomment. On voit ainsi le quotient par tête partir de 4 fr. 40, qui est le salaire moyen de l'ouvrier célibataire à vingt ans, s'abaisser graduellement, au fur et à mesure de la naissance de chaque enfant et aussi longtemps que les aînés sont encore petits, à un minimum de 1 fr. 15 vers l'âge de quarante-cinq ans, remonter au fur et à mesure que les enfants arrivent à l'âge de travail jusqu'à un maximum de 4 fr. 80, puis redescendre au fur et à mesure que les enfants quittent le foyer de famille, jusqu'à un nouveau minimum qui, cette fois, est zéro, parce qu'en même temps l'âge de l'invalidité a sonné pour l'ouvrier1.
Et cet homme qui a donné à la société toute une vie de dur travail, voit s'ouvrir devant lui un grand trou